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La réunion de Bali clôturée, il ne reste plus que deux ans pour se mettre d'accord

Malgré des accords importants concernant la mise en œuvre de Kyoto, la conférence de Bali aura échoué sur le thème essentiel des objectifs chiffrés. Reste désormais deux ans, période durant laquelle le président américain changera, pour s'accorder.

Gouvernance  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
Réunis pour deux semaines à Bali, les représentants des 189 pays signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) devaient définir un calendrier pour les deux prochaines années et poser les jalons d'un accord prolongeant le protocole de Kyoto qui arrive à échéance en 2012. Si le premier objectif semble avoir été atteint, on reste toujours loin d'aboutir concernant le second.
En effet, tous les pays se sont mis d'accord sur un calendrier : la feuille de route découlant de la réunion stipule que les négociations sur les suites à donner au protocole de Kyoto doivent commencer « au plus tard en avril 2008 » et aboutir en 2009. La date butoir pour l'élaboration d'un nouveau traité pour la seconde période d'engagement du protocole de Kyoto est définie par la conférence de la CCNUCC de Copenhague prévue pour fin 2009. Les pays auront ensuite plus de deux ans pour ratifier ce nouveau traité qui devra être opérationnel le 1er janvier 2013.

Cependant, au regard des profonds désaccords qui se sont clairement exprimés au cours de la réunion de Bali, les négociations de ces deux prochaines années risques d'être difficiles. Si tous les pays reconnaissent l'existence du changement climatique et la nécessité et l'urgence de lutter contre, ils ne sont pas tous d'accord sur les moyens à employer et encore moins sur les efforts à fournir. Les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) évoqués par le GIEC à savoir entre -10 et -30% par rapport à 1990 pour les pays industrialisés d'ici 2020 et -50% d'ici 2050 pour tous les pays, n'ont pas été repris dans la feuille de route malgré toute la bonne volonté de l'Union Européenne. Wagon de tête pour la lutte contre le changement climatique, l'UE a été confrontée à la désormais classique position américaine qui refuse tout objectif contraignant de réduction.
Si les pays émergents menés par la Chine et l'Inde au sein du G77* ont également exprimé leur opposition à ces objectifs, ils ne sont pas hostiles au principe de réduction des émissions et se sont d'ailleurs exprimés favorablement à la fixation d'objectifs chiffrés, ce qui constitue une avancée non négligeable pour ces négociations. Selon la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, la Chine a été très constructive lors des négociations sur le climat à Bali : les Chinois sont vraiment conscients du fait qu'ils seront un des pays victimes du changement climatique et ils ont été très, très allants dans les négociations, prêts à accepter l'idée d'engagement pour les pays en développement, a-t-elle expliqué. Mais les pays du G77 restent opposés à l'objectif -50% d'ici 2050 car ils doutent de l'équité de la répartition de ces objectifs entre tous les pays. S'ils sont prêts à réduire leurs émissions, ils ne veulent pas le faire aux dépens de leur économie sur laquelle ils misent pour réduire la pauvreté sur leur territoire. Toute la question est donc de trouver des objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre compatibles avec le développement économique et social de ces pays.

Ainsi, même si aucun accord n'a été trouvé concernant les objectifs de réduction des émissions, les points de blocage sont clairement identifiés. Selon Pierre Radanne, président de l'association 4D, il n'y a pas eu de casse mais des clarifications politiques. Le protocole de Kyoto n'a en effet pas été remis en cause puisqu'une feuille de route a été fixée. D'ailleurs, de nombreuses décisions ont été prises afin d'améliorer sa mise en œuvre. Concernant le Fonds d'adaptation au changement climatique, prévu pour aider les pays en développement à faire face aux impacts négatifs, il a été décidé de confier sa gestion pour trois ans à un conseil d'administration de 16 membres créé au sein du Fonds pour l'environnement mondial (FEM) basé à Washington. Les présidents et vice-président du Bureau de ce fonds devront être issus à la fois d'un pays industrialisé représentant les financeurs et d'un pays émergent représentant les bénéficiaires.
Un accord a également été trouvé sur l'intégration de la notion d' « émissions évitées » dans le protocole de Kyoto en lien avec la lutte contre la déforestation. Les questions de rémunération du maintien, voire de l'accroissement des stocks de carbone que représentent les forets, demandées par de nombreux pays en développement, seront ainsi traitées d'ici 2009. À ce sujet, la Banque mondiale a annoncé le lancement d'un nouveau mécanisme financier baptisé le Forest Carbon Partnership Facility (FCPF) destiné à combattre la déforestation, responsable de 20% des émissions mondiales des gaz à effet de serre. Neuf pays développés ont promis de contribuer au FCPF pour un montant total de 155 millions de dollars.
Enfin, les négociations concernant le développement et le transfert de technologie ont permis de parvenir à un accord présentant trois avancées importante : la constitution d'un groupe d'experts international sur les technologies, la mise en place d'indicateurs de performance relatifs à la mise en œuvre effective des transferts et un accord financier sur la base d'un programme stratégique interne au FEM .

Toutes ces avancées ont reçu l'approbation des associations de protection de l'environnement comme Greenpeace qui reconnaît ces avancées importantes ou le WWF qui salue les progrès réalisés. La déception est toutefois palpable : Pour le WWF, la Feuille de route de Bali manque d'ambition et est dépourvue de substance. Bali a échoué sur l'essentiel : trouver un accord commun comprenant des objectifs chiffrés, renchérit le Réseau Action Climat-France.

Les réactions des politiques ont été plus optimistes. La Feuille de route est une étape fondamentale vers un accord qui puisse répondre à la menace du changement climatique, le défi fondamental de notre époque, a affirmé le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon. Yvo de Boer, secrétaire de la Convention-Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) s'est quant à lui félicité du fait que nous avions désormais une feuille de route, un ordre du jour et une date-limite mais reconnaît que le temps disponible pour conclure un nouvel accord est extrêmement court.
De son côté, le Parlement européen a félicité la présidence portugaise de l'UE et la Commission pour avoir assuré la meilleure issue politiquement viable à Bali.
En France, le président de la république Nicolas Sarkozy a qualifié d'encourageantes les avancées enregistrées à Bali. Selon son porte-parole David Martinon, le président français est totalement mobilisé pour que cette feuille de route permette l'adoption d'un accord ambitieux de réduction des émissions et de stabilisation du réchauffement climatique.

Reste désormais deux ans pour arriver à un accord et les flottements maintenus dans la feuille de route laissent présager que le plus dur reste à venir. Quatre sessions de négociations sont déjà planifiées, la première est prévue en mars ou avril 2008. La prochaine réunion de la convention-cadre qui doit se tenir en décembre 2008 à Poznan en Pologne sera une étape intermédiaire essentielle. Mais de nombreux acteurs estiment d'ores et déjà que tout se jouera à partir de janvier 2009 lorsque le nouveau président américain entrera en fonction.


*G77 : Le Groupe des 77 aux Nations unies est une coalition de pays en développements, conçu pour promouvoir les intérêts économiques collectifs de ses membres et créer une capacité de négociation accrue aux Nations unies. Créée par 77 pays, l'organisation a grandi et compte actuellement 130 pays membres.

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