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Etang de Berre : le CGEDD déconseille une solution basée sur le pompage de l'eau de mer

L'ajout d'eau de mer par pompage dans l'étang de Berre ne serait pas une bonne option pour améliorer son état biologique. Le Conseil général de l'environnement et du développement durable recommande plutôt des solutions sans regret.

Eau  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com

Le quasi statu quo sur les solutions à prendre pour améliorer l'état de l'étang de Berre (Bouches-du-Rhône) va-t-il être rompu ?  Le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) présentait en tous cas ses conclusions aujourd'hui à Istres (Bouches-du-Rhône) sur les possibilités d'amélioration de l'état écologique de cet étang.

La vie, hors bactéries, a en effet disparu sur la moitié des fonds de l'étendue d'eau. Rejets des industries du raffinage, de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas ou des stations d'épuration, plusieurs raisons expliquent la dégradation du l'état de l'écosystème.

Si quinze ans se sont écoulés depuis la condamnation européenne en 2004 pour la pollution massive et prolongée de l'étang, les objectifs et les préoccupations restent sensiblement les mêmes pour l'état biologique.

Suite à l'interpellation de la Commission européenne, la France avait amorcé quelques mesures à destination principalement d'EDF. Ainsi, pour réduire les variations de la salinité, les rejets d'eau douce de la centrale ont été régulées et lissées. De la même manière, les apports de limon - qui contribuent à étouffer les fonds de l'étang – ont été plafonnés.

Mais pour les communes riveraines, réunies au sein du groupement d'intérêt public pour la réhabilitation de l'étang de Berre (Gipreb), ces mesures n'étaient pas assez ambitieuses. Une position partagée par la Commission européenne qui avait mis en demeure en décembre 2005 la France de faire cesser la pollution.

La situation ne s'est pas beaucoup améliorée depuis : début juillet, le Gipreb a annoncé qu'il portait plainte contre l'Etat pour insuffisances des mesures prises, auprès de la Commission européenne. Il demande également au Tribunal administratif de Marseille d'établir un constat sur la situation écologique de la lagune. La situation de l'étang est particulièrement critique : les niveaux d'eutrophisation constatés sont les plus élevés depuis 2005 et les concentrations de chlorophylle les plus fortes observées depuis 1998, selon le groupement.

Compenser les déséquilibres avec des apports d'eau de mer

Une des idées soutenues par le Gipreb serait d'apporter par un système de pompage de l'eau de mer dans l'étang de Berre, pour contrebalancer les rejets d'eau douce d'EDF.

Ce projet avait été envisagé dès 2003 par le ministère de l'environnement. Mais devant les retards pris par le projet et une dérive des prix, l'Etat avait demandé une première mission d'expertise au CGEDD en février 2017. Celle-ci avait préconisé de réduire les ambitions du projet à la baisse, notamment de diminuer le débit d'injection d'eau de mer "compte tenu de ses doutes sur les résultats à attendre d'un tel pompage".

Devant la réticence des élus du Gipreb, la mission, dont il est question aujourd'hui, avait été alors lancée. Son constat confirme et va même plus loin que la précédente analyse.

Le dernier rapport du CGEDD préconise en effet de ne pas mettre en œuvre le projet de pompage. Il le considère comme coûteux pour des résultats incertains et modestes. Il pose également la question de la connaissance du milieu.  "Si de nombreux chercheurs travaillent sur l'étang de Berre, ils le font de manière sectorielle, regrette la mission. Les questions de fond, telles que : quelles sont les entrées et sorties en [azote] N et [phosphore] P du système ? la compréhension des mécanismes de biodisponibilité du phosphore ? restent sans réponse. Faire de l'étang de Berre et de son bassin versant une zone atelier pour la recherche, avec un financement de l'agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse, permettrait d'avancer".

Un bon état difficile à atteindre en 2027

Tout en soulignant l'amélioration de plusieurs paramètres de la lagune, la mission doute toutefois de l'atteinte en 2027 du bon état de l'étang de Berre, fixé par le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) 2016-2021. "Les caractéristiques très particulières, tant de l'étang de Bolmon que de l'étang de Berre, conduisent à s'interroger sur la possibilité d'atteindre le bon état écologique, estime-t-elle. Y renoncer ne serait pas ne rien faire, mais se donner des cibles ambitieuses, à la limite des savoir-faire actuels, dans un délai réaliste, avec des étapes intermédiaires".

La mission liste des pistes de solutions pour accélérer cette amélioration.

Première option : désobturer le tunnel du Rove, qui permettait – avant les éboulements - la communication du nord de la rade de Marseille avec l'étang de Berre. Une approximation grossière de la facture attendrait toutefois un montant supérieur à 300 millions d'euros. Une alternative consisterait à percer un tunnel plus modeste dans l'éboulement. Il serait équipé d'un clapet anti-retour pour favoriser un flux d'eau dans le sens Marseille-Berre sans pompage. "Cette variante ne permet plus la navigation, mais augmente sensiblement le volume renouvelant, indique le CGEDD. Les effets sur le canal du Rove et l'étang de Berre seront assez proches de ceux d'un pompage à 4 m³/s".

La mission recommande également que le contrat d'étang – qui décline le programme de mesure du Sdage – soit prolongé. A intensifier notamment : la qualité de la collecte des eaux usées, la gestion des déversoirs d'orage et la gestion des eaux pluviales. "La police des branchements doit être plus active et passe par une action volontariste commune entre les maires et la métropole, devenue compétente", estime-t-elle.

D'autres leviers misent sur un renforcement des échanges entre l'étang de Bolmon et celui de Berre. Il pourrait passer par une reprise de la restauration des bourdigues et leur équipement en vannes.

Le CGEDD propose également d'enlever une partie du stock de sédiment de l'étang de Bolmon. L'objectif serait de limiter les nutriments remobilisables. La condition toutefois à cette option est de réduire drastiquement les apports en nutriments et polluants du bassin.

"Travailler sur l'atteinte du bon état des rivières se jetant directement ou non dans l'étang est un enjeu spécifique qui ne peut que contribuer au rééquilibrage trophique de l'étang de Berre", indique la mission.

Parmi les autres options mises sur la table : affiner le pilotage des rejets de la centrale hydroélectrique, injecter de l'air pour reproduire les effets d'homogénéisation des différentes couches d'eau de l'étang réalisé par le Mistral ou encore d'accompagner le retour de la biodiversité.

Engager une réflexion prospective pour les 40 ans à venir

"Il semblerait judicieux d'engager une réflexion prospective autour de deux scénarios de rupture intégrant les évolutions possibles pour les quarante années à venir, c'est-à-dire prenant en compte la régression des activités industrielles de base au profit de productions élaborées, la croissance démographique, mais aussi les effets du réchauffement climatique et l'élévation du niveau marin", pointe le CGEDD. Le premier scénario parie sur un arrêt des apports d'eaux douces pour un retour à une lagune méditerranéenne en bon état. Celles-ci seraient réorienter par dérivation jusqu'au Rhône. La seconde option envisage de transformer à l'inverse l'étang de Berre en étendue d'eau douce en supprimant les entrées d'eau de mer. "L'eau salée ne rentrant plus, la stratification devrait être considérablement réduite et le vent faciliterait le mélange des eaux, projette le CGEDD. L'étang de Berre devient un gigantesque réservoir d'eau douce, chance extraordinaire en période de changement climatique".

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