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OGM : des études de long terme sur les risques sanitaires sont nécessaires

Le HCB et l'Anses remettent en question la robustesse scientifique de l'étude du professeur Séralini sur le maïs NK603, mais ils soulignent le manque de connaissance sur les effets à long terme des OGM et des produits phytopharmaceutiques.

Risques  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

Le coup d'éclat médiatique de l'équipe du professeur Séralini permettra-t-il finalement de renforcer l'évaluation du risque sanitaire des OGM et des produits phytopharmaceutiques ?  Si le Haut conseil des biotechnologies (HCB) et l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) remettent en cause la robustesse scientifique de l'étude de Séralini, dans leurs avis publiés ce 22 octobre après leur saisine par le gouvernement, ils préconisent tous deux la réalisation d'études à long terme, comme le demandait le professeur Séralini.

"L'étude de Séralini a le mérite d'être ambitieuse et originale, en traitant la question des effets à long terme des OGM et des résidus de produits phytopharmaceutiques, observe Dominique Gombert, directeur de l'évaluation des risques de l'Anses. Mais elle comporte des faiblesses d'ordre statistique et explicatif qui ne permettent pas de remettre en cause les évaluations précédentes. Elle pointe néanmoins la nécessité de s'attaquer à la question du risque chronique".

 
Qui doit financer les études de long terme ? L'Anses demande la mobilisation de fonds public pour financer des recherches sur les risques sanitaires. Pour Christine Noiville, présidente du Comité économique, éthique et social du HCB, "la question devra être posée : qui doit assumer le coût d'une étude de long terme sur le maïs NK603 ? Les pouvoirs publics ? Les industriels ?". Le professeur Séralini a indiqué que son étude avait coûté 3 millions d'euros. Un renforcement du protocole (populations de rats…) devrait certainement alourdir la facture…
 
L'Anses et le HCB recommandent donc d'approfondir les connaissances sur les effets à long terme des OGM, et des OGM associés aux préparations phytopharmaceutiques. Plus largement, l'Anses appelle à la mobilisation de fonds public français ou européens afin de consolider les connaissances sur les risques sanitaires insuffisamment documentés.

Dans le paysage scientifique, "on recense d'un côté des études réglementaires financées par les industriels et de l'autre des travaux de recherche publique, aux moyens plus limités, cherchant à investiguer des effets sanitaires potentiels peu documentés à ce jour. Cette situation n'est pas spécifique aux OGM mais ce domaine est l'un de ceux où elle est fortement marquée et où l'attente sociétale en matière de recherche indépendante est particulièrement aiguë", souligne l'Anses dans son avis.

Une étude originale, aux résultats contestables

Jusqu'ici, seules deux autres études de long terme avaient été menées à travers le monde sur du soja GM. L'une, réalisée par Sakamoto, portait sur l'impact d'une forte consommation du soja GM pour les Japonais. Elle a conclu à l'absence d'effet détectable de la consommation d'un soja OGM. L'autre, menée par Malatesta sur l'influence des OGM sur le vieillissement cellulaire, ne pointait pas d'effet significatif sur la santé mais concluait à des effets potentiels sur le vieillissement hépatique.

L'étude menée par l'équipe du professeur Séralini, publiée le 19 septembre dernier, dénonçait la toxicité des aliments issus du maïs NK603 et traités avec le Round Up. Cette étude portait sur les risques chroniques, à partir de travaux de deux ans sur des rats (dits de "vie entière").

L'Anses estime que "les conclusions avancées par ses auteurs sont insuffisamment soutenues par les données de cette publication. Celles-ci ne permettent pas d'établir scientifiquement un lien de cause à effet entre la consommation du maïs OGM et/ou de pesticide et les pathologies constatées, ni d'étayer les conclusions et les mécanismes d'action avancés par les auteurs".

Le Conseil scientifique (CS) du HCB formule les mêmes reproches : les interprétations des résultats par les auteurs sont jugées spéculatives. Le CS souligne également des imprécisions et des lacunes dans la description du dispositif expérimental, la présentation partielle des résultats et l'utilisation de nomenclatures non conventionnelles sans justification.

De fait, l'Anses comme le HCB concluent que cette étude n'apporte aucune information qui prouve l'existence d'un risque sanitaire lié à la consommation de maïs NK603, traité ou non traité par une formulation de Round Up, et ne remet donc pas en cause les conclusions des évaluations précédentes sur cet OGM.

La nécessité de consolider les connaissances et la réglementation

Cependant, cette étude a eu le mérite de poser la question des connaissances sur les effets à long terme des OGM et des produits phyto, disent en filigrane dans leurs avis respectifs le HCB et l'Anses.

Actuellement, la réglementation européenne sur les OGM ne prévoit, dans le cadre des autorisations de mises sur le marché et concernant les études de toxicité, qu'une étude de toxicité aigüe de 14 jours (ou 28 jours dans le cas de protéines nouvelles) et une étude de toxicité sub-chronique de 90 jours.

Insuffisant ? Le CS du HCB estime que "les études de toxicologie réalisées dans le cadre de l'évaluation des effets sanitaires des PGM pour leur mise sur le marché présentent des limites". De plus, selon l'Anses, "pour 55% des dossiers instruits sur les PGM, l'Agence a estimé que les données fournies par l'industriel n'étaient pas suffisantes pour permettre de conclure sur la sécurité sanitaire liée à la consommation de l'OGM et ces dossiers ont fait l'objet de demandes complémentaires transmises à l'Efsa". Les lignes directrices de l'évaluation des OGM sont en cours de révision. Elles devraient renforcer la méthodologie pour les études de toxicité sub-chroniques.

Concernant l'évaluation des produits phytopharmaceutiques, "la réglementation n'exige aucune étude de toxicité à long terme sur la préparation formulée (substance active + co-formulants)", souligne l'Anses. Ainsi, sur le Round Up ou d'autres préparations à base de glyphosate, il n'existerait aucune étude à long terme. Pas plus que sur le co-formulant présent dans la préparation Round Up GT Plus.

En outre, les études de toxicité sur les PGM tolérantes à un herbicide portent souvent sur les plantes non traitées, note le HCB. Cependant, en 2011, l'Efsa a publié de nouvelles lignes directrices visant à inclure l'évaluation des PGM traitées à un herbicide dans les études de toxicité. Ces lignes directrices sont en cours de validation pour être intégrées à la réglementation.

Dans un premier temps, l'Anses préconise d'accroître les recherches sur les effets à long terme de la consommation des OGM ou de l'exposition à des formulations phytopharmaceutiques, et de leur association. Elle se dit prête à travailler avec d'autres partenaires européens à la définition de protocoles pour ces études. Elle préconise également de travailler sur les effets de "l'exposition chronique aux xénobiotiques (substances actives, coformulants), à leurs mélanges et à leurs synergies éventuelles, notamment en matière d'effets avec les OGM".

Réactions11 réactions à cet article

 

1/ le Prof. Seralini n'a jamais affirmé que son étude était parfaite, mais qu'elle devait soulevé des questionnement.
2/ Nos 2 agences admettent du bout des lèvres que les critères d'évaluation des OGM (sur la base d'études fournies par les industriels) étaient surement insuffisant.
3/ mais évidemment elles ne se déjugent pas. Pour cela, elles trouvent des arguments que Serelini avait déja soulevé: nombres de rats (plus que les industriels), souche de rats (la même que Monsanto), étude cancérologique insufisante ( cette étude était seulement toxicologique), ..
4/ pendant ce temps l'Europe vient d'autoriser un nouvel OGM, faute d'accord des politiques ce sont les technocrates qui ont décidés.
5/ nous continuerons d'être cobayes.

BON APPETIT

Duport Claude | 23 octobre 2012 à 08h58
 
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Il n’ont qu’à la refaire cette étude selon les critères de l’EFSA et chapeautée par un comité de pilotage indépendant (à qui peut t’on vraiment avoir confiance de nos jours quand autant d'argent est en jeu ?). En attendant il semble opportun d’appliquer ce bon vieux principe de précaution = ZERO OGM

Il est déjà impossible aujourd'hui d’identifier la présence d’OGM dans les poissons, viandes, oeufs car les fabricants ne sont pas tenus d’indiquer sur l’emballage les aliments donnés aux animaux…
Non seulement, c’est une tromperie du consommateur mais il est envisageable que ceci conduise à une catastrophe sanitaire. Refaites vos études tant que vous le souhaitez mais laissez le choix aux consommateurs en toute transparence !

solvin | 23 octobre 2012 à 10h04
 
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Cette FRANCE qui voudrait donner des leçons...Un pays de fous qui n'a même de tenue et corrections dans ses propos et ses comportements...Le pays du tout faire et tout dire au libertinage le plus aigu qui voudrait donner des leçons au Monde entier par orgueil stupide et mal placé... Monsieur SERALINI qui a au moins eu le courage de soulever le couvercle des mafias et a lrgement était ridiculisé par ses collégues chercheurs ...Je croyais que dans le monde des scientifiques, il y avait retenue et respect...Tous ces gens qui se prennent pour apolon et sont à la botte des systémes financiers capables de se faire la guerre au prix du mensonge et du vol...Peut être que son protocole peut comporter quelques "failles", mais faut-il étaler au grand jour cet Homme que l'on a fait passer pour un idiot ???
Y-a-t-il en effet le feu dans la maison pour ne pas disposer de temps, de reflexion et de calme pour assurer à 100% la fiabilité des OGM... De plus, on connait l'adaptabilité des êtres vivants...quant la pyrale et les adventices auront fait de la résistance aux OGM , que faudra-t-il mettre à la place... Essayons déjà de mettre de la jugeote et du bon sens dans nos techniques de production du maïs...CETTE ANNÉE DES CHAMPS DE MAÏS NE SERONT PAS BROYÉS (LE BROYAGE SOUS CUEILLEURS N 'EST PAS SUFFISANT) APRES RÉCOLTE COMME IL FAUDRAIT LE FAIRE DANS UN SCHÉMA DE LUTTE PRÉVENTIVE...

BERTRAND | 23 octobre 2012 à 11h02
 
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Le travail conséquent et particulièrement courageux du Pr Gilles-Eric Séralini ne pouvait triompher du système européen d’autorisation de mise sur le marché des plantes génétiquement modifiées.

La raison en est évidente. Le procès des ‘OGM’ n’est ni celui la biotechnologie, ni celui de l’américain Monsanto.

Ce qui est mis en cause par les uns et soutenu par les autres sont les pratiques de l’industrie et leur contrôle.

En même temps que la remise en question de ses méthodes d’évaluation l’Europe doit affronter, le cas échéant, le problème que posent les abus commis par ses propres grandes entreprises au nom de la performance économique et du progrès. Critiquer l’ « américain », comme s’il était seul responsable d’une tragédie mondiale, tient d’une autocensure affligeante.

Au delà de la moralité et de la légalité, le jour où les protagonistes européens de tous bords porteront sans complexe le débat public sur un sujet concret tel la pomme de terre AMFLORA de BASF, avec autant de verve et de passion qu’ils ne le font pour le ROUNDUP READY de Monsanto, l’affrontement dès lors plus de sincère et crédible aura également plus de chance d’aboutir à une remise en question profitable.

S. DELAUTRE-DROUILLON

SDD | 23 octobre 2012 à 12h36
 
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Le lanceur d'alerte, M. Séralini n'est plus seul ! L'Inde revoie également sa copie sur les OGM ! La vérité éclatera prochainement ! Comme pour l'amiante, les lobbys gagnent du temps !!!

Eau Pure | 23 octobre 2012 à 19h18
 
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Bravo Mesdames et messieurs les experts de l'ANSES, vous n'avez pas peur du ridicule. De votre docte autorité, vous avez tranché et jugé : élève Séralini, travail "insuffisant", revoyez votre copie !
Ce qui m'étonne, c'est que les "expertises" de Monsanto, réalisées sur une durée de 3 mois et des échantillons de même calibre, n'ont pas été jugées "insuffisantes", à l'époque, pour autoriser l'utilisation du NK603.
En fait d'insuffisance, l'ANSES est experte : insuffisance de vigilance, insuffisance de curiosité scientifique, insuffisance d'action, incompétence sur toute la ligne.
Aujourd'hui, l'ANSES demande "la mobilisation de fonds public pour financer des recherches sur les risques sanitaires". Il serait temps de se réveiller, chers experts auto-suffisants !
A quoi servez-vous réellement, ô experts censés protéger la santé publique ? Quel est le retour sur investissement de nos impôts qui ont nourri pendant des années votre complaisance à l'égard des lobbies et votre négligence sur les effets à terme des OGM ?

moudiblouz | 23 octobre 2012 à 22h03
 
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il y a une hypocrisie PHENOMENALE à donner une autorisation de mise sur le marché sur la base d'études insuffisante faite par le privé pour pointer l'insuffisance d'études plus longue mais également insuffisante. La puissance publique crée des agences chargé de nous protéger afin de ne pas se mettre à dos les électeurs et les lobbyes. Les agences qui n'ont pas été pour rien dans les autorisations de mise sur le marché se paient le luxe aux frais de l'état de demander que des études publiques soient faites pour améliorer les études visant à démontrer que tel OGM est innofensif. c'est le contraire du principe de précaution quand il s'agit de santé humaine. Science sans conscience n'est que ruine de l'âme (et de l'état). Alors un grand merci à ceux qui se lèvent contre cette monstruosité aux risques de leur vie professionnelle ou de leur liberté. Merci professeur Séralini, merci José Bové, merci à tous les plus ou moins connus et inconnus qui militent et font savoir.

bob | 24 octobre 2012 à 01h01
 
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Ni responsables, ni coupables ?
Les agences responsables de la sécurité sanitaire qui critiquent une démarche tentant de …. préserver la santé. Même après tous les scandales du sang contaminé, de l’amiante, ESB (et les autres, en cours et à venir) on en est encore là en France ?
Cette attitude décrédibilise totalement ces "institutions" qui passent pour des porte-paroles des multinationales. Le problème est que ce sont les seuls organismes à avoir le droit de donner leur avis. N’y a-t-il pas conflit d’intérêt ? Et on s’étonne de voir des scientifiques condamnés à des peines de prison ?
La validation de la culture des OGM est une prise de responsabilité en soi. Avec ce que cela incombe comme répercutions sur la santé de millions de personnes et d’animaux, sans compter l’environnement.
Les tergiversations sur les méthodes d’étude du professeur Séralini, qui valent largement celle des commerçants d’OGM, démontrent soit de l’hypocrisie, soit un refus d’exercer les responsabilités dont on est en charge.
Certes, il y a une démission totale du politique, mais tout de même, faire autant d’études pour se retrouver simple VRP de multinationales, quelle misère.
Encore merci au professeur Séralini pour son honnêteté intellectuelle et humanitaire.

Velka | 24 octobre 2012 à 10h45
 
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Bravo ,M.Seralini! Vous, ce n'est pas Science sans Conscience, comme vos détracteurs pseudo-scientifiques, qui défendent les intérêts des lobby O.G.M. Organisme génétiquement modifié est le contraire d'organisme naturel ,un don gratuit de la Nature!

arthur | 25 octobre 2012 à 16h14
 
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Enfin, connaissez-vous la situation des agriculteurs indiens, burkinabés ou même américains qui souffrent aujourd'hui de s'être laissés convaincre par Monsanto et autres ?

Les OGM posent des questions en terme d'ETHIQUE, de CHOIX de SOCIETE, d'ECONOMIE, de PHILOSOPHIE et ne se résument pas qu'à une question de BIOLOGIE.

Tulipe | 25 octobre 2012 à 17h50
 
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Il existe au moins une étude long terme prouvant l'innocuité du NK603; elle a été publiée après une étude lourde de 3 millions d'euros sur deux ans par un certain Séralini.
Cette étude montre que la cohorte de rats mâles qui a la plus longue longévité est celle nourrie avec 33% de NK 603, la cohorte de rats femelles ayant le plus longue longévité n'ayant bénéficié que de 11% de NK603. Ceux et celles qui n'ont eu que du maïs basique n'ont pas eu cette chance.

VD69 | 31 octobre 2012 à 15h46
 
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