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Quel accord à Copenhague pour faire face à l'ultimatum climatique ?

Les 20 et 21 octobre au Pavillon de l'eau à Paris, l'université du WWF-France a exploré les pistes qui feraient du sommet climatique de décembre un succès pour assurer la continuité de la lutte contre le réchauffement après le protocole de Kyoto.

Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com
   
Quel accord à Copenhague pour faire face à l'ultimatum climatique ?
© Staphy
   
Venue en grand témoin du changement climatique, la navigatrice Isabelle Autissier a décrit presque visuellement les éléments du changement global en cours. Dilatation des océans sous l'effet de la chaleur, acidification des eaux et corrosion du phytoplancton, disparition - déjà - de 30% des coraux, panne de la capture de carbone dans l'océan austral depuis 2001, modification de la répartition des espèces marines sont autant de sidérantes nouvelles. ''Il s'agit de phénomènes accumulatifs. Les systèmes fonctionnent par seuil, comme une bombe à retardement'', confirme la navigatrice, qui prône une cohabitation avec la nature ''dans son rythme, selon une stratégie harmonieuse''.

La boîte de Pandore est ouverte

Point positif : le monde a évolué depuis Kyoto (1997), une opinion publique mondiale s'est affirmée sur la question climatique, et aucun des blocs de négociation ne conteste plus la nécessité d'agir. Depuis son origine à la conférence de Berlin en 1995, où fut écrit le brouillon de Kyoto, la négociation a largement dépassé son objet. Elle porte désormais sur un changement de paradigme qui se cherche encore. L'ultimatum climatique induit une nécessaire évolution - sinon transformation - économique, technologique et géopolitique. Les dirigeants n'ignorent plus que la dette écologique est produite par un système économique fondé sur l'exploitation sans limites des ressources naturelles. Le sommet de Copenhague sera à la fois un point de départ et une conclusion. Il entérinera la fin juridique du protocole de Kyoto (qui arrive à expiration en 2012) et donnera lieu à un nouveau régime de protection du climat dont on ignore encore la forme, malgré les nombreux préliminaires qui l'auront précédé, de Bonn à Bangkok, de New York à Barcelone. Ce sera donc un moment périlleux, car les Etats les plus réticents auront là une occasion de rouvrir des brèches, de reculer à nouveau les échéances et de se débarrasser de la contrainte.

Ingrédients pour un Traité du futur

Pour le WWF, la priorité est donc d'assurer, dans la suite de Kyoto, la continuité d'un régime international légalement contraignant. L'ONG a préparé un ''Traité de Copenhague sur le climat'', utilisable clé en main par les négociateurs. Ce document a été rédigé par des individus du monde entier, reflétant les contextes et les débats nationaux, avec la conscience qu'une transformation est nécessaire. ''Si les 192 pays parviennent à une interprétation commune des changements climatiques, le monde pourra alors commencer à assurer une bonne gestion de la planète. En revanche, si aucun accord fort et efficace n'est trouvé à Copenhague, on assistera à une véritable fuite en avant : compétition entre les petites entités, guerres pour les ressources, bouleversements de toute sorte, flux de réfugiés et catastrophes naturelles'', annonce le préambule. Les ingrédients d'un bon traité, pour le WWF, reposent sur la contrainte légale, afin que tous les pays s'impliquent dans un objectif commun plutôt que chacun y aille de ses offres de politiques domestiques, comme tendent à le faire les Etats-Unis et le Japon. Ce nouveau Protocole de Copenhague ferait la jonction avec le régime précédent, grâce à un amendement au protocole de Kyoto. Outre l'ensemble des pays industrialisés, il assujettirait quelques nouveaux pays plus qu'émergents, comme Singapour, la Corée du Sud et l'Arabie Saoudite, à des objectifs contraignants. Cette évolution est juridiquement possible grâce à une série de décisions de l'organe suprême de la Convention climat, au nom du principe de responsabilités communes mais différenciées, qui permet de proportionner la contrainte au niveau d'émissions des pays visés. Les unités de compte des réductions d'émissions porteraient désormais le nom d'« engagements de réductions d'émissions quantifiées », qui alloueraient aux pays industrialisés des parts décroissantes du budget carbone planétaire, avec un objectif de - 40% d'ici à 2020 et de - 95% pour 2050 (par rapport au niveau de 1990).

Pour Kim Carstensen, directeur du WWF Global Climate Initiative, ''le pire serait de ressortir de Copenhague avec un accord trop faible sur les objectifs et dépourvu de contrainte juridique. Il faut obtenir un mandat sur une base légale, mais surtout pas une déclaration politique qui n'aurait qu'une portée rhétorique''. Selon ce co-rédacteur du projet de Traité de Copenhague, les ingrédients du succès sont, outre une réduction substantielle des gaz à effet de serre, une garantie à long terme sur les financements, sur la base d'un minimum de 160 milliards de dollars par an sur la période 2013-2017 financés par la mise aux enchères d'environ 10% des permis d'émission des pays industrialisés, un cadre international renforcé pour l'action en matière d'adaptation. À Copenhague devrait être institué un Comité Climat et un Bureau des technologies qui feront en sorte qu'au moins les deux tiers de la demande mondiale en énergie primaire soient satisfaits par des sources d'énergies renouvelables d'ici à 2050, sur la base d'un budget de départ de 55 milliards de dollars par an. Il faudra, en outre, s'engager par étapes dans le mécanisme REDD (réduction des émissions dues au déboisement et à la dégradation des forêts), en prenant les garanties que ce mécanisme ne contribue pas à inonder le marché carbone de nouveaux crédits d'émissions, mais prenne la forme d'un Fonds international de protection des forêts abondé de 42 milliards de dollars par an.

Incertitudes prolongées

L'écart est-il insurmontable entre ce Traité idéal et la réalité de la négociation ? Sur le plan financier, les sommes invoquées sont à portée de main. Rapportées aux dettes publiques française (1.283 milliards d'euros) ou étasunienne (6.252 milliards d'euros) qui ont en parti servi à renflouer les caisses des banques et à financer des plans de relance, elles paraissent peu de choses. Le problème ne vient pas non plus des pays émergents, qui se lancent d'ores et déjà dans des politiques climatiques sans attendre un accord international et exigent des preuves d'engagements de la part des pollueurs historiques. Reste l'incertitude sur la forme légale que va prendre la suite de Kyoto. Pour Emmanuel Guérin, ''il y a une dramatisation à outrance sur l'avenir de Kyoto de la part de l'Union européenne''. Selon cet expert de l'IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales), il faut lâcher du lest, et se focaliser sur les moyens plutôt que sur les objectifs en regardant ''ce qu'on peut prendre dans le protocole de Kyoto pour l'appliquer à tous, y ajouter de la substance et ramener les Etats-Unis dans le futur traité''. Se mettre d'accord sur un niveau d'ambition, mais éviter de figer le régime climatique dans une forme faible quitte à négocier plus tard sa forme juridique ? Toutes les options restent ouvertes, et le resteront sans doute jusqu'au dernier moment.

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