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L'Agence internationale de l'énergie annonce "l'âge d'or" du gaz

Réunie au siège de l'OCDE à Paris les 18 et 19 octobre lors d'une conférence ministérielle, l'Agence internationale de l'énergie a encouragé les investisseurs à se tourner vers ce qu'elle annonce être l'énergie potentielle de l'avenir : le gaz.

Energie  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com
   
L'Agence internationale de l'énergie annonce "l'âge d'or" du gaz
   

En présence de ministres et de délégués venus de 37 pays représentant plus des trois quarts de la consommation d'énergie planétaire, l'Agence a constaté, lors de sa conférence ministérielle à Paris les 18 et 19 octobre derniers, que le monde avait beaucoup changé depuis la conférence précédente de 2009. Dans un monde en proie à la crise financière et économique et confronté à des troubles majeurs - tels que la marée noire de la plate-forme Deep Water Horizon, l'accident de Fukushima-Daiichi et les révoltes dans le monde arabe -, l'Agence internationale de l'énergie a plus que jamais réaffirmé son rôle de gardien de la sécurité énergétique globale.

Dans son discours de clôture, le président de la conférence, Martin Ferguson, ministre australien des ressources et du tourisme, a annoncé le principal message du prochain rapport annuel de l'Agence : "L'échelle et l'ampleur du défi énergétique est énorme. A moins que des mesures fortes ne soient prises, la demande globale en énergie va continuer d'augmenter et de se porter principalement sur les énergies fossiles. Ceci risque d'avoir des impacts globaux négatifs : des factures d'importation élevées auront pour effet de ralentir la croissance dans beaucoup de pays ; le risque de rupture d'approvisionnement des fournitures d'énergie va s'accentuer ; et les émissions de CO2 pourraient continuer d'augmenter jusqu'à provoquer une hausse de la température moyenne de 3,5°C, avec des conséquences dangereuses pour l'environnement et le bien être."

L'au-delà du pétrole

Le concept de sécurité énergétique va au-delà de l'enjeu pétrolier. Selon l'AIE, ce concept est aujourd'hui multidimensionnel et recoupe d'autres critères comme l'étendue géographique des ressources, les échelles de temps, la diversification des sources et la nécessité de relier la sécurité énergétique plus étroitement avec les politiques de soutenabilité. A côté des énergies renouvelables et du charbon, c'est le gaz qui s'annonce comme l'énergie des prochaines décennies. L'AIE prévoit une augmentation de 50% de la production gazière d'ici à 2035.

Selon l'AIE, les réserves prouvées de gaz n'ont cessé d'augmenter depuis 1975, à mesure que les techniques d'exploration ont progressé. Aujourd'hui, l'AIE les chiffre à 190 trillions de mètres cubes (tcm), soit deux fois la quantité de gaz actuellement produite. Les ressources gazières conventionnelles récupérables sur la planète atteindraient 400 tcm, sur la base des technologies et des prix actuels. Ces ressources équivalent à 120 ans de production actuelle. Ajoutées aux gaz non conventionnels, le total des ressources en gaz récupérable fournirait 250 ans de production globale. L'AIE en conclut que les ressources gazières sont vastes, géographiquement diverses, et potentiellement en mesure de répondre à la demande pour plusieurs décennies.

Le Scénario GAS de l'AIE (Golden Age of Gas Scenario) se fonde sur une série de découvertes et de constats : la demande globale en gaz comme énergie primaire atteindra 5,1 trillions de mètres cubes (tcm) en 2035 – l'AIE a révisé ses projections à la hausse. La part du gaz naturel dans le mix énergétique global va augmenter de 21% à 25% en 2035, dépassant la part du charbon en 2030. Cette évolution sera particulièrement marquée dans les pays non membres de l'OCDE, dont la Chine, qui canaliseront 80% de la demande en gaz. La demande chinoise en particulier sera, en 2035, équivalente à celle de l'Union européenne entière. Celle de l'Inde sera multipliée par 4. Selon le scénario GAS, le gaz remplacera le charbon pour la production électrique de pays tels que l'Inde, les Etats-Unis et la Chine.

Des contraintes techniques

Des questions restent en suspens, comme la capacité de répondre à temps à la hausse de la demande à moyen terme. L'AIE note une asymétrie entre le rythme lent de la capacité d'approvisionnement, en regard des épisodes d'accélération de la consommation de gaz, qui a augmenté de 7,5% en 2010. La fourniture russe en provenance de la région de production traditionnelle de Nadym-Pur-Taz continue de décliner. Les exportations depuis l'extrême Est de la Russie ont repris, mais l'éloignement de ces régions rend le transport du gaz plus coûteux. En Norvège, la production continue d'augmenter, mais cette hausse ne compensera pas le déclin de la production de la Grande-Bretagne et de l'Europe continentale. L'Australie et les Etats-Unis poursuivent leur expansion gazière, mais l'Australie ne peut déployer une main d'œuvre suffisante en regard de la taille des infrastructures à construire. Quant à la Chine, elle a annoncé dans le 12ème Plan pour 2011-2015 se tourner vers des sources d'énergie hors charbon, les gaz non conventionnels faisant l'objet d'investissements de la part des compagnies nationales.

Reste aussi à développer les infrastructures de transport interrégionales pour permettre la circulation du gaz dans les tuyaux transfrontaliers autant que dans l'économie. D'après le scénario GAS, le commerce interrégional va doubler dans les 25 prochaines années. Pourtant, peu de pipelines interrégionaux sont en construction. Seules deux connexions majeures ont été décidées depuis fin 2009 : le pipeline gazier d'Asie centrale, reliant le Turkmenistan à la Chine, et le pipeline Medgaz reliant l'Algérie à l'Espagne. En revanche, le projet Nabucco et les autres pipelines du sud de l'Europe reliant les marchés européens à la Caspienne et au Moyen-Orient restent en attente de décision, en raison des incertitudes sur les prix futurs du gaz et de la baisse de la demande en 2009.

Le ministre de l'énergie des Etats-Unis, M. Steve Chu, présent à la conférence, a lui-même mis l'accent sur l'importance du gaz comme énergie de transition : "Le gaz naturel peut faciliter le développement des énergies renouvelables dans un système électrique moderne. En synchronisant les sources intermittentes renouvelables avec la production d'énergie fossile, nous pouvons élargir l'utilisation des renouvelables dans le réseau. Les progrès technologiques de l'extraction des gaz de schiste nous ont permis de puiser dans les abondantes réserves des Etats-Unis. Les gaz de schiste ont un fort potentiel dans le monde entier, mais pour mettre en valeur cette ressource, nous devons répondre aux défis environnementaux et nous assurer que nous exploitons cette ressource de manière sûre et responsable".

Les Etats-Unis possèdent les plus grands champs de gaz de schiste de la planète. La quasi intégralité des 150 milliards de mètres cubes de gaz de schistes produits le sont aux Etats-Unis. Mais ailleurs, en Ukraine par exemple, les investissements ne suivent pas. Aux Etats-Unis comme en Europe, l'opinion publique a été alertée sur les risques environnementaux et technologiques de l'hydrofracturation, ce qui amène Lazlo Varro, chef de la division gaz et charbon de l'AIE, à déplorer le fait que l'industrie des gaz de schistes "est en train de perdre la bataille des relations publiques". Selon l'Agence, les impacts environnementaux des gaz de schistes peuvent être limités en prenant des précautions comme l'isolation hydraulique des puits, la combustion des gaz ou leur réinjection dans les puits, l'utilisation de l'eau peut être réduite par sa réutilisation et son recyclage, et la transparence sur les produits chimiques utilisés permettrait également une meilleure régulation environnementale.

Un avenir non conventionnel

L'AIE est convaincue que les gaz de schiste seront un passage obligé dans un avenir proche. Les ressources en gaz non conventionnel sont aujourd'hui estimées aussi importantes que les ressources conventionnelles. Les gaz non conventionnels représentent 60% du gaz commercialisé par les Etats-Unis. Le méthane de houille se développe en Australie et se profile en Inde, en Indonésie et en Chine. Pour répondre à la demande, la production annuelle de gaz devra avoir augmenté de 1,8 tcm d'ici à 2035, soit environ trois fois la production actuelle de la Russie. La Chine va devenir un des plus grands producteurs de gaz du monde, mais importera encore plus de la moitié de ses besoins en 2035. Presque toutes les régions du monde verront leur production gazière augmenter, à l'exception de l'Europe, où seule la Pologne s'active à multiplier les concessions. Le gaz non conventionnel couvrira 40% de la hausse globale de la production, par un développement accru de son extraction aux Etats-Unis, en Chine et en Australie.

Pour autant, cette hausse de la part du gaz au détriment du charbon ne suffira pas à remettre la planète sur la voie d'une stabilisation de la température globale à +2°C, affirme l'AIE. Malgré la nouvelle donne gazière, les émissions des énergies fossiles dégageront encore quelque 35 gigatonnes de CO2 en 2035, soit une stabilisation à long terme des gaz à effet de serre dans l'atmosphère à 650 ppm, ouvrant la voie à une augmentation globale de la température à 3,5°C. L'Agence américaine de protection de l'environnement, l'EPA, a révisé à la hausse les facteurs d'émission de méthane dans les processus d'extraction des gaz non conventionnels. "Accroître la part du gaz dans le mix énergétique global ne suffira pas, en l'état actuel des technologies, à éviter un changement climatique grave, même si le gaz naturel a un rôle important à jouer en tant que complément des énergies faiblement carbonées et en tant qu'énergie flexible mobilisée pour soutenir le développement des énergies renouvelables", précise l'AIE.

Réactions1 réaction à cet article

 

Et ben ça promet ! En tenant compte du fait que le gaz de schiste émet 20 à 50% de plus de gaz à effet de serre qu'une basique solution charbon, on n'est pas près de diminuer nos émissions !
Finalement le nucléaire c'est pas si mal vu sous cet angle...

Thibaud | 26 octobre 2011 à 07h58
 
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