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Granulats de pneus et terrains de sport : des risques sanitaires peu préoccupants (pour l'instant)

Le risque sanitaire lié à l'usage de granulats de pneus usagés pour la fabrication de terrains synthétiques est négligeable, selon l'Anses. Mais des incertitudes existent et il convient de poursuivre les études.

Risques  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

La majorité des études relatives aux terrains de sport synthétiques en granulats de pneus "concluent à un risque négligeable pour la santé", selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). Toutefois, ces études sont peu nombreuses et "des sources d'incertitudes et des limites méthodologiques" persistent. L'Anses recommande donc de poursuivre les travaux et de restreindre la teneur en hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans les granulats. Les risques environnementaux sont plus mal connus encore. L'Anses recommande d'établir une méthode d'évaluation de ces risques applicable à chaque nouvelle installation.

 
Il existe des "risques potentiels" pour l'environnement et les organismes vivants, "principalement liés au relargage de métaux (dont le zinc) mais également de substances chimiques organiques telles que certains phtalates ou phénols ayant des propriétés de perturbation endocrinienne".  
Anses
 
Telles sont les principales conclusions d'une note scientifique de l'Anses publiée ce mardi 18 septembre. Ce document avait été commandé par le gouvernement en février dernier en réponse aux inquiétudes liées à l'utilisation des granulats de pneus pour les terrains de sports et aires de jeux. "Cette note préliminaire devrait être suivie d'un rapport si les ministères de tutelle de l'Anses et l'opinion publique le jugent utile", rapporte l'association Robin des Bois qui considère que "tous les sols sportifs ou ludiques contenant des broyats de pneus sont des sites pollués".

Composition des aires de jeu méconnue

Il existe environ 3.000 aires de jeu synthétiques de grande surface en France. Cent-quatre-vingts terrains de football synthétiques supplémentaires sont installés chaque année. Des granulats de pneus y sont employés pour réaliser les couches d'amortissement. Pour l'instant, les seuls requis sanitaires ou environnementaux sont des seuils de lixiviation pour six métaux lourds. Depuis le milieu des années 2000, ces terrains font débat, notamment aux Etats-Unis et en Europe du Nord. Des préoccupations concernent les risques sanitaires (risques de maladies et contamination chimique, blessures et contamination bactériologique, gêne due aux odeurs) et environnementaux (contamination des sols, perte de verdure). Le risque de développement de cancers chez les footballeurs est souvent mis en avant.

En effet, on sait que de nombreuses substances sont présentes dans les granulats de pneus : des HAP, des benzothiazoles, des phtalates, des métaux (tels que le plomb, le zinc, le cuivre, le cadmium, le nickel etc...), des phénols, le trio benzène-toluène-xylène (BTX), des polychlorobiphényles (PCB), des dioxines (PCDD et PCDF), ou encore des composés organiques volatils (COV). Pour autant, peu d'études se sont penchées sur la composition des aires de jeux fabriquées à partir de ces granulats.

Des lacunes dans les études sanitaires

Une cinquantaine d'études ont évalué les risques sanitaires. Elles portent surtout sur les granulats "libres", c'est-à-dire directement en contact avec les joueurs. Peu d'études ont évalué l'emploi des granulats et leur usure. L'Anses présente notamment une étude de l'Institut néerlandais pour la santé publique et l'environnement (RIVM) qui juge "négligeable" le risque de cancer. Une autre étude de l'Agence européenne des produits chimiques (Echa) va dans le même sens. Mais ces études portent essentiellement sur les HAP, souligne l'Anses. Sur le plan épidémiologique, deux études menées aux Etats-Unis "ne mettent pas en évidence d'excès de risque de cancers".

Pour l'instant, l'Anses n'a identifié que des risques cutanés (dermatites, irritations et sensibilisation par voie respiratoire). L'étude de l'Echa signale aussi que "les COV émis par les (…) terrains synthétiques en milieu clos peuvent provoquer des irritations oculaires et respiratoires, et également cutanées".

L'Anses recommande donc de mener des recherches complémentaires. Il est "prioritaire" d'acquérir davantage de données de composition, d'émission et d'exposition. Il faut s'assurer de la représentativité des données sur les granulats, compte tenu de "la très grande variabilité de la composition des pneus [recyclés]". Il faut aussi élargir l'analyse des polluants contenus et émis, "en particulier pour la fraction nanométrique des poussières" (nanocarbone et nanosilice, notamment). Il faut enfin approfondir les connaissances sur la pollution de l'air intérieur des salles équipées de sols intégrant des granulats de pneus.

Autre recommandation de l'Agence : soutenir la restriction de la teneur en HAP des granulats. Depuis 2010, la teneur en HAP des huiles utilisées pour la fabrication des pneus est limitée, alors que la composition chimique des granulats de pneus n'est pas encadrée. Des travaux sont en cours dans le cadre du règlement Reach pour pallier cette faille.

Evaluer les risques environnementaux

Il existe aussi des "risques potentiels" pour l'environnement et les organismes vivants, "principalement liés au relargage de métaux (dont le zinc) mais également de substances chimiques organiques telles que certains phtalates ou phénols ayant des propriétés de perturbation endocrinienne". Le risque est identifié, mais les données disponibles ne permettent pas de le caractériser, précise la note.

L'Agence souhaite que soit élaborée une méthode d'évaluation des risques environnementaux applicable localement "avant toute mise en place de ce type de revêtement".

Enfin, l'Anses attire aussi l'attention sur le fait que les risques évoqués dans sa note "[posent] la question de l'identification des externalités négatives (parmi lesquelles les risques pour l'Homme et l'environnement) à intégrer dans le développement de l'économie circulaire". Ces enjeux seront intégrés aux prochains travaux de l'Agence.

Réactions1 réaction à cet article

 

Je suis surpris de ne trouver aucune mention de la possibilité que ces fragments de pneus se retrouvent entraînés dans le milieu naturel (donc dans les mers et océans) à la faveur de pluies (terrain de foot).
Ce risque me semble pourtant évident...

Rémy | 20 septembre 2018 à 07h20
 
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