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“L'aménagement durable fait appel à l'intelligence et non à la technologie”

Laboratoires de la ville de demain, les écoquartiers fleurissent en France. Chaque collectivité s'essaie à ce nouvel exercice d'aménagement urbain. À Dijon, Thierry Lajoie, Directeur Général des Entreprises Publiques Locales d'Aménagement de l'Agglomération Dijonnaise prône la sobriété et l'innovation.

Interview  |  Aménagement  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
   
“L'aménagement durable fait appel à l'intelligence et non à la technologie”
Thierry Lajoie
Directeur général de l'EPLAAD
   
AE : Pouvez-vous présenter les Entreprises Publiques Locales d'Aménagement de l'Agglomération Dijonnaise ?

TL
: Les Entreprises Publiques Locales d'Aménagement de l'Agglomération Dijonnaise (EPLAAD) regroupent trois entités chargées de concevoir et de réaliser l'aménagement urbain du territoire. La SEMAAD, Société d'Economie Mixte d'Aménagement de l'Agglomération Dijonnaise, est principalement dédiée à l'aménagement de quartiers d'habitat et d'activités, à la construction et à l'exploitation de bâtiments et d'équipements publics et privés, dans les 116 communes du Schéma de Cohérence Territoriale de l'aire dijonnaise. Elle a été complétée en août 2009, par la Société Publique Locale d'Aménagement de l'Agglomération Dijonnaise (SPLAAD), vouée à l'aménagement des quartiers structurant d'habitat et de parcs d'activités économiques de l'agglomération. Contrairement aux sociétés d'économie mixte, sociétés anonymes dont le capital est réparti entre des collectivités territoriales (majoritaires) et des partenaires du territoire, et qui relèvent par conséquent du secteur économique concurrentiel, les sociétés publiques locales d'aménagement (SPLA) sont des sociétés anonymes dont le capital est exclusivement détenu par des collectivités. Elles interviennent librement sous la forme de régie externalisée pour le compte et sur le territoire de celles-ci. Enfin, la troisième entité constitutive des EPLAAD est un groupement d'intérêt économique (GIE) qui permet de mutualiser les ressources humaines et matérielles de fonctionnement des deux sociétés.

AE : Le premier projet d'écoquartier de l'agglomération de Dijon de la SEMAAD baptisé Heudelet26 verra le jour début 2013. Comment s'est construit le projet ?

TL
: À l'issue des élections municipales de 2008, le Sénateur François Rebsamen, maire de Dijon et Président de la Communauté d'agglomération du Grand Dijon, a souhaité que l'agglomération se dote d'un grand programme d'aménagement urbain, avec l'objectif de devenir une référence européenne en matière d'écologie urbaine. Pour cela, les collectivités ont reconfiguré les règlements d'urbanisme : Dijon est désormais dotée d'un Plan Local de l'Habitat ambitieux et du premier éco-PLU (Plan local d'urbanisme) de France. De leur côté, les outils des collectivités, SEMAAD puis SPLAAD, ont refondu leur stratégie au service d'une philosophie urbaine affirmée : elles ont ainsi adopté un Plan d'Orientations Stratégiques d'Aménagement Durable, Economique et Responsable (POSADER). Ce projet d'entreprises s'appuie sur des principes urbains (compacité, courtes distances, multi-activités), sur des principes sociaux (mixité), sur des principes environnementaux (généralisation des bâtiments BBC, réduction de l'empreinte carbone, réintégration de la biodiversité en ville) et sur des principes de gouvernance participative (implication des riverains, habitants, associations, commerçants). Sans oublier les principes économiques. Sur chacune des opérations, nous nous engageons à combiner ces six principes.

AE : A ce propos, l'aspect économique d'un aménagement durable se réduit souvent à l'idée d'un surcoût. Quel est votre avis sur ce sujet ?

TL
: Notre philosophie consiste à dire que ce qui est durable est économe. L'aménagement durable fait appel à l'intelligence et non à la technologie. Il s'agit de ne pas se doter du superflu, sans oublier le nécessaire. De faire les bons choix initiaux (écoorientation, inertie des enveloppes, choix des matériaux…) Le prix d'un quartier durable n'est alors pas plus cher à construire ou à vivre. Il faut raisonner à coût complet, investissement et fonctionnement. La planète et les habitants y gagneront.

AE : Comment ce POSADER est-il concrètement traduit sur le terrain ?

TL
: Sur la base du POSADER, nous avons défini un système de management environnemental que nous utilisons désormais pour toutes nos opérations. Cette méthodologie est fondée sur la rédaction, en amont de chaque projet, d'un plan de management avec une centaine d'objectifs qualitatifs et quantitatifs propres à l'opération et répondant aux six principes du POSADER. Ces objectifs peuvent être par exemple une consommation d'énergie maximale pour les logements, une artificialisation des sols limitée ou la suppression de la voiture. Nous cherchons ensuite des solutions pour y répondre. Si l'écoquartier est totalement piéton, il faut prévoir des stationnements mais pas forcément un parking souterrain pour chaque immeuble. Il faut inventer un nouveau type de stationnement par exemple un parking mutualisé, utilisable par tous les acteurs (habitants, salariés, commerces, visiteurs) et capable d'accueillir d'autres services à l'avenir, lorsque l'usage de la voiture sera fortement réduit.

AE : Cette approche suggère-t-elle une nouvelle façon d'appréhender les projets de la part des aménageurs ?

TL
: En effet, pour concevoir un écoquartier, nous sommes obligés de réfléchir à de nouvelles méthodes de travail et l'aménageur est amené à jouer un rôle étendu. Dans le cas de l'écoquartier Heudelet26 par exemple, la gestion du parking ne sera ni en régie publique ni en copropriété privée mais à la SEMAAD afin de faire vivre et évoluer cette plate-forme multiservices. Autre exemple avec la gestion des déchets. Dans ce domaine, traditionnellement, les aménageurs cherchent simplement à assurer un ramassage régulier des déchets dans le respect des conditions d'hygiène et des filières de traitement. En parallèle, les collectivités cherchent à réduire le volume de déchets produits. Les aménageurs ont donc un rôle à jouer dans cette politique en proposant des solutions qui vont dans ce sens, par exemple en prévoyant l'installation de compacteurs dans les appartements. Il ne s'agit surtout pas de dicter les comportements des habitants mais nous devons leur proposer des solutions pour qu'ils puissent naturellement adapter leurs comportements.
L'ensemble de ces préconisations doivent être précisées, détaillées dans le cahier des charges que les promoteurs doivent respecter. Dans ce document, nous pouvons par exemple définir comme critère l'empreinte carbone du bois utilisé. C'est une façon d'encourager le recours à du bois produit à proximité et par conséquent accompagner le tissu économique local.

AE : Le ministère du développement durable travaille sur la préparation d'un référentiel écoquartier afin de cadrer les choses. Qu'en pensez-vous ?

TL
: C'est une bonne initiative mais il faut éviter que le développement durable n'apporte une nouvelle uniformité. Il n'y a pas une ville durable mais des villes durables. La SEMAAD est la 1ère SEM de France dont toutes les opérations sont certifiées ISO14001, et la seule SEM de France labellisée EMAS. Je ne suis donc pas un ennemi de la norme. Mais la norme peut vite devenir l'ennemie de l'innovation ! Il faut des méthodes et des principes qui garantissent des résultats mais il faut surtout laisser s'exprimer le ''génie du lieu'' et l'innovation architecturale et entrepreneuriale.
Le règlement est protecteur mais peut aussi être un obstacle. C'est d'ailleurs pour cela que Dijon a choisi de modifier les documents d'urbanisme. Un nouveau Plan Local d'Urbanisme, l'Eco-PLU sera en vigueur à la fin du mois. Y est notamment supprimée la référence au Coefficient d'Occupation des Sols (COS). La densité urbaine des projets sera désormais fonction du terrain et ne sera plus identique pour l'ensemble du territoire. De même nous avons supprimé la limitation de hauteur des bâtiments pour la reconversion des friches industrielles, et nous ne fixons plus un nombre minimum de place de parking pour chaque logement. Ce sera au cas par cas. Nous croyons davantage à l'intelligence contextuelle qu'à la norme réglementaire.
L'écoquartier demande beaucoup d'innovation. Si les célèbres écoquartiers BedZed au Royaume-Uni ou Vauban en Allemagne avaient été conçus dans le respect des normes, ils ne seraient jamais sortis de terre. On a besoin d'exemple, de points de repère mais laissons nous la liberté d'inventer.

Réactions4 réactions à cet article

 
Eco-quartiers à Dijon

Dans l'agglomération dijonnaise, les projets d'"écoquartiers" se mettent à proliférer. Heudelet 26 semble être l'exemple même de "sobriété et d'innovation" pour Dijon. Mais il y en a d'autres.
Bâtiments basse consommation ou à "énergie positive". Entre le but et la réalité, il sera important de vérifier que les entreprises auront obligation de moyens, mais aussi de résultats.
Un autre point qui ne semble mentionné nulle part sur les documents accessibles: la qualité des matériaux et des peintures, avec ou sans COV? La qualité de l'air intérieur est un point important. Un bâtiment BBC bourré de composés organiques volatiles, ça sera mal vu...

Les dijonnais veulent plus de quartiers "écolos" qu'ont le ne le croit.

dijon-ecolo | 14 juin 2010 à 13h46
 
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Eco-quartier : conflit d'usage et contre-référenc.

Attention à la perte de terre agricole à haute valeur agro pédologique. Les gisements ne sont pas inépuisables et la ville de Dijon est bel et bien en train d'entamer le patrimoine foncier avec des centaines d'hectares menacés. Le bâti existant doit être transformé pour aller vers la ville durable, les passoires thermiques mises par terre, les friches industrielles réhabiliter, les trames vertes définies en amont des projets, le maintien des sols d'origine maintenu, voici quelques pistes intelligentes. Construire un éco-quartier sur des terres maraîchères censées alimenter la ville et les écoles (en bio) est une contre référence majeure...

Marjolaine | 17 juin 2010 à 10h00
 
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artificialisation air urbaine Dijon

Aire urbaine de Dijon :l’artificialisation progresse vers l'est

Entre 2000 et 2006, au moins 700 hectares ont été artificialisés dans l’aire urbaine de Dijon, soit une progression de 0,6 % chaque année. Les travaux d’infrastructure et la croissance du parc de logements contribuent à transformer des terres agricoles et des forêts en espaces urbanisés. L’artificialisation progresse dans le pôle urbain et en périphérie, notamment dans la plaine de la Saône.
En format pdf
http://www.insee.fr/fr/insee_regions/bourgogne/themes/4pages/dim158.pdf
Pour en savoir plus
http://www.insee.fr/fr/regions/bourgogne/default.asp?page=publications/4pages/dim158_methodes.htm#aussi

Marjolaine | 17 juin 2010 à 11h18
 
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En réponse aux réactions

Bonjour,
Je suis toujours attentif aux réactions que suscitent mes propos, qui souvent nous aident à avancer d'ailleurs.
La réaction relative à l'artificialisation de l'aire urbaine à Dijon est juste : nous devons modérer voire inverser cette tendance qui fait que l(értificialisation des sols en France croît deux à trois plus vite que la population. C'est le sens de notre effort.
En lien, la réaction sur les conflits d'usage et contre référence est pertinente : la priorité de l'urbanisation et de la densification doit être donnée aux friches urbaines, aux interstices dans la ville, à refaire la ville sur la ville.
Pour ce qui est des éco-quartiers, il est juste d'énumérer les points importants auxquels être attentifs. Par exemple, nous avons décidé de soumettre tous les batiments érigés par les promoteurs et bailleurs dans les quartiers que nous aménageons, à la norme Qualitel Habitat et Environnement, qui exclut les matériaux nocifs. Les cahiers des charges de cession de terrain préciseront les obligations afférentes.
Merci de vos contributions et à la disposition d echacun pour d'autres précisions.
Thierry LAJOIE
Directeur général des Entreprises Publiques Locales d'Aménagement de l'Agglomération Dijonnaise

EPLAAD | 19 août 2010 à 00h45
 
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