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Réparation : les pistes pour allonger la durée de vie des produits

Après avoir enquêté auprès des acteurs de la réparation (électroménager, smartphones, textiles, vélos…), l'Ademe identifie les leviers pour mieux structurer ces filières et les aider à se développer face au marché du neuf.

Déchets  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°362 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°362
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Le sujet n'est pas nouveau. Depuis des années, la réparation des équipements ménagers est perçue comme un moyen de lutter contre l'obsolescence programmée des produits et, par là, la surconsommation de matières premières et la surproduction de déchets. Pourtant, alors que les études et les rapports se succèdent, ces activités peinent à trouver une réelle place face au marché du neuf. "En France, comme en Europe, si certains secteurs de la réparation tels que l'automobile sont bien organisés, il n'en va pas de même pour tous les autres secteurs de la réparation : appareils électriques et électroniques, électroménager et textile notamment", note l'Ademe dans une étude publiée début août.

Cette dernière a donc rencontré les professionnels de la réparation dans le domaine du gros et petit électroménager, des équipements bruns (TV), des équipements gris (téléphones portables et ordinateurs), des vélos et des chaussures, pour identifier les freins et leviers à ces activités. La difficulté, souligne-t-elle, est la diversité des acteurs impliqués et le manque d'organisation. En effet, peuvent intervenir les services après-vente (SAV) des fabricants, des distributeurs, les grands groupes impliqués dans la gestion du SAV, les grosses entreprises de réparation, les réparateurs indépendants et les sites internet de réparation. La création d'organisations représentatives pourrait permettre de mieux structurer les filières, suggère l'Ademe. Des campagnes de communication auprès du grand public pourraient améliorer leur image.

Electroménager, TV, chaussures : des activités peu rentables

Quatre domaines de réparation rencontrent de grandes difficultés: le gros et le petit électroménager, les téléviseurs et la cordonnerie. "Les réparateurs de ces quatredomaines souffrent en effet d'une première caractéristique commune : le recul de leur activité de réparation, la disparition d'un grand nombre de petits réparateurs indépendants et un problème général de rentabilité de leur activité". Selon ces professionnels, il est nécessaire de réduire le coût des réparations pour pouvoir concurrencer le neuf, par une baisse de la TVA et du prix des pièces détachées par exemple. Pour améliorer leur rentabilité, ces acteurs aimeraient aussi une baisse de leurs charges et la revalorisation des forfaits sous garantie.

Car pour l'heure, ces domaines souffrent d'une faible attractivité auprès des jeunes : les réparateurs sont souvent "plus proches de la retraite que de la fin des études", souligne l'Ademe. "Les étudiants, de plus en plus formés aux métiers de la réparation multi-équipements, moins spécialisés que par le passé, manquent de motivation pour se diriger vers des professions qu'ils considèrent « salissantes », « vieillottes » et peu rémunératrices". Principales victimes : les cordonneries qui ferment progressivement, faute de repreneurs, au profit des secteurs de l'informatique et de la téléphonie, "considérés comme innovants".

Ordinateurs et smartphones : un marché à structurer

Les activités de réparation des ordinateurs et smartphones "souffrent davantage d'un manque de structuration, d'organisation et de contrôle, notamment en matière d'origine et de qualité des pièces détachées". Ces marchés, encore peu matures mais qui montent en puissance, attirent de nombreux acteurs : "D'un côté, les réparateurs d'ordinateurs se plaignent de la concurrence des auto-entrepreneurs, intervenant à domicile sur leur temps libre et non assujettis aux mêmes charges qu'eux, de l'autre, les réparateurs de smartphones reprochent l'arrivée massive sur le marché d'opportunistes non qualifiés, capables de casser les prix en utilisant des pièces détachées d'origine indéterminée".

Les réparateurs pointent également le manque d'implication des fabricants, tant dans la conception des produits que dans leurs SAV. "Les difficultés de démontage et réparation de certains produits en raison de la miniaturisation et du soudage/collage croissant des pièces font craindre aux réparateurs indépendants un verrouillage de l'activité de réparation par les fabricants, notamment des réparations sous garantie déjà restreintes à un cercle très fermé de réparateurs agréés", souligne l'Ademe.

Vélos : un marché d'avenir

En revanche, "le domaine de la réparation des vélosconstitue un cas particulier, dans lequel la durée de vie moyenne des vélos peut allègrement dépasser vingt ans et où l'activité d'entretien et de réparation va de soi. (…) Pour tous, leur activité a toujours existé et continue d'être aujourd'hui d'autant plus importante que la vente de vélos neufs ne cesse de progresser", estime l'Ademe. Leur activité repose sur la réparation (remplacement des pièces usées ou cassées) mais aussi sur l'entretien (révisions annuelles…). Contrairement aux autres secteurs de la réparation, ces acteurs rencontrent peu de difficultés, si ce n'estle coût des loyers dans certaines zones urbaines et le caractère saisonnier de l'activité, lorsqu'elle n'est pas complétée par la vente de neuf, de pièces détachées et/ou d'accessoires.

Durées de garantie et pièces d'occasion

Dans une précédente étude, publiée en 2014, l'Ademe identifiait plusieurs mesures pour organiser ces marchés et les rendre plus compétitifs. La première portait sur l'utilisation de pièces détachées de réemploi ou d'occasion avec une garantie ou un label qualité. Mais les réparateurs n'y sont pas favorables : "Même avec des contrôles et une garantie, la plupart ne se disent pas prêts à utiliser de telles pièces et estiment qu'en cas de problème, cela engagera leur responsabilité". Seuls les réparateurs d'ordinateurs, de télévisions et de smartphones seraient plutôt intéressés par cette possibilité "qui, outre la baisse du coût de réparation, apporterait une réponse aux grandes difficultés rencontrées pour se procurer certaines pièces sur des appareils assez anciens". Un travail de pédagogie devra être entrepris auprès des professionnels, admet l'Ademe.

Quant à l'allongement de la durée de garantie, les réparateurs jugent cette mesure "inutile, voire contreproductive et ce, quel que soit le domaine de réparation, d'autant plus qu'à l'heure actuelle, les deux ans de garantie s'imposent aux vendeurs et non aux fabricants (la plupart des garanties constructeurs étant plutôt de 12 mois)". En revanche, ils souhaiteraient qu'une durée légale de disponibilité des pièces détachées soit fixée à cinq ans, voire dix ans. Pour l'heure, la seule obligation qui incombe aux fabricants est d'afficher la durée de disponibilité des pièces détachées. Cependant, les réparateurs pointent du doigt le "peu d'empressement de la plupart des marques à fournir cette information". Certains réparateurs souhaiteraient également que soit étudiée "la possibilité d'encadrer juridiquement l'utilisation de l'impression 3Dpour éviter que « n'importe qui puisse copier des pièces sans un minimum de contrôles »".

Enfin, ils demandent une modulation de l'éco-contribution (par exemple, bonus pour les produits réparables pour lesquels des pièces détachées sont disponibles au moins 5 ans, malus pénalisant l'absence de pièces détachées ou la présence d'éléments non démontables ou non réparables…).

Réactions1 réaction à cet article

 

Pourquoi ne pas, tout simplement, légiférer sur la durée de la garantie légale ? 10 ans pour les appareils électriques et électroniques me semble bien. Au bout de 10 ans, la véritable obsolescence (mon ordinateur date de 2006 et je m'en rends compte) est là ou pas loin. Les fabricants devraient bien alors proposer des matériels durables et/ou réparables. Peut-on imaginer qu'un grand fabricant mondial se retire du marché français. Et si toute l'Europe s'y mettait ? En 1789, les pionniers qui ont décidé l'abolition des privilèges ne se sont pas demandé si les souverains d'Europe étaient d'accord, ils l'ont fait parce que c'était nécessaire. Commerçants et fabricants ne seront pas d'accord, mais c'est nécessaire. Quel serait le surcoût d'une fabrication de qualité si elle était produite en masse ? Actuellement, ce ne sont que des marchés de niche.

Héra | 18 août 2016 à 10h27
 
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