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Paysages : la trame verte et bleue gagnerait à intégrer une approche multifonctionnelle

La France, à la différence de ses voisins, a axé sa politique de corridors écologiques sur la seule protection de la biodiversité. Le CGEDD préconise d'élargir la trame verte et bleue à une approche territoriale multifonctionnelle.

Aménagement  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com

Pour améliorer les politiques publiques en terme de paysage, le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD), qui publie un rapport d'analyse des démarches paysagères en Europe, préconise d'élaborer une stratégie interministérielle du paysage permettant de "décloisonner les approches dans une vision d'ensemble".

Pour cela, cette instance chargée de conseiller le ministère de la Transition écologique, formule sept autres recommandations, dont l'une porte sur la trame verte et bleue (TVB). Elle préconise d'élargir cette politique de continuités écologiques, née du Grenelle, à "une approche territoriale multifonctionnelle structurant le paysage rural et urbain". Elargir car la TVB française, issue des lois Grenelle, a eu pour seul objectif d'enrayer la perte de biodiversité, déplore le CGEDD, alors qu'il était possible de faire des continuités écologiques un enjeu pour l'aménagement du territoire.

Aborder le paysage dans sa globalité

C'est d'ailleurs ce que préconise la Commission européenne à travers sa stratégie pour une infrastructure verte définie en 2013 et qu'ont mis en place certains de nos voisins comme l'Angleterre ou l'Allemagne. "Cette approche novatrice de l'aménagement de l'espace aborde le paysage dans sa globalité, non en vue d'un usage particulier", expliquent les auteurs de la mission. Ce qui permet de "mettre en oeuvre des actions relevant de plusieurs politiques sectorielles (agriculture, tourisme, transports, prévention des risques naturels, amélioration du cadre de vie, loisirs...) en partant des données et des démarches paysagères".

Ainsi, en Angleterre, l'outil Green Infrastructure (GI), trame verte à partir d'une approche paysagère, est mentionné dans tous les documents stratégiques nationaux depuis 2008, rapporte le CGEDD. "Ce «cadrage national», qui s'impose aux autorités locales en matière de planification et d'aménagement, prévoit que la planification doit promouvoir, sur les espaces ouverts, des aménagements à usages mixtes et favoriser les retombées multiples (environnementales, sociales et économiques)", précisent les auteurs du rapport. Ces derniers donnent des exemples concrets obtenus par la mise en oeuvre de cet outil : réalisation à Sheffield de bassins d'expansion des crues ayant en même temps une vocation de parcs publics, aménagement des berges des canaux affectés par la désindustrialisation à Birmingham, utilisation des anciennes voies ferrées comme fil directeur à la remise à niveau du territoire urbain à Stoke-on-Trent.

D'autres pays sont proches de la conception retenue outre-Manche. Ainsi, la fédération allemande des professionnels du paysage considère l'infrastructure verte comme "une opportunité en faveur de la planification", rapporte le CGEDD. De même, l'Office fédéral de l'environnement suisse développe un concept de "prestations paysagères" qui s'apparente à l'approche pluri-fonctionnelle anglaise.

Pas de compétences équivalentes au sein de l'AFB

En termes de gouvernance, le rapport relève que l'Angleterre s'est dotée de l'agence Natural England pour suivre la mise en oeuvre de l'infrastructure verte. Pour cela, elle comprend "une équipe dynamique et motivée de Landscape Architects qui conçoivent et diffusent les outils méthodologiques appropriés" pour assurer la multifonctionnalité de la trame. "La nouvelle Agence française pour la biodiversité (AFB) ne possède pas de compétences équivalentes", relève le CGEDD de façon laconique.

En France, "la TVB s'affirme comme une politique sectorielle et verticale", déplore le rapport. Il en résulte "une conception restreinte et fonctionnelle du foncier et une adhésion des acteurs locaux incertaine, au-delà de la prise en compte – souvent a minima – des « corridors » et « réservoirs » de biodiversité dans les documents d'urbanisme".

Certaines initiatives françaises trouvent toutefois grâce aux yeux du CGEDD. Le rapport cite ainsi la "charte internationale de Fontevraud" qui élargit les actions de protection des paysages viticoles aux activités touristiques et à la connaissance patrimoniale et écologique des territoires. Autre exemple cité ? Le "triangle vert de l'Essonne", un projet "agri-urbain" visant à "assurer le maintien de l'activité agricole, valoriser et mettre à profit la proximité urbaine et favoriser ainsi le développement d'activités économique et sociale nouvelles".

Pour le CGEDD, il apparaît nécessaire de multiplier de telles approches afin non seulement de préserver la biodiversité, mais aussi de limiter l'espace artificialisé, de prendre en compte les effets du changement climatique et des aspirations des citoyens à une amélioration de leur cadre de vie. Des recommandations sur lesquelles il est intéressant de se pencher au moment où le ministère de la Transition écologique procède à la révision du document cadre guidant l'élaboration de la trame verte et bleue.

Réactions1 réaction à cet article

 

Bonjour,

La lecture de votre article me fait sourire, car en fait dans la réalité, beaucoup de bureaux d'études (dont je suis) travaillent déjà depuis un moment sur cette approche multifonctionnelle de la TVB.

Mais effectivement, les approches règlementaires sont encore cloisonnées par thématiques (biodiversité, risques, agriculture, forêt...), alors qu'elles gagneraient à être transversales, en se servant mutuellement, d'autant plus qu'elles concernent dans la plupart des cas les mêmes portions de territoire.

C'est cette approche que nous nous efforçons de développer au quotidien auprès de nos maîtrises d'ouvrage, malheureusement les esprits ne sont pas toujours ouverts à cette démarche pourtant logique et on rencontre fréquemment des freins sectoriels et juridiques.

Merci quand-même pour votre article qui permet de porter un éclairage supplémentaire sur le sujet.

Bien cordialement,
Nicolas Diet, bureau d'études id-ées

Nicolas Diet | 15 février 2018 à 09h35
 
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