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Biodiversité : des commentaires nuancés à l'issue de la conférence de Nagoya

Après l'échec de Copenhague, l'accord obtenu à Nagoya est quasi unanimement salué comme un succès pour la gouvernance environnementale mondiale. Néanmoins, les avis sont plus partagés quant à la portée des mesures adoptées.

Biodiversité  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
   
Biodiversité : des commentaires nuancés à l'issue de la conférence de Nagoya
© Convention sur la diversité biologique
   

Pour Ahmed Djoghlaf, secrétaire général de la Convention sur la diversité biologique (CDB), l'accord obtenu à la conférence de Nagoya est comparable au protocole de Kyoto visant à lutter contre les changements climatiques. "Si Kyoto est entrée dans l’histoire comme la ville ayant vu la naissance de l’accord sur le climat, on se souviendra de Nagoya comme la ville ayant vu naître l’accord sur la biodiversité", estime-t-il. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, considère pour sa part que le protocole sur l'Accès aux ressources et le partage des avantages (APA) constitue un traité "historique" permettant un partage équitable les bénéfices tirés des ressources génétiques mondiales.

Côté français, la secrétaire d'Etat à l'écologie, Chantal Jouanno, "se réjouit" de l'accord signé à Nagoya et considère elle aussi que le protocole APA est "juste et équitable." Quant aux objectifs du Plan stratégique de préservation de la biodiversité, la secrétaire d'Etat estime qu'ils sont "à la fois ambitieux et réalistes." Enfin, dans la perspective du sommet sur le climat de Cancún, la secrétaire d'Etat juge que "ce succès donne un nouvel élan aux négociations internationales dans le domaine de l’environnement."

La surpêche pointée du doigt

Néanmoins, les commentaires de la société civile sont plus contrastés. Ainsi, si Nathalie Rey, chargée de campagne océans pour Greenpeace international, considère elle aussi que "Nagoya n'est pas un nouveau Copenhague", elle remet en cause la portée de certains points de l'accord. Ainsi, l'association espère que "l'engagement visant à adopter des objectifs de financement dans deux ans ne sera pas utilisé comme une excuse à l'inaction." Par ailleurs, l'organisation qui milite pour que 40% des espaces maritimes deviennent des aires protégées considère que l'engagement pris à Nagoya aurait pu être plus important "étant donné que les gouvernements se sont déjà engagés à mettre en place un réseau mondial d'aires marines protégées d'ici à 2012." Côté avancées, l'ONG salue les engagements en faveur d'une pêche durable et contre la déforestation, l'accord APA et la suppression des subventions publiques nuisibles à la biodiversité.

Quant au directeur général du WWF international, John Leap, il "[espère] que la détermination et l'état d’esprit [des ministres présents à Nagoya] inspireront d’autres Sommets, notamment les négociations sur le climat qui auront lieu en décembre à Cancún." S'agissant de l'objectif de 10% d'aires maritimes protégées, il est perçu par la fondation comme "un objectif d’arrêt de la surpêche" qui "reste insuffisant car selon les scientifiques, celles-ci devraient couvrir 20 % des mers." Quant à la préservation des habitats terrestres, l'objectif de 17% pour 2012 est qualifié de "modeste" en comparaison des 12% déjà atteints. Enfin, le WWF souligne l’engagement de la France à investir 4 milliards d'euros d’ici 2020 via l’aide publique au développement, soulignant cependant que "d’autres financements seront nécessaires" pour préserver la biodiversité.

La Ligue Roc de son côté se dit "heureuse" de l'accord signé à Nagoya et en particulier du protocole APA qui constitue "un accord contraignant qui permettra de rendre plus équitable l’exploitation de ressources génétiques issues de la flore, de la faune ou de micro-organismes". Quant au Plan stratégique pour 2020, il "devient la feuille de route - non contraignante - des pays signataires." L'ONG note cependant "des points de faiblesse, comme sur le pourcentage des aires protégées à atteindre, ou des imprécisions, comme sur la portée de la lutte contre les subventions néfastes à la nature." Enfin, elle estime que l'adoption du plan de mobilisation des ressources financières est un point "essentiel car sans financement, n’importe quel engagement reste lettre morte."

Un accord non contraignant

La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) estime pour sa part que le sommet "s’est achevé sur un accord légitimement qualifié d’historique" même si "les ambitions de certains n’ont pas été complètement suivies." S'agissant du protocole APA, Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO, considère qu'il constitue "un levier essentiel pour une exploitation rationnelle et une coopération basée sur l’éthique." De même, "l’avancée significative" enregistrée au sujet de l'établissement d'une plateforme scientifique intergouvernementale sur la biodiversité et les services des écosystèmes (IPBES) "conduira à une nouvelle gouvernance" selon la LPO. Par contre, "la LPO regrette que Nagoya n’ait pas suivi l’ambition, notamment française, à savoir 25 % du terrestre et 15 % des mers en protection."

Quant à l'ancien porte parole de France nature environnement (FNE), l'avocat Arnaud Gossement, il juge que "les premières informations disponibles […] permettent de douter de l'existence du caractère historique de l'accord [et] ses retombées ne devraient pas être spectaculaires, loin s'en faut." Il regrette en particulier que la conférence n'ait suscité "aucune mobilisation citoyenne" et qu' "aucun responsable politique de haut niveau n'ait pris la peine de se déplacer." S'agissant du protocole APA, il doute qu'il ait "un quelconque impact à défaut d'une réforme profonde des droits nationaux et international des brevets." Enfin, il regrette que "ces décisions sont essentiellement constituées d'objectifs et sont juridiquement non contraignantes" et qu'elles soient prises "dans le cadre d'une convention […] non ratifiée par les Etats-Unis."

Enfin, le mouvement politique Cap21, présidé par Corinne Lepage, salue l'objectif de 10% d'aires marines protégées dont il espère qu'il "va remettre en question certains processus de négociation sur la pêche." Autre point positif, le protocole APA qui "est une avancée majeure pour mettre fin à la biopiraterie." Néanmoins Cap21 regrette que l'accord APA ne soit pas rétroactif, que les autorisations soient délivrées par des agences nationales et qu'il entérine le droit souverain des Etats sur leurs ressources naturelles. Sur ce dernier point, le parti note que "les peuples indigènes estiment ne pas avoir été écoutés une fois encore puisque la question de la protection de leurs savoirs traditionnels est remise entre les mains des Etats." Finalement, Cap21 est "très circonspect car cet accord comprend de nombreuses failles qui sont autant de « portes de sortie » pour ne pas respecter les engagements pris" et pointe en particulier le caractère non contraignant, l'absence de sanction et la présence de passages pouvant faire l’objet d’interprétations différentes. Enfin, pour le parti, "tout démontre que l’on compte sur des fonds qui ne semblent pas exister pour l’instant."

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