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“Le stockage est la clé de voûte de la filière CSC”

Du 9 au 11 avril, des scientifiques spécialistes du captage et stockage de CO2 se sont réunis à Venise. Retour avec Isabelle Czernichowski-Lauriol, Présidente de CO2GeoNet, sur les points clefs abordés lors de cette manifestation

Interview  |  Gouvernance  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
   
“Le stockage est la clé de voûte de la filière CSC”
Isabelle Czernichowski-Lauriol
Présidente de CO2GeoNet et chef d’unité valorisation des aquifères profonds au BRGM
   

Actu-environnement : Durant le forum CO2GeoNet, différents intervenants ont appelé à encourager les pilotes de stockage de CO2. Que pourraient-ils apporter?

Isabelle Czernichowski-Lauriol : Nous souhaitons pousser les pilotes de stockage comme plateformes de recherche spécifique au stockage, celui-ci étant la clé de voûte de la filière CSC. Ils seront complémentaires des démonstrateurs grande échelle intégrés captage-transport-stockage de CO2, conçus pour préparer le déploiement commercial de la technologie. Ces derniers sont actuellement à la peine car aucun n'a été financé dans le 1er appel à projets NER300.

Les pilotes de stockage, véritables laboratoires de terrain dans des conditions géologiques variées, permettront de faire des avancées significatives dans les outils et méthodologies génériques et d'étudier plus précisément les formations géologiques ciblées. Car chaque site de stockage est particulier et dépendant de la géologie locale. Plus nous aurons de retour d'expérience de sites concrets, mieux nous seront armés pour préparer des stockages grandeur nature sur de nombreux autres sites.

AE: Quelle est la situation de ces pilotes en Europe ?

ICL: Trois pilotes de stockage existent déjà : Ketzin en Allemagne près de Berlin - dans un aquifère profond, K12B aux PaysBas offshore en mer du Nord - dans un champ de gaz déplété, et Rousse en France, également dans un champ de gaz déplété, associé au pilote de captage de Lacq.

Ce sont les seuls en Europe pour l'instant. Le pilote d'Hontomin en Espagne est en cours de construction : ils sont en train de forer le puit d'injection : l'injection de CO2 pourrait avoir lieu d'ici quelques mois. En Pologne, l'équipe vient d'obtenir le permis de recherche. De nouvelles propositions de pilotes dans d'autres pays sont en train d'émerger.

La directive européenne sur le stockage de CO2 ne s'applique pas pour ces pilotes puisqu'ils sont limités à de petites quantités de CO2 injectées (< 100.000 tonnes) sur un temps limité dans un esprit de recherche.

AE : Quels sont les freins et les leviers ?

ICL: Des lancements de pilotes sont possibles dans différents pays européens ensuite reste la question de financement.

Nous espérons que la commission européenne dans son programme "horizon 2020" mettra en place un instrument particulier qui permette de financer ces pilotes. Ils nécessiteront toutefois également la contribution des états membres et celles d'industriels européens.

AE : Durant le forum, la Commission européenne a indiqué que les critères du 2nd appel à projet NER300 resteraient identiques au précédent ? Cette position ne semblait pas faire l'unanimité dans l'assemblée.

ICL : La Commission a expliqué que les mêmes critères ont été gardés pour aller plus vite, pour que les projets puissent être déposés dans les temps, car il n'y a que trois mois pour répondre. Autrement, il aurait fallu revoir le cadre juridique et légal de cet appel. C'est sûr que dans ces conditions, seuls les projets recalés au 1er appel à projets auront le temps de répondre, cela laisse peu de chances à l'émergence de nouveaux projets…

AE : Disposez-vous d'éléments nouveau concernant la découverte de l'année dernière de fracture en mer du Nord ?

ICL : Les scientifiques ont initié une 2ème campagne de mesures l'été dernier. : ils sont toujours en train d'analyser les données. Mais ils ont déjà écarté tout lien avec l'injection de CO2 à Sleipner car il s'agit d'une fracture naturelle ancienne et peu profonde.

AE : Des retours d'expériences lors du forum ont montré que l'acceptabilité sociale tenait une place importante dans la réussite des projets. Quels sont les leviers identifiés ?

ICL : Il faut faire participer en amont les acteurs locaux dans l'élaboration des projets et les décisions et initier un dialogue sur les solutions à mettre en œuvre pour réduire leurs émissions de dioxyde de carbone. Les pilotes de stockage auront un rôle clé pour l'information et le dialogue autour de la technologie CSC et de sa contribution à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Lorsque les industries émettrices d'un territoire ont une solution pour leurs émissions, cela peut attirer d'autres industries. Le grand port autonome de Marseille réfléchi à cette solution, parmi d'autres : il y voit une source de développement possible pour sa région. Un projet Vasco s'intéresse à développer un schéma intégré de captage, transport, stockage et valorisation de CO2 dans la région de Fos‐Gardanne‐Berre‐Beaucaire.

Il faudra continuer la R&D pour pouvoir combiner le CSC avec d'autres techniques par exemple avec la biomasse énergie pour arriver à des émissions négatives de CO2 : le CO2 dans l'atmosphère absorbé par les plantes par photosynthèse pourrait alors être stocké dans le sous-sol.

Plus nous tardons à mettre en œuvre les solutions pour réduire les émissions, plus nous allons devoir envisager des scénarios drastiques pour limiter les effets du changement climatique.

AE : quels sont les prévisions pour le réseau de transport du CO2 vers les sites de stockage?

ICL : Les sources d'émissions de dioxyde de carbone actuelles nous les connaissons : ce sont les grandes industries mais nous ne connaissons pas de manière assez précise les endroits ou nous pouvons les stocker. Des scénarios sont réalisés au niveau européen pour le réseau de transport : ils se basent sur des projets européens antérieurs sur la partie stockage, ayant fait un inventaire des bassins sédimentaires et des formations géologiques propices au stockage mais cela reste encore assez théorique.

Il faut que nous avancions sur notre connaissance géographique des sites de stockage. Pour l'instant, elle est trop grossière pour que nous puissions nous lancer dans la construction d'une infrastructure de transport.

Par exemple, nous avons identifié une formation géologique profonde dans le bassin parisien qui se prête bien à des stockages mais nous ne connaissons pas quels sont les endroits les plus propices et dans quelles quantités on pourra stocker : un pilote de stockage nous permettrait de caractériser cette formation, de faire des tests d'injection pour mesurer combien de CO2 on peut injecter en un temps donné, et de mieux estimer son potentiel de stockage.

Réactions2 réactions à cet article

 

Bonjour,
2 pistes de réflexion:
1) ''...combiner le CSC avec d'autres techniques par exemple avec la biomasse énergie pour arriver à des émissions négatives de CO2 : le CO2 dans l'atmosphère absorbé par les plantes par photosynthèse pourrait alors être stocké dans le sous-sol.'' --> Solution = BioChar, obtenu par Pyrolyse de la biomasse résultant de la pousse, avec S2QUESTRATION du CO2 correspondant! Voir BioChar ou SwissBiochar sur Google!
2) ''...avons identifié une formation géologique profonde dans le bassin parisien qui se prête bien à des stockages... faire des tests d'injection pour mesurer combien de CO2 on peut injecter en un temps donné, et de mieux estimer son potentiel de stockage.'' Injecter du CO2 dans des réservoirs de pétrole du Bassin Parisien, BOOSTANT de la sorte la PRESSION du réservoir, permettrait aussi de continuer à extraire par pompage (nodding donkeys) sur l'Est IdF où de telles pompes sont installées et opérationelles. D'une pierre 2 coups!
Bonne continuation dans ces explorations CSC, BioChar et autres...
A+ Salutations Guydegif(91)

Guydegif(91) | 28 mai 2013 à 08h42
 
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Arrêtons de prendre les gens pour des prunes ! On va peut-être identifier quelques sites pouvant stocker quelques millions de tonnes de CO2, confinement à long terme non garanti. Et on est confronté à une production qui se chiffre en milliards de tonnes PAR AN. La seule solution au problème du CO2, c'est d'arrêter de le produire. Le reste n'est que poudre aux yeux.

dmg | 31 mai 2013 à 00h08
 
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