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Fukushima : l'Agence japonaise de sûreté nucléaire réévalue la catastrophe à la hausse

La Nisa juge probable la fonte des cœurs des réacteurs et le percement des cuves. De plus elle réévalue à la hausse les émissions d'éléments radioactifs. Sur le site de Fukushima, de l'eau radioactive pourrait fuir vers l'océan à partir du 20 juin.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
   
Fukushima : l'Agence japonaise de sûreté nucléaire réévalue la catastrophe à la hausse
Soldats japonais recueillant des données dans l'air à bords d'un hélicoptère survolant la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.
© Ministère de la Défense japonais
   

Jeudi 7 juin, l'Agence japonaise de sûreté nucléaire et industrielle (Nisa) a publié un rapport destiné au groupe d'experts de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) chargé de tirer les leçons de la catastrophe. Le document de plus de 700 pages apporte deux informations importantes : il réévalue le bilan des émissions d'éléments radioactifs et détaille les dommages subis par les réacteurs lors des premières heures de la catastrophe.

Doublement des émissions radioactives

Le document évalue la quantité de particules radioactives émises dans l'atmosphère pendant la première semaine à 770.000 térabecquerels. Une nouvelle évaluation à comparer à l'estimation comprise entre 370.000 et 630.000 térabecquerels (TBq) avancés par l'Agence début avril, lorsqu'elle relevait l'évaluation de la catastrophe de Fukushima au niveau 7 de l'échelle internationale des événements majeurs (Ines).

Le détail de la nouvelle estimation est particulièrement instructif puisque la réévaluation provient quasi intégralement d'une révision à la hausse des rejets en césium 137. Lors du premier calcul, les rejets de césium 137 durant la première semaine étaient évalués à 6,1x1015 Bq contre 1,2x1016 Bq aujourd'hui. Une réévaluation qui n'augure rien de bon pour les zones contaminées, sachant que la demi-vie du césium est de 30 ans et que l'on considère que la situation revient à la normale après une période de l'ordre de dix demi-vies.

Il convient par ailleurs d'ajouter à cette nouvelle évaluation des émissions de la première semaine, 3x1015 Bq d'émissions de césium dans l'atmosphère depuis le 5 avril et 4,7x1015 Bq d'élément radioactifs émis dans l'océan suite à la fuite constatée début avril.

Les cœurs fondus auraient percé les cuves

S'agissant du cœur des réacteurs, le rapport valide l'annonce de Tepco du 15 mai : les cœurs des réacteurs 1 à 3 ont très probablement fondu et le corium aurait percé les cuves des réacteurs. Tout ou partie de ce magma se serait répandu au fond de l'enceinte de confinement sur une dalle de béton de huit mètres d'épaisseur.

Par ailleurs, l'Agence détaille un déroulement possible de la dégradation des cœurs après que les barres de combustible aient été totalement dénoyées et propose pour les deux premiers réacteurs une chronologie plus rapide que celle envisagée par Tepco.

Le cœur du réacteur 1 aurait commencé à se détériorer trois heures après le séisme et la cuve aurait été percée deux heures plus tard. La dégradation du cœur du réacteur 2 aurait débuté 77 heures après le séisme entraînant trois heures après, le percement de la cuve. Enfin, la cuve du troisième réacteur aurait été percée 79 heures après le séisme, soit 39 heures après le début de la fonte du cœur.

La transparence des autorités en cause

Il aura finalement fallu trois mois pour confirmer les craintes de certains observateurs, et notamment des ONG, qui dès le début envisageaient une détérioration importante des cœurs des réacteurs, voire leur fonte totale.

À l'occasion du séminaire ministériel sur la sûreté nucléaire organisé le 7 juin au siège de l'OCDE, Hideichi Okada, le vice-ministre pour les Affaires internationales, a été interrogé expressément sur la lenteur de la diffusion de l'information relative à l'état des réacteurs "endommagés." Le gouvernement a été "aussi transparent que possible", a-t-il répondu, précisant que "l'information est rendue publique dès que le gouvernement l'obtient." Le vice-ministre a par ailleurs précisé que les données disponibles sont liées aux progrès enregistrés par l'opérateur de la centrale, laissant entendre que le bilan pourrait encore évoluer. "Il nous faudra des années avant d'ouvrir les réacteurs et de savoir ce qu'il s'est passé", a-t-il conclu sur le sujet.

Pour les opposants à l'atome, l'affaire est entendue : les autorités japonaises et Tepco ont délibérément attendu que la catastrophe quitte le devant de la scène médiatique pour annoncer les pires nouvelles. Ainsi, "le 6 avril, le ministère de l'Intérieur nippon a rendu publique l'injonction faite [aux] opérateurs télécom de supprimer de leur réseaux des informations qualifiées de 'fausses rumeurs [...] contraires à la loi, à l'ordre et à la morale publique'", indiquait le Réseau sortir du nucléaire le 11 mai 2011 évoquant "une censure à la chinoise" visant à minimiser les conséquences sanitaires et environnementales.

Sur le terrain la situation reste précaire

Le 2 juin, Tepco a annoncé avoir installé un circuit de refroidissement pour la piscine de combustible usé du réacteur 2. L'opérateur espère que la température de l'eau de la piscine baisse à environ 40°C début juillet, alors qu'elle est actuellement comprise entre 70 et 80°C.

D'autre part, les employés de Tepco et de ses sous-traitants tentent sans relâche d'évacuer environ 110.000 m3 d'eau hautement radioactive accumulés dans les bâtiments de la centrale. Tepco espère plus que jamais retraiter l'eau contaminée d'ici la mi-juin afin de l'injecter dans les réacteurs pour assurer le refroidissement. Vendredi 3 juin Tepco a prévenu : si le système de traitement de l'eau n'est pas disponible au plus tard le 20 juin, l'eau présente autour d'une des trois unités coulera vers l'océan. Le lendemain, un deuxième réacteur laisserait lui aussi échapper de l'eau contaminée vers le Pacifique.

Une déclaration qui a ravivé les critiques sur le manque d'anticipation de Tepco puisqu'actuellement, les capacités de stockage sur le site ont atteint leurs limites. En conséquence, l'opérateur achemine environ 40.000 m3 de capacités supplémentaires. La mesure est jugée d'autant plus urgente qu'approche la saison des pluies au Japon qui pourrait augmenter les quantités d'eau à évacuer.

Réactions5 réactions à cet article

 

Je vois encore une fois que l'hypocrisie l'emporte sur la réalité des faits. Tout va bien disent-t-ils. Mais que fait le bon sens ? Alors que Tepco patauge dans une situation qui la dépasse, que les autorités augmentent les taux de radioactivité tolérables pour nous rassurer, que l'invisible menace se répand insidieusement autour de nous, qu'Areva nous compte que la technologie française vaut mieux que les autres et que cela ne peut pas nous arriver, le bon sens nous à quitté. Peut-on encore avaler que notre survie énergétique dépend du tout nucléaire alors que la vie elle-même est déjà menacée par celui-ci ? Tout va bien disent-t-ils, ne vous inquiétez pas, nous maîtrisons...

Louis | 09 juin 2011 à 11h14
 
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on s'achemine vers le pire des scénarios, je n'imagine même pas le désastre si la nature en remettait une couche, déjà on commence a craindre la pluie...si le corium perce le béton dans un des réacteur, il y a risque d'explosion, le site ne sera plus gérable et tous les réacteurs feront de même ainsi que les piscines hop dans la belle nature.je n'ose imaginer les conséquences pour les japonais et leurs voisins proches.Même si c'était le cas admettons qu'il faille évacuer tous les japonais, je suis sûr qu'en france on aurait encore un gouvernement pro nucléaire...la réalité dépasse la fiction, j'ai l'impression d'assister a un épisode des shadoks.

technocrate137 | 09 juin 2011 à 12h23
 
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PROFITONS bien de nos derniers jours, car la vie, grâce à la sureté du nucléaire, va devenir impossible d'ici quelques années sur toute la planète, entre les sols, les océans et l'atmosphère, tout va devenir RADIOACTIF ! Et tout ça pour avoir voulu faire bouillir de l'eau pour faire fonctionner des turbines.
Déjà qu'un lapin au Japon est né après la catastrophe se trouve sans oreille, la mutation est enclenchée, elle ne s'arrêtera pas. L'homme a détruit en même pas un siècle tout ce que la nature a mis des siècles à façonner... Et personne ne sera jugé pour crime contre l'humanité, il n'y aura plus personne pour rendre justice ... l'homme ne mérite que de disparaître, ça arrive à la vitesse d'un TGV ...

Rémifasol57 | 09 juin 2011 à 13h18
 
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Une seule solution : adopter definitivement l'attitude des actionnaires des multinationales qui s'en partagent les bénéfices. Interrogés à maintes reprise sur l'impact economique et environnemental de la course aux profits et turbo salaire des patrons chargés de la garantir ils n'ont qu'une réponse : on s'en fout ! on profite de notre pognon, le reste on s'en fout comme de l'an 40, après nous le déluge, on s'en balance alors fouitez nous la paix la porchaine fois il y aura des CRS devant l'assemblée des actionnaires pour vous emoecher de nous faire chier !
ce qui est désormais le cas. Vive les cheveux blancs !

choucroutman | 09 juin 2011 à 16h09
 
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bonsoir,
c'est marrant, habituellement, lorsque les pouvoirs politiques constatent une défiance de la part de la population, leurs responsables s'empressent de lui démontrer que sa peur est infondée (ex. crise H1N1 ? --> et hop, vaccination du ministre de la santé devant les camera; crise de la vache folle? crise du concombre? et hop un festin de concombre et de corned-beef devant les mêmes cameras.. etc.)

mais là, avec le nucléaire.. pas un omni-président-vrp, ni même un petit ministre ou une lauvargeon pour se proposer de donner un coup de mains à nettoyer les zones contaminées. Aucun d'eux ne se propose de déménager à côté d'une centrale, ou d' une usine de retraitement ou en limite des zones interdites de Fukushima ou de Tchernobyle. Quant aux déchets nucléaires, aucun d'eux ne se propose des les stocker dans son jardin..

soupir... si çà ne tenait qu'à moi, tous ces pro nucléaires je leur en ferais bouffer

tony | 09 juin 2011 à 21h11
 
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