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''La norme de compost français est à la traîne''

Le compost français n'offre pas de garanties d'innocuité et protège mal les sols et l'environnement. En cause : une norme de compost bien trop laxiste, ainsi qu'une absence de tri des biodéchets à la source. Les choses pourraient changer grâce à l'Union européenne selon Pénélope Vincent-Sweet, pilote du réseau Déchets à France nature environnement, qui plaide pour une collecte sélective des biodéchets.

Interview  |  Déchets  |    |  Victor Roux-GoekenActu-Environnement.com
   
''La norme de compost français est à la traîne''
Pénélope Vincent-Sweet
Pilote du réseau Déchets à France nature environnement
   
Pourquoi estimez-vous que le compost français est de mauvaise qualité ?

En France, nous partons du principe qu'il faut mettre l'accent non pas sur les ingrédients du compost, mais sur le compost lui-même. Cette conception est due à l'usage du tri-compostage, souvent confondu avec le traitement mécano-biologique (TMB), dans le traitement des déchets. L'essentiel du flux sortant du TMB part en décharge, tandis que le ''compost'' sortant du tri-compostage, réalisé sans avoir séparé les biodéchets des autres ordures à la source, est destiné à amender les terres, généralement agricoles.

Dans nos poubelles, neuf fois sur dix, nous jetons des choses banales. Mais beaucoup d'entre nous ne font pas la démarche d'amener par exemple leur petit fond de peinture en déchèterie. Traités en TMB, ces déchets toxiques vont détériorer la qualité du compost. Certains déchets n'ont pas de filière adaptée. Les cendres de cheminée de chaudière à fuel, par exemple, qui se retrouveront donc en centres de compostage.

Que change le fait d'avoir un compost de bonne qualité ?

Retourner nos déchets organiques au sol (après compostage ou méthanisation) est important pour ''boucler la boucle'', à condition qu'ils ne soient pas contaminés. Dans les déchets ménagers se trouvent des métaux lourds, des polluants organiques persistants (POP) et des impuretés visuelles telles que les plastiques qui s'accumulent ensuite dans les sols. Les sols, ressource non-renouvelable, doivent être protégés d'une telle pollution irréversible.

Au-delà d'une certaine quantité appliquée sur les sols, ces polluants risquent de s'accumuler. C'est pourquoi les pays appliquent des valeurs limites pour les métaux lourds dans les composts. Pour le cadmium, par exemple, les valeurs limites sont entre 0,7 et 1,5 milligrammes par kilo de matière sèche dans la plupart des pays. Dans les composts de biodéchets en Europe, on en trouve 0,5 mg/kg en moyenne. Or la norme de compost de la France (NF U 44-051), devenue obligatoire en mars 2009, est à la traîne. Elle limite les teneurs en cadmium à 3 mg/kg. Selon une étude de la Commission européenne, l'utilisation d'un compost proche de cette limite engendrerait une accumulation atteignant des niveaux de cadmium inquiétants en 50 ans. Pour le cuivre et le mercure, cette période est de 25 ans seulement.

Enfin, la norme française autorise jusqu'à 2% de verre et métaux et 1,1% de plastiques. Dans un mètre cube de compost, cela revient à autoriser jusqu'à 5 kg de verre/métaux et 2,7 kg de plastiques. La norme NF U 44-051 sur le compost est donc loin de protéger les sols et la santé.

Elle est pourtant réputée être l'une des plus strictes d'Europe…

Un certain nombre de substances sont limitées par toutes les normes de compost des pays membres de l'Union européenne : cuivre, zinc, mercure, plomb, chrome et cadmium par exemple. Dans la norme française, l'arsenic et trois POP, ainsi que des normes d'hygiène (escherichia coli, œufs de parasite...) sont aussi pris en compte. C'est pour cela que certains gens du milieu disent que la France a la meilleure norme. Mais mesurer quelques paramètres de plus ne garantit en rien la bonne qualité du compost.

Pourquoi donc ?

D'abord car seuls quelques POP sont analysés, sur des centaines potentiellement dangereux. Mieux vaut les écarter des ingrédients du compost à la source. Ensuite parce qu'échantillonner du compost est quelque chose de très délicat. Le compost n'est pas un mélange homogène tel que l'eau d'une station d'épuration. L'analyse de quelques mètres cubes d'un compost n'est pas révélatrice du mélange complet. S'il y a une pollution ponctuelle, elle peut passer inaperçue. Voilà pourquoi il vaut mieux faire attention aux ingrédients.

Quand on fait du compost d'épluchures, de restes d'aliments et de biodéchets, il y a peu de chances d'avoir des polluants. Les Pays-Bas viennent par exemple de réduire la fréquence de vérification de leur compost, car il est de très bonne qualité.

A l'inverse, la France impose des tests coûteux à tous les composts indépendamment de leur origine. Cela peut même aller jusqu'aux composts en pied d'immeuble. En Vendée, plusieurs compostages villageois sur des déchets organiques triés à la source sont en développement. Il y a quelques semaines, le syndicat départemental de traitement des déchets a réclamé des vérifications de conformité avec la norme NF U 44-051. Ce n'est pas du tout approprié au petit compostage de quartier, d'autant que la batterie de tests coûte entre 1.200 et 1.500 euros à chaque fois. Exiger ces tests pour 5 ou 50 tonnes annuelles de compost présentant un risque de pollution négligeable semble disproportionné.

Dans l'Union européenne, parmi les pays avec une norme, trois pays font pire que la France : Grèce, Pologne et Lettonie. Les ''grands'' pays qui produisent les deux-tiers du compost européen exigent une bien meilleure qualité de compost pour leur agriculture : Autriche, Belgique, Allemagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Suède et Royaume-Uni.

L'adoption d'une directive européenne sur les biodéchets peut-elle changer la donne ?

Une proposition de directive ''biodéchets'' a échoué en 2000-2001. Les valeurs seuils proposés à l'époque pour limiter les substances dans le compost européen sont bien plus sévères que celles de la norme française actuellement en vigueur.

La Commission a réamorcé le processus en lançant un livre vert et une consultation sur les biodéchets en décembre 2008. Le 28 avril prochain ce thématique sera discuté en commission Environnement du Parlement européen. Il est vraisemblable que des propositions législatives en sortent, prenant en compte non seulement des valeurs seuils pour les métaux, mais aussi des exigences pour les déchets qui entrent dans la fabrication du compost.

Notre norme risque alors d'être complètement dépassée. Enfin, la directive-cadre sur les déchets pousse au tri sélectif des biodéchets et stipule l'obligation de protéger l'environnement en faisant du tri à la source.

Réactions10 réactions à cet article

 
Le compost sain

Depuis 2 ans nous incitons les collectivités et la population à créer eux mêmes leur propre compost afin de réduire leur production de déchets et produire un compost sain. En effet, en^mettant soi-même ses déchets organiques dans un composteur individuel, nous nous protégeons d'utiliser du compost polluer par différents produits toxiques

coolcool | 22 avril 2010 à 08h18
 
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Du compost?

comment peut-on parler de compost pour des résidus issus de traitement de type TMB. ça n'a rien à voir.

On ne peut effectivement faire du compostage qu'avec un tri à la source.
Si on ne veut/peut pas le faire, il reste la solution de la méthanisation qui permet d'avoir des flux entrant "sales".

dolgan | 22 avril 2010 à 11h01
 
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compost

bravo pour ce trés bon article

ariane | 22 avril 2010 à 18h58
 
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Acheter des composteurs? Non.

Pourquoi des composteurs qui ne sont la plupart du temps pas adaptés (trop petits, pas assez aérés, retournement et malaxage impossibles...)? Un tas au fond du jardin, bien propre, retournable aisément convient bien mieux aux chanceux propriétaires de jardins.
Pour les autres, quoi d'autre que le compostage réalisé par la collectivité et donc une éducation appropriée.

RA | 23 avril 2010 à 12h05
 
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Du bon compost oui!

Les sols ont besoin de matières organiques ...mais saines!
La Vendée a pratiqué le tri compostage depuis 1973 jusqu'à 2009!Des sols pollués pour des centaines d'années (66000T/an)Sur 2 kg de soit disant compost 900 g de matières diverses ,brosses à dents , morceaux de CD, piles, rasoirs...à raison de 40T/ hect!!!!!
Le nouveau plan prévoit 5 usines de TMb inutiles, coûteuses, qui donneront du compost pollué, mais...l'aspect visuel sera meilleurs ce qui est encore plus incidieux!
La méthanisation sur ordures brutes n'est pas plus envisageable puisque le digestat sert à faire du compost!
Il faut impérativement séparer les fermentescibles à la source!...et mettre en place la redevance incitative pour récompenser les bons trieurs!

dada | 24 avril 2010 à 08h17
 
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Re:Du compost?

Bonjour,

La méthanisation n'est qu'un prétraitement. Une fois méthanisé, il reste le digesta qui peut lui même être ensuite composté. Sauf s'il est pollué et dans ce cas c'est l'enfouissement.
Donc même dans la méthanisation il y a tout intérêt à ne pas mettre n'importe quoi.

Viniasco | 26 avril 2010 à 10h32
 
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COMPOSTAGE ET METHANISATION!

Article très intéressant,qui démontre une fois de plus que notre pays est toujours à la traine.

Un compost de qualité ne peut être issu que d'un tri à la source avec sac biodégradable et collecte sélective,avec une bonne organisation des tournées des bennes de ramassage,pour une gestion collective.

Il en va de même pour la méthanisation-compostage,
tant en qualité que quantité,tant pour le biogaz que le compost.(consulter le projet "biogasmax").

Par opposition une méthanisation sur ordures grises est une source importante de dysfonctionnements supplémentaires.

Il existe actuellement deux associations de collectivités territoriales dont l’objet entre autres est de promouvoir le traitement et la valorisation des déchets.
La « Fédération Nationale des Collectivités de Compostage » (fnccompostage.fr) préconise et défend le tri-traitement-mécano-biologique sur les ordures résiduelles avec ou sans bio-réacteur-stabilisateur
et le réseau Compostplus (reseau.compostplus.org) (cité par ACTU) qui pratique et préconise la collecte sélective et le traitement des biodéchets avec des techniques adaptées,avec sacs biodégradables à base d’amidon de maïs...

En choisissant la première solution les élus prennent la solution de facilité,avec un compost pollué,l'enfouissement des déchets bien entendu et en préconisant une politique de compostage individuel pour ce donner bonne conscience alors que cela ne représente qu'une petite partie du potentiel des déchets fermentescibles valorisables.

C'est le choix retenu entre autres pour le Pays basque!

Vanmeulebroucke | 26 avril 2010 à 11h04
 
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et les déchets polluants,quelque place réelle?

Composter à proximité de chez soi suivant les dispositions,au jardin ou apport volontaire en zone destinée à être collectée.
A l'echelle nationale,peu de gens a réellement besoin de compost.
MAis ce monde a t-il l'utilité de ses suremballages inutiles sous lesquels il se confond?C'est la principale cause des dégradations environnementales et des surcouts collectifs:les plastiques remplissent nos ordures ménagères,fatalement il devient du refus...
Contraindre les usagers à s'efforcer de trier les déchets valorisables et ne pas critiquer le contenu du sac fourre-tout de la cuisine,c'est occulter l'impact citoyen dans ses choix de consommation.

kikaji | 04 mai 2010 à 22h33
 
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Il reste une source de polluants redoutable : les métaux lourds des boues de STEP intégrées aux composts. Elles accélèrent le processus de fermentation et permettent ainsi traiter davantage de matière (même s'ils n'arrivent pas à tout écouler, l'essentiel pour les composteurs est d'admettre toujours plus de matières sur la plateforme puisque c'est cette phase de leur activité qui est rémunératrice).
Ces métaux lourds, même limités par une loi plus contraignante, ne mettraient peut-être plus en danger nos sols mais ils continueraient à présenter un grave danger pour nos organismes : ils s'accumulent dans nos corps et le seuil à partir duquel chacun va déclencher une pathologie est variable pour chaque individu. Le diagnostic d'intoxication est difficile à établir et lorsqu'il l'est, il est déjà trop tard, le mal est fait. Il faut savoir que ces métaux lourds passent allègrement des boues de STEP au compost, du compost au maraichage (y compris maraichage bio) et des légumes dans les assiettes des cantines scolaires, des restaurants d'entreprises, des pots pour bébés, des maternités, des hôpitaux, etc.
Il faut absolument traiter ces polluants à la source et il semblerait que des solutions existent.
En attendant qu'elles soient mises en oeuvre, il semble urgent de créer un label de compost "bio" pour laisser une chance à une filière saine de produire autre chose que des poisons à retardement.

Aigle bavard | 09 mai 2014 à 06h53
 
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Ou en est le projet de norme européenne????? depuis 2008 la France sous l'influence des lobbies traîne des pieds ...et pendant ce temps on continue de dépenser des sommes folles pour des tehniques obsolètes !
Que faire pour que l'Europe intervienne sur ce sujet plus vite?

dada | 12 mai 2014 à 08h40
 
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