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La recharge artificielle de nappe est acceptable sous conditions

Pour recharger artificiellement une nappe d'eau en maîtrisant les risques sanitaires et environnementaux, plusieurs critères doivent être respectés selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire. Dans un avis, elle formule des recommandations.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
La recharge artificielle de nappe est acceptable sous conditions
Environnement & Technique N°360 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°360
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Y a-t-il une qualité minimale d'eau pour accepter une recharge artificielle de nappes d'eau souterraine ? Comment atteindre cette qualité minimale en fonction de la ressource en eau utilisée pour la recharge et en fonction de la nature de la ressource réalimentée ? C'est notamment à ces questions que l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a tenté de répondre au cours de son expertise sur l'évaluation des risques liés à cette pratique. Cette dernière s'est autosaisie le 27 novembre 2012  afin d'établir des recommandations pour les maîtriser.

Le plan national d'adaptation au changement climatique prévoyait en effet que l'Anses soit interrogée sur ce sujet notamment sur les questions de la préservation de la qualité de la ressource en eau utilisable pour la production d'eau destinée à la consommation humaine. Cette ressource en France provient des eaux souterraines pour plus de 95 % des captages. Ces derniers produisent 67% de l'eau distribuée. Pour les secteurs industriel et agricole, la proportion d'eau prélevée en eaux souterraines est de l'ordre de 40%.  Les eaux souterraines proviennent quant à elles essentiellement de l'infiltration des eaux superficielles. La vitesse d'infiltration varie d'un mètre par an par exemple dans la craie de Champagne (bassin Seine-Normandie) à quelques mètres par heure dans des aquifères karstiques.

Si la France dispose d'une capacité de stockage en eau élevée, elle devrait toutefois faire face à des situations de déficits ponctuels ou locaux à l'avenir. Des études prospectives montrent en effet que les tensions sur la ressource en eau risquent de s'exacerber. "On observe, au cours des récentes décennies, une extension des surfaces imperméabilisées et une réduction des surfaces de recharge naturelle de nappes, constate l'Anses. À ces évolutions s'ajoutent les évolutions climatiques qui se traduisent dans certaines régions par des itérations de déficit hydrique et, en conséquence, par une multiplication des décisions de l'autorité publique de restriction de prélèvements d'eau".

33 dispositifs de recharge artificielle en France

L'Anses a identifié en France trente-trois dispositifs de recharge artificielle. La majorité est alimentée en eaux superficielles provenant de cours d'eaux. "L'absence de cadre législatif pour l'utilisation des eaux usées traitées pour la recharge artificielle de nappes explique l'absence de recours à ces eaux", note l'Anses. Dans son analyse, le groupe de travail a toutefois considéré comme utilisable les deux types d'eaux brutes pour la recharge des nappes : à la fois les eaux de surface et en particulier les cours d'eaux, et les eaux usées traitées.

 
L'encadrement de la recharge de nappe Pour être autorisées, les opérations de recharge artificielle des eaux souterraines doivent obtenir l'aval du préfet et présenter une étude d'impact (dont le cahier des charges de l'étude d'impact reste à l'appréciation du préfet).
Autre condition : la ressource utilisée peut être de l'eau surface ou souterraine mais son utilisation ne doit pas compromettre la réalisation des objectifs environnementaux pour la masse d'eau souterraine rechargée ou augmentée.
 

Se basant sur des expériences européennes et mondiales, l'Anses s'est penché sur la qualité des eaux utilisées pour la recharge et les différents contaminants potentiels liés à cette pratique : micro-organisme, éléments traces métalliques, contaminants chimiques organiques, etc. "Les concentrations en micro-organismes dans les eaux de recharge considérées sont souvent inférieures à celles observées dans des eaux brutes de même origine en France - eaux usées traitées ou eaux de surface -, constate-t-elle. Pour les éléments traces métalliques et pour certains contaminants chimiques organiques, les concentrations dans les eaux de recharge de certains sites sont du même ordre de grandeur que celles décrites dans les eaux usées traitées par boues activées en France. Enfin, lorsque des traitements avancés sont appliqués sur les eaux brutes avant la recharge, avec une étape d'osmose inverse, ces eaux présentent une très faible contamination microbiologique et chimique".

En revanche, les données manquent concernant les contaminants présents dans les eaux prélevées après recharge artificielle de nappes et les dangers potentiels pour la santé.

La nécessité d'une qualité de l'eau de recharge au moins équivalente

L'Anses a donc formulé plusieurs recommandations pour cette pratique. Tout d'abord, elle souligne que la qualité de l'eau de recharge doit donc être meilleure ou équivalente à la qualité de l'eau de la nappe notamment pour ne pas compromettre l'atteinte des objectifs environnementaux. De la même manière, la recharge artificielle de nappe ne doit pas perturber les équilibres hydrogéochimiques des aquifères rechargés afin de limiter les libérations potentielles des contaminants préalablement stockés dans le milieu souterrain.

Ainsi la recharge artificielle de nappe ne doit pas nécessiter, après prélèvement, de traitement supplémentaire pour un même usage par rapport à une ressource non rechargée. Autre impératif pour l'Anses : l'installation d'un dispositif de recharge dans le périmètre de protection immédiate d'un captage d'eau n'est pas envisageable. Les installations de réalimentation pourront être implantées dans les périmètres de protection rapprochée ou éloignée.

"Les projets de recharge artificielle de nappes doivent reposer sur un besoin spécifique lié à la ressource en eau ciblée (qualitatif et/ou quantitatif) , et non pallier des pertes du réseau d'adduction, ni être uniquement un moyen d'élimination d'eaux usées traitées", se positionne également l'Anses. Elle estime que des études complémentaires restent nécessaires pour caractériser la contamination microbiologique des eaux souterraines en France (et proposer des indicateurs de cette contamination), acquérir des connaissances sur les éléments traces métalliques (comprendre le comportement géochimique des installations de recharge artificielle de nappe) mais également élaborer des traceurs pour suivre le transit des eaux lors de la recharge artificielle de nappes et l'impact de la recharge sur la qualité des eaux souterraines rechargées.

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