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Reproduction du thon rouge en captivité : les avis ''déthonent''

L'UE annonçait la semaine dernière des avancées scientifiques sur la reproduction du thon rouge en captivité. Selon François Chartier (Greenpeace) ce ''progrès'' de la recherche ne ferait que déplacer le problème pour en créer de nouveaux.

Biodiversité  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
   
Reproduction du thon rouge en captivité : les avis ''déthonent''
Oeufs de thon vus au microscope
© IEO
   
La Commission européenne a annoncé le 25 août dernier que des scientifiques européens (dont les recherches sont financées à hauteur de 2,98 millions d'euros par l'UE dans le cadre du programme Selfdott) ont réussi à obtenir des dépôts d'œufs viables de thon rouge atlantique en captivité, par des moyens naturels, sans aucune induction hormonale. Et de se réjouir : ''si l'élevage de cette espèce menacée pouvait être développé à une échelle commerciale, la pression exercée sur les stocks sauvages serait nettement réduite''.

Car le thon rouge est une espèce très vulnérable : il ne resterait aujourd'hui que 15 % des stocks historiques. Pourtant, la communauté internationale tarde à le protéger. La proposition monégasque de l'inscrire à l'annexe I (interdiction du commerce international) de la Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées d'extinction (CITES) a été rejetée en mars dernier.

Certains caressent donc l'idée de faire reproduire le thon rouge en captivité, afin de réduire la pression sur le thon rouge sauvage tout en continuant d'alimenter le marché. Une idée que partagent les Japonais, plus grands consommateurs de thon rouge, qui déclarent avoir déjà mis sur le marché les premiers thons nés et élevés en captivité. Pour François Chartier, responsable de la campagne Océans à Greenpeace, cela revient à ''se cacher derrière des utopies scientifiques''.
''Heureusement'' pour lui, ''on est encore loin du développement industriel''. Car élever des thons rouges ''causerait de nombreux dommages environnementaux, tant à court terme qu'à long terme, à l'échelle locale que globale''.

''L'élevage déplace la surpêche et crée de nouveaux problèmes'' selon Greenpeace

''Une idée répandue réside dans le fait que, face à la surpêche, on pourrait passer de la ''cueillette'' à l'élevage. Seulement cela ne fait que déplacer le problème de la surpêche'', analyse le représentant de Greenpeace. Selon lui, pour produire 1 kilo de thon rouge en captivité, il faut 10 kilos de poisson fourrage (maquereau…). ''On va donc aller prélever à grande échelle sur ces populations de poissons et déplacer le problème de la surpêche vers le bas de la chaîne alimentaire. A l'état sauvage, le thon rouge mange de manière opportuniste, selon ses migrations, de manière variée. L'élevage au contraire a de graves impacts sur l'écosystème marin''.
Comme toute forme d'aquaculture à grande échelle, l'élevage industriel de thon rouge poserait également des problèmes de pollutions à l'échelle locale. La présence en un seul endroit de populations importantes de poissons entraîne de nombreux rejets (des déjections notamment) et des contaminations. Une forte concentration de poissons peut également entraîner le développement de parasites. L'usage d'antibiotiques est donc très répandu dans l'aquaculture.

''Une réponse prometteuse'', selon la Commission européenne

Pour la Commission européenne, au contraire, ''l'aquaculture est l'une des réponses les plus prometteuses à l'appauvrissement des ressources alimentaires qui résulte entre autres de la croissance démographique, de la surpêche, de la pollution et des atteintes à l'environnement''.
Un avis que ne partage pas François Chartier : ''les marchés de thon rouge sont des marchés très haut de gamme. Or, le thon développé de manière industrielle n'atteindra pas les qualités du thon sauvage, qui est un grand migrateur et a une alimentation variée. Le thon élevé finirait donc sur des marchés en développement, moins exigeants sur la qualité du produit. En finalité, on ne règle pas le problème, on ajoute un nouveau produit sur le marché''.

Réactions4 réactions à cet article

 
points de détails

Trois points sont à relever. Le premier est la référence aux stocks historiques estimés (dans une fourchette large) alors que cette notion reste extrêmement vague. Il vaudrait mieux s’en tenir aux stocks mesurés et leurs dégradation est suffisante pour que l’on s’en inquiète. Le deuxième concerne la quantité et la qualité des nutriments à fournir aux animaux d’aquaculture. C’est sûrement plus que ce qu’en dise les aquaculteurs mais moins que ce que ne dit l'article. Les dernières données émises par des scientifiques tournent plutôt autour de 6 Kg avec une tendance à la diminution des composants issus de la pêche fourragère ou minotière. La troisième concerne le qualificatif de sauvage pour le thon à sushi issu des cages méditerranéennes. C’est tout sauf un produit brut, et la ventrèche (dit toro en japonais) y représente 40% du poids de la bête alors qu’à l’état naturel c’est 10% et c’est cela qui en fait la valeur. C’est d’ailleurs bien dans le goût nippon pour les recherche de ce type. On peut citer par exemple le bœuf de Kobé élevé à la bière et massé tous les jours et du côté de chez nous le gavage des oies est du même tonneau. On peut penser que si l’élevage est bien conduit, le produit n’en sera que plus estimé… La Commission a donc raison d'encourager cette voie et l'étude des aliments de subtitution adaptés provenant des déchets de production d'autres espèces et de protéines végétales.

Gabriel | 31 août 2010 à 21h59
 
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Encore une grossière plaisanterie médiatique

L’élevage de Thon Rouge (Thunnus thynnus thynnus) que l’UE subventionne encore une fois à coup de million d’Euros provenant de nos impôts, représente à mon sens une grossière plaisanterie médiatique. Ce dernier acte d’une brutale tragédie, me révolte.

Pour avoir gouté au fameux Kindai japonais, Thon Rouge (Thunnus thynnus Orientalis) d’élevage, me permettant ainsi de le comparer au thon sauvage ou engraissé, je puis vous assuré que cette affaire finira bien dans la poubelle des élucubrations pseudo scientifiques promues par une DG-Mare responsable du plus grand écocide de l’Histoire en Mer Méditerranée.

Le Kindai européen aura certes le même goût et la même texture de chaire que son cousin japonais, c'est-à-dire, permettez moi l’expression : de la merde… Sa production totale ne dépassera point les 1.000 tonnes par an, coutera une fortune au contribuable, engraissera certes les poches d’un petit nombre et si par malheur un lâchage accidentel de ces monstres venait à se produire, les conséquences sur un stock sauvage déjà en état de collapse seraient catastrophiques.

Car il s’agit bel et bien d’un crime d’agression contre la Nature, financé et promu par cette même clique bruxelloise, qui a eu lieu pendant la dernière décennie en Mer Méditerranée. J’en sais quelque chose à ce sujet ; jusqu’en 2003, j’ai pêché et engraissé des milliers de tonnes de Thon Rouge que je suis allé chercher jusqu’au Golfe de Sirte en Libye…

Ses mêmes irresponsables qui ont financé une flotte de pêche industrielle hors mesure, ses mêmes irresponsables qui ont sciemment encouragé la pêche sauvage de cette espèce aujourd’hui à bout de souffle, ses mêmes irresponsables qui ont démissionné de leur fonction de gestionnaires de cette pêcherie permettant ainsi la main mise sur une espèce par un cartel de traders japonais sans scrupules, veulent aujourd’hui nous faire croire qu’ils ont enfin trouvé la parade à une catastrophe dont ils sont eux-mêmes les seuls auteurs intellectuels.

Dans leur stupidité aveugle, ils vont même jusqu’à contester le bon sens et la Science, alors que sur les criées japonaises 75% des Thons Rouges de Méditerranée vendus ses dernières années pesaient moins de 120 kilos. Jusqu’en 2000, 75% de ses ventes correspondait à des spécimens pesant plus de 120 kilos.

Notre Mer Méditerranée se vide d’un de ses prédateurs au plus haut de la chaine trophique et nul ne saurait nous décrire à quoi ressemblera cet écosystème lorsque le dernier Roi du Sushi aura disparu.

Roberto Mielgo Bregazzi | 01 septembre 2010 à 14h00
 
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Aquaculture???

Je ne suis pas un spécialiste mais quand on voit ce que l'on "fabrique" avec la pollution en plus,comme le SAUMON d'élevage par exemple,il y a de quoi se poser des questions....

Vanmeulebroucke | 02 septembre 2010 à 11h05
 
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Aussi testé en tunisie

un projet pilote de thon 100% d'élevage a également vu le jour en tunisie, pays qui possède déjà la majorité des fermes d'engraissement de thon rouge sauvage , pour le sud de la méditerranée, capturés vivant.

anthony | 19 septembre 2010 à 17h29
 
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