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Aviation : réduction en trompe l'œil des émissions polluantes des aéroports

La règlementation impose aux principaux aéroports de réaliser des programmes de réductions des émissions polluantes. Ces derniers ne devraient pas sensiblement réduire les émissions globales d'ici 2025, constate l'Ademe.

Transport  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Les aéroports français proposent de réduire de plus de 20% l'intensité de leurs émissions polluantes entre 2010 et 2025. Mais leurs émissions de CO2 et de polluants atmosphériques resteront stables en valeur absolue. En effet, la progression du trafic aérien annihilera les efforts réalisés en matière de baisse de l'intensité des émissions. Pour réduire les émissions globales, il faudrait envisager de maîtriser le développement du trafic.

Telles sont les principales conclusions du rapport de l'Ademe qui dresse le bilan national du programme d'action de réduction des émissions polluantes des 11 principaux aéroports français. Rédigé en application de l'article 45 de la loi de transition énergétique, ce document évalue comment les exploitants des principaux aérodromes envisagent de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et de polluants atmosphériques. Le périmètre de leur programme d'action couvre "[les] activités directes et au sol de la plateforme aéroportuaire, en matière de roulage des avions et de circulation de véhicules sur la plateforme notamment".

Les conclusions de ce rapport, présenté le 30 mai, dans le cadre des Assises nationales du transport aérien, "ont fait grincer des dents les représentants du lobby aérien", rapporte l'association de défense contre les nuisances aériennes (Advocnar) qui soutient "totalement" les remarques de l'Ademe.

Progression de 50% du trafic aérien

L'Agence constate que les programmes de réduction d'émissions des exploitants des aéroports respectent les objectifs inscrits dans la loi. Ils envisagent de réduire de plus de 10% entre 2010 et 2020 les intensités des émissions de GES et de polluants atmosphériques. La baisse annoncée est supérieure à 20% d'ici 2025. Concrètement, les réductions d'intensité s'inscrivent entre 30% pour les émissions de GES et 50%, pour les émissions de COV, à l'horizon 2025. Ces améliorations d'intensité d'émissions sont le fruit de trois facteurs : l'augmentation de l'emport des avions, l'amélioration de l'efficacité énergétique des avions au roulage et l'amélioration de la performance du chauffage des bâtiments et le recours à la production de chaleur à partir de sources renouvelables.

Pour autant, la pollution globale ne baissera pas : "on note qu'en volume, les émissions de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques de l'ensemble constitué par les dix aérodromes restent, en 2025, à un niveau proche de celui de 2010, à l'exception des émissions de COV qui sont en baisse", constate l'Ademe. Plus précisément, les émissions globales devraient légèrement baisser entre 2010 et 2020, avant de repartir à la hausse. D'ici 2025, les émissions de particules et de NOx devraient progresser de quelques pourcents et celles de GES devraient baisser de 5%. Seules les émissions de COV sont attendues en baisse de 25% sur la période.

La cause de cette stabilité des émissions, malgré la réduction de leur intensité, est la hausse sensible du trafic sur la période. Entre 2010 et 2025, le trafic (mesuré en terme de passager et de fret) devrait progresser de plus de 50% et le nombre de mouvements d'avions de plus de 10%. Or, constate l'Ademe, les avions restent la principale source de pollution de l'air ou d'émissions de GES des plateformes aéroportuaires. Ils "représentent environ les trois quarts des émissions de GES, de NOx et de particules, et environ 95% des émissions de COV de l'ensemble des sources d'émission considérées", explique l'Agence.

Ouvrir le débat sur la maîtrise du trafic aérien

Or le trafic aérien n'est pas réellement abordé par les programmes. Les principales actions de réduction des émissions sont l'acquisition de véhicules et engins de piste électriques, la modernisation de la flotte des véhicules et engins de piste, l'alimentation électrique des avions en stationnement, la réduction du temps de roulage des avions, la réduction du temps d'utilisation des moteurs auxiliaires des avions (APU) et le renouvellement des chaudières des bâtiments. Pour l'instant, la nouvelle règlementation n'a pas réellement engendré de nouvelles politiques de réduction des émissions polluantes. "Des actions étant déjà menées depuis plusieurs années et notamment entre 2010 (prise comme référence ici) et 2015, il ne nous semble pas que le décret (publié en 2016) a eu pour effet à ce stade, de déclencher de nouvelles actions, ni d'accélérer le déploiement ou le périmètre d'actions préalablement initiées, d'autant plus que les objectifs fixés par le décret pouvaient être facilement respectés, en prenant en compte les trois principaux facteurs exposés ci-dessus", note l'Agence.

Pour aller plus loin, l'Ademe suggère de prendre des mesures liées au trafic aérien lui même. "Le principal enjeu environnemental des aérodromes n'est pas lié à leurs bâtiments ou leurs actions au sol, mais au trafic aérien (et dans une moindre mesure, au trafic automobile) qu'ils génèrent", rappelle l'Agence. Elle suggère de promouvoir un objectif de réduction des émissions en valeur absolue du transport aérien mondial et national. "Pour parvenir à cet objectif, [il faut] utiliser le levier de la maîtrise du développement du trafic et mener au préalable un débat ouvert sur ce thème", estime l'Agence.

Réactions1 réaction à cet article

 

Mais si on réduit le trafic, comment nos "Madones des aéroports" des sommets climatiques pourront-elles (ou ils) continuer à sauver la planète et répandre la bonne parole ?
Comment les "top conférenciers-(ères)" pourront-ils continuer à éduquer les masses dans les croisières arctiques ?
Comme Ségolène Royal pourra-t-elle continuer sa mission de sauvetage de l'antarctique (à nos frais) ?

Albatros | 05 juin 2018 à 13h55
 
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