La nouvelle feuille de route (1) de gestion de la contamination aux PFAS (2) pour 2026 en Auvergne-Rhône-Alpes maintient ses quatre objectifs prioritaires de 2025 : réduire les pollutions à la source, garantir aux habitants une eau d'alimentation conforme, renforcer la surveillance des denrées alimentaires et soutenir la recherche et le suivi des expositions professionnelles. « La gestion des PFAS exige une mobilisation dans la durée, souligne Fabienne Buccio, préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes. La mobilisation engagée depuis 2022 démontre qu'il est possible d'apporter des réponses concrètes face à ces pollutions émergentes. » A la lumière des résultats engrangés en 2025, le document déroule de nouvelles étapes pour 2026.
Des contrôles sur l'avancement des plans d'actions industriels
Concernant la surveillance et la réduction des rejets, la région, particulièrement concernée par la contamination PFAS, avait anticipé certaines des dispositions du plan d'actions interministériel sur ces polluants dits éternels. Son état des lieux des rejets aqueux des installations classées (ICPE) dispose de plus de 99 % des résultats d'analyse demandés. En 2026, les dernières données devraient être récoltées.
Quarante-et-un sites industriels les plus émetteurs doivent désormais s'engager dans des plans d'actions pour répondre à la trajectoire nationale fixée à savoir tendre vers la fin des rejets en 2030. « De nombreux sites sont encore en phase d'investigation afin de comprendre et d'identifier des sources potentielles de PFAS, précise la préfecture. Néanmoins, plusieurs sont entrés dans une phase opérationnelle : ils définissent et mettent en place des actions de réduction de leurs rejets, par substitution ou par traitement ». Vingt-cinq contrôles sur site sont prévus en 2026 pour vérifier la bonne progression de ces plans.
Concernant plus spécifiquement le territoire lyonnais, des prescriptions aux principaux émetteurs - Arkema et Daikin - commencent à porter leurs fruits. Ainsi concernant le site d'Arkema, l'arrêt du 6 :2 FTS a permis la réduction de la substance dans les rejets à environ 2 kg/mois en moyenne sur 2025 (contre 13 kg/mois en moyenne en 2024 et 300 kg/ mois en 2022). « Les rejets encore mesurés proviennent de pollutions résiduelles (par exemple dans les tuyauteries) et de la remobilisation de la pollution historique de la nappe souterraine », explique la préfecture. En 2026, des actions se concentreront précisément sur la réduction des PFAS dans les eaux pompées par Arkema dans la nappe. De la même manière, par l'intermédiaire d'un traitement, Daikin a réduit ses rejets de PFAS dans l'eau à un ordre de grandeur du gramme par an. « Fin 2025, Daikin a remplacé son surfactant PFAS, le PFHxA, par un composé n'appartenant pas à la famille des PFAS, substitution confirmée par l'inspection des installations classées », note la préfecture.
Des comparaisons inter-laboratoires pour fiabiliser les résultats dans les boues
La région a également anticipé la campagne nationale d'analyse dans les boues qui devrait prochainement se lancer. « Depuis 2023, le syndicat gestionnaire de la station d'épuration située à Givors (Syseg), en lien avec les services de l'État, mène ainsi des analyses sur les boues issues du traitement des eaux usées, explique la préfecture. Les résultats montrent des concentrations globalement stables d'une campagne à l'autre et des valeurs inférieures aux références internationales actuellement disponibles ». Des comparaisons inter-laboratoires pour fiabiliser les résultats sont prévues en 2026.
Comme demandé au niveau national, la feuille de route régionale prévoit la surveillance des 167 stations d'épuration urbaines de plus de 10 000 équivalents habitants et des boues de certaines stations urbaines et industrielles. Elle projette également la préparation pour les industriels de la région de la mise en œuvre de la redevance PFAS.
Concernant les rejets atmosphériques, la feuille de route prévoit de poursuivre la réduction à la source sur les sites d'Arkema et Daikin au sud de Lyon mais également mettre en place une surveillance et un plan d'actions sur le site de Tefal à Rumilly. Après la surveillance des onze incinérateurs de déchets dangereux, la préfecture compte étendre en 2026 la campagne aux onze installations de co-incinération comme les cimenteries à hauts débits et les six incinérateurs de déchets non dangereux traitant plus de 15 tonnes par heure.
Résorber les non-conformités pour l'eau potable
Comme demandé par la réglementation, le programme de contrôle sanitaire de l'eau intègre les PFAS. « Les contrôles réalisés couvrent aujourd'hui 96 % de la population régionale », situe la préfecture. En 2026, les 4 % restants devraient être également suivis.
« Sept situations de non-conformité ont déjà été résolues, grâce à des systèmes de traitement au charbon actif (comme à Ternay dans le Rhône, Rumilly en Haute-Savoie ou Valence dans la Drôme), à l'arrêt de l'utilisation de certaines ressources, ou à des procédés de dilution, détaille la préfecture. Une seule situation de non-conformité est en cours début 2026 dans un hameau en Ardèche, avec une restriction temporaire d'usage de l'eau concernant une dizaine d'habitations. Deux autres situations potentielles sont suivies, dans l'Ain, et pourraient donner lieu à des plans d'actions si les non-conformités sont confirmées ».
Des contrôles ont également porté sur 39 sources alimentant des eaux embouteillées. Sur trois sites en Ardèche et dans la Loire, une surveillance renforcée a été engagée après la détection de PFAS. « Les exploitants ont décidé l'arrêt de l'utilisation de certaines sources », précise la préfecture.
Concernant les denrées alimentaires, en 2026, les analyses seront élargies à la matrice lait dans les exploitations professionnelles. La préfecture compte également s'appuyer sur les expertises nationales attendues pour adapter les recommandations mises en place localement.
Sur le territoire de Rumilly, elle souhaite mettre en place un plan de surveillance environnemental et mener des investigations complémentaires pour mieux identifier les zones contaminées.
Accompagner la structuration du hub d'excellence
Dans le cadre de son quatrième objectif prioritaire, la question des PFAS sera intégrée au 5e plan régional santé au travail et une communication sur les enjeux sanitaires ciblera à la fois les professionnels de santé et le grand public. Par ailleurs, la feuille de route prévoit la mobilisation de leviers comme France 2030 ou le Fonds vert pour accompagner des projets industriels innovants de substitution de PFAS, de traitement ou de leur destruction.
« Un hub d'excellence se structure sur les PFAS, lancé par la Métropole de Lyon avec l'aide du pôle de compétitivité Axelera, afin de faire collaborer tout l'écosystème régional », salue la préfecture qui compte accompagner l'initiative dans le cadre de la feuille de route.
Elle animera également le groupe de travail partenarial sur les sédiments. « Dans ce cadre, l'État demandera des analyses de PFAS avant et pendant les opérations de remobilisation des sédiments dans le Rhône et la Saône (dragage d'entretien, restauration des milieux aquatiques) », détaille la préfecture.






