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Actu-Environnement

''Nous perdons 2 millions d'hectares de forêt tous les ans mais il reste encore des terres vierges à protéger''

Fondateur de l'association Kalaweit à Bornéo (Indonésie), Aurélien Brulé, 29 ans, lutte pour la protection des gibbons et de la forêt depuis plus de 10 ans. Le 17 septembre 2008, un hélicoptère l'a déposé au sein des montagnes de Muller, dans la province de Kalimantan. L'homme y restera un mois dans le but de mieux décrire cette zone et de la protéger.

Interview  |  Biodiversité  |    |  Marie Bernard Actu-Environnement.com
   
''Nous perdons 2 millions d'hectares de forêt tous les ans mais il reste encore des terres vierges à protéger''


© Nick Lyon
   
Actu-Environnement : Dans quel objectif avez-vous crée l'association Kalaweit en 1997 ?
Aurélien Brulé : L'association Kalaweit reçoit à Bornéo et Sumatra en Indonésie, des gibbons victimes du trafic de l'homme pour leur donner une chance de pouvoir un jour repartir dans la forêt. Cela fait maintenant 10 ans que je suis en Indonésie pour mener à bien ce projet.
À la base, il s'agissait simplement de récupérer ces animaux confisqués par les autorités ou qui nous étaient donnés directement par les populations, pour ensuite les réhabiliter et les relâcher. Mais au fil du temps, notre projet de « sanctuaire pour gibbons » s'est élargi pour devenir un véritable projet de conservation. Nous avons désormais plus de trois cent gibbons. Nous possédons également une radio, une cinquantaine d'employés autour du projet et environ mille familles partenaires de Kalaweit à qui nous offrons des aides pédagogiques et médicales soit parce qu'elles protègent la forêt, soit parce qu'elles nous aident à recevoir des animaux.
Grâce à Kalaweit, nous avons également réussi à créer des « micro-projets » de réserves afin de protéger la forêt et les animaux qu'elle abrite : trois mille hectares à droite, mille hectares à gauche…vraiment, je préfère dire que nous sauvons les meubles car cela n'est plus du tout à l'échelle de ce que l'on pouvait faire il y a quelques années, lorsqu'il s'agissait de protéger des centaines de milliers d'hectares. À l'heure actuelle, si nous voulons faire quelque chose de réaliste, il faut vraiment faire petit mais concret.

AE : Quelles difficultés rencontrez-vous au quotidien dans votre combat pour la sauvegarde des gibbons et de leur habitat ?
AB : Notre principal challenge, c'est la déforestation. Les compagnies produisant de l'huile de palme sont en train de défricher toute la forêt. Comme les animaux n'ont plus d'habitat, ils se retrouvent de plus en plus au contact des hommes. Les gens les attrapent et en font des animaux de compagnie. Le problème va en s'aggravant et en s'accélérant.
Auparavant nous étions confronté à une déforestation sélective. Après leur passage, les compagnies forestières laissaient une forêt, même dégradée. Les animaux pouvaient donc y subsister. Mais aujourd'hui, une fois que les compagnies qui produisent de l'huile de palme sont installées il ne reste plus un seul arbre. C'est une course-poursuite au quotidien pour tenter de sauver ce qu'il reste.

AE : Vous arrive-t-il de recevoir des menaces de la part des compagnies ?
AB : L'industrie de l'huile de palme est une corporation dont on doit se méfier au jour le jour. L'Etat indonésien cautionne bien évidemment ce marché très alléchant. Tout est donc fait pour que ces plantations puissent se développer le plus vite possible sur les terres vierges de Bornéo.
Depuis 1998 il y a également une autonomie des provinces, ce qui signifie que chacune d'entres elles doit essayer de trouver ses propres sources de revenus. Pour une province comme Bornéo, il n'y a donc pas d'autres choix que d'utiliser le bois et l'huile de palme comme sources de revenus pour la région. C'est pour cette raison que les gouvernements provinciaux accueillent à bras ouverts les compagnies qui produisent l'huile de palme dont la plupart ne sont d'ailleurs pas indonésiennes mais étrangères.
Avec vingt-cinq à quarante mille auditeurs qui écoutent quotidiennement notre radio, nous avons fait le choix de nous exposer depuis longtemps. Nous y diffusons des messages afin de sensibiliser les auditeurs quant à la cession des terres aux compagnies.

AE : Vous vous apprêtez à mener une expédition d'un mois dans une zone encore totalement vierge. Quelle est la particularité de ce lieu ?
AB : Le lieu sélectionné se trouve dans la chaîne de montagnes Muller qui peut atteindre les 1700 mètres d'altitude. La zone se situe au centre de Bornéo et plus précisément encore, au nord de la province centrale de Kalimantan.
Mon objectif est d'y être largué en hélicoptère le plus haut possible, car plus on monte en altitude, moins l'écosystème est connu. Je connaîtrais réellement le site de l'expédition le jour même de mon arrivée, puisque nous aurons quarante minutes de carburant une fois arrivés sur la zone pour trouver un endroit où l'hélico' pourra me déposer.
Si d'autres parties de la chaîne de montagnes Muller ont déjà été explorées, la zone où je me rends est encore quasiment vierge. Il n'y a pas de rivières assez importantes, donc navigables pour pouvoir s'y rendre. De plus, la zone est très éloignée des principales villes de la province et le relief y est très accidenté. Toutes ces difficultés en font une zone encore ignorée des compagnies forestières. Il reste donc beaucoup à découvrir dans ce lieu, comme des grottes, des rhinocéros et peut-être, des groupes de la tribu Dayak Punan.

AE : En quoi cette mission peut-elle avoir un impact sur la préservation de la forêt ?
AB : En plus d'être un défi personnel le but de l'expédition est d'attirer l'attention sur la forêt. J'aurai avec moi, deux caméras et du matériel pour pouvoir filmer la zone. Dans un premier temps, l'objectif est donc de faire prendre conscience que « oui la situation est catastrophique, oui on perd 2 millions d'hectares de forêt tous les ans mais il reste encore des terres vierges à protéger ».
Après l'expédition, nous espérons recevoir les aides de personnes qui croient en nos projets mais aussi le soutien nécessaire pour créer de nouveaux micro-projets de réserves. Le pari a long terme est que nous puissions arriver à créer des réserves qui certes, ne sont pas énormes mais qui sont réellement protégées sur le terrain. Si partir seul, sans moyens et sans contacts avec l'extérieur pendant un mois dans la forêt peut attirer l'attention afin de réaliser ces projets, alors le pari sera gagné.
Bien qu'il ne soit plus à l'échelle de ce que nous pouvions imaginer dans le passé où toute l'île de Bornéo était vierge, l'avenir, c'est de protéger le peu de zones qui le sont encore. C'est le combat à mener !




Passionné par les gibbons, Aurélien Brulé est parti à leur rencontre à 18 ans en Indonésie. Mais une fois sur place à Bornéo, il a constaté la réalité de la déforestation et de la destruction de l'espèce, dont les individus étaient capturés, vendus et tués. Pour tenter d'y faire face, le jeune homme a monté le programme Kalaweit désormais devenu le plus grand programme de réhabilitation de gibbons au monde.

Les initiatives locales et concrètes tentent non seulement d'enrayer l'extinction de l'espèce, mais également de limiter la déforestation. Car outre la perte de biodiversité, la déforestation est communément considérée comme l'une des causes du réchauffement climatique. En effet, les forêts – tropicales et autres – absorbent le CO2, atténuant ainsi les effets des émissions sur le climat.

Réactions13 réactions à cet article

 
Bravo

On manque de personnes comme lui qui vont jusqu'au bout de leur rêve. Si vous voulez l'aider, vérifiez bien les provenances du bois que vous achetez, cantonnez vous aux essences locales.

Gilles | 25 septembre 2008 à 08h56
 
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Re:Bravo

on peut aussi signer la petition de greenpeace sur le bois illegal(sur leur site)

lio | 25 septembre 2008 à 09h18
 
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Mon île adorée, Haïti

D'origine haïtienne, je serais très reconnaissante que l'on s'intéresse AUSSI à cette belle île laissée à l'abandon. Je suis prête à m'investir, mais par quoi commencer ? entre autre pour reboiser ce joli pays (si on s'en occupait)...
Par ailleurs, je suis très contente pour les autres pays dans le même état qu'Haïti pour lesquels beaucoup de gens s'activent, mais PENSEZ à nous aussi ! Je suis triste pour mon peuple, et je ne fais que constater les dégâts (politiques, économiques, sociaux et surtout environnementaux...).

hispaniola | 25 septembre 2008 à 10h22
 
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Déforestation STOP !

Quelle Audace ! A soutenir !

coco | 25 septembre 2008 à 10h42
 
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fait il faire participer la popul cible.

bravo MR AURèLIEN Brulè pour vos initiatives, toute sorte de lutte contre la desertification et la menace de l'environnement doit passer a mon avis par l'integretion de la population cible pour mener a bien et assuer la durabilitè de l'action , par la creation d'ONG sur place qui sensibiliseè et fortmeè ,et en INDONèSIE intergrè cette sensibilisation dans l'education et la culture autochtone qui souvent dans beaucoup de societès est enracineè mais a etait chambardeè par le pouvoir colonial ou autre.
je sius impressionnè par votre action, bon courage,et j'espere que dans votre programme l'homme prend sa place ( on dit meme en indonèsie que l'homme est l'heritier de DIEU sur terre...) donc il faut en meme temps des trois composantes ,l'homme, la faune et la flore pour ne pas faire comme en afrique ou les pouvoirs de l'epoques coloniales n'ont jamais donnès cette chance d'integrer cette symbiose pour l'intèret des trois composantes deja citeès c'est evident car leur mission est tirer profil de cette nature sans consideration du capital qui est l'homme et son environnement.
pour que l'indonèsien sort de ce que l'africain a vecu pendant des siecles,la foret indonèsienne doit servir a toutes les composantes de l'environnement.
bon courage et bon succes ,recevez tout mon soutien et mon profond respect.abderrahman abdelkebir ingenieur ethnologue chercheur en aridoculture , lutte contre la desertification et le developpement durable des zones fragiles et marges sahariennes par le biais du retour obligatoire a la culture paysanne...

abderrahman abdelkebir | 25 septembre 2008 à 11h00
 
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Re:Bravo

C'est effectivement un aspect du problème et une bonne recommandation mais il faut aussi et surtout, dans ce cas là, acheter des biscuits et des pâtisseries pur beurre ou à l'huile de colza.

capitaineM | 25 septembre 2008 à 11h08
 
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Re:Bravo

Le mieux est d'acheter du bois certifié FSC ou PEFC. Car exclure tout bois tropical, c'est aussi pénaliser ceux qui l'exploitent dans des conditions de gestion durable - et il y en a, notamment grâce à des partenariats entre compagnies forestières responsables et communautés villageoises. Il est toujours injuste de punir indistinctement ceux qui font des efforts et ceux qui n'en font pas (en tout cas c'est ce que me disent mes enfants...).
Et c'est un forestier tempéré qui vous le confirme !

Lou Tienou | 25 septembre 2008 à 21h55
 
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Re:Mon île adorée, Haïti

Il y a quelques mois j'ai entendu un reportage sur France Info (ou Inter) sur un projet de reboisement en Haïti où il y a en effet un très grave problème forestier (en plus de tous les autres) à cause du fort besoin en bois de chauffage : l'île est presque entièrement déboisée. Cela passe par l'éducation et l'état de droit, ce qui n'est bien sûr pas gagné, mais le reportage parlait de résultats encourageants.
Je comprends la tristesse d'Hispaniola car Haïti aurait tout pour (re)devenir un beau pays - et les Haïtiens le méritent !
Allez courage il faut garder espoir : la forêt qui pousse fait moins de bruit que l'arbre qu'on abat.

Lou Tienou | 25 septembre 2008 à 22h02
 
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bravo

Bravo au courage de la jeunesse , aà votre engagement merci pour nos générations futures
Certain dirons une goutte d'eau dans l'océan, mais je suis comme le colibri du poème amerindien, si chacun fait sa part il reste de grand espoir pour l'humanité
votre détermination me donne du courage pour réaliser mon projet en France dans le domaine végétal à bientot

amidelalune2609 | 02 octobre 2008 à 09h20
 
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Question

J'aimerai pouvoir suivre la prochaine aventure d'Aurélien Brulé. Comment faire?

Anonyme | 02 octobre 2008 à 15h46
 
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Re:Re:Bravo

Bon conseil, d'autant plus que l'huile de palme hydrogénée, utilisée par les groupes agro-alimentaire , pour des raisons bassement pécunières a un impact dangereux pour la santé.

Pensez à regarder les ingrédients des denrées que vous souhaitez d'acheter. En reposant le produit en contenant, çà aura un impact environnemental

PB78 | 04 octobre 2008 à 19h12
 
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gens d'exception

Heureusement que des gens comme ca pronent le retour a des valeurs simples.Hélas actuellement pour tout le monde cela parait normal de vivre dans un monde ou les inégalités de richesse ou autres persistent.Continuez a faire des dons a des associations comme ca car elle en ont véritablement besoin.

lili14 | 26 octobre 2009 à 14h02
 
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boycott

Qu'attendent Greanpeace et les autres ONG environnementales pour organiser un boycott international et radical des produits à base ou comportant de l'huile de palme. Le pouvoir des eco-citoyens résie surtout dans cette arme économique

durutti | 26 août 2010 à 21h28
 
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