Robots
Cookies

Préférences Cookies

Nous utilisons des cookies sur notre site. Certains sont essentiels, d'autres nous aident à améliorer le service rendu.
En savoir plus  ›
Actu-Environnement

Vague de chaleur : comment les scientifiques font le lien avec le changement climatique

La France fait face à des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses. Pour évaluer le degré d'influence du changement climatique sur un événement météorologique extrême, les scientifiques réalisent des études d'attribution. Explications.

Gouvernance  |    |  Rachida Boughriet  |  Actu-Environnement.com
Vague de chaleur : comment les scientifiques font le lien avec le changement climatique

La vague de chaleur, débutée le 15 juin 2022 en France métropolitaine, est « la plus précoce et aussi la plus intense après 2019 » qu'a enregistré Météo-France (depuis les premières mesures, en 1947, à l'échelle nationale). L'indicateur thermique national a atteint 27,38 °C, le samedi 18 juin 2022, au deuxième rang des journées de juin les plus chaudes observées (27,95 °C, le 27 juin 2019). La valeur la plus élevée relevée pendant l'épisode a été 43 °C, à Arcachon (33), le 18 juin, a précisé Météo-France.

La vague de chaleur actuelle est la plus précoce observée

« Il n'a jamais fait aussi chaud aussi tôt dans la saison », souligne l'institut météorologique, qui dénombre désormais neuf épisodes de vagues de chaleur au cours d'un mois de juin observées en France. La canicule concerne encore le centre-est du pays. « On est face à une vague de chaleur intense, qui est un record en termes de précocité à de nombreux aspects. C'est la première fois qu'on déclenche une vigilance rouge canicule aussi tôt. C'est la première fois qu'on atteint 40 °C sur la France continentale aussi tôt », explique Aurélien Ribes, chercheur au Centre national de recherches météorologiques, rattaché au CNRS et à Météo-France. Il fait partie de l'équipe de scientifiques internationaux du World Weather Attribution (WWA) qui se sont penchés sur le lien entre le rôle du changement climatique et les récentes vagues de chaleur qui ont notamment frappé l'Europe, dont celle de juin 2019 en France.

Le rôle du changement climatique

Les scientifiques ont développé des méthodes afin d'établir des corrélations en calculant dans quelle mesure la probabilité de survenue d'un événement météorologique extrême (vagues de chaleur et de froid, inondations, sécheresse, etc.) et son intensité ont été influencées, ou non, par le changement climatique lié aux activités humaines. C'est ce qu'on appelle des études d'attribution. Depuis la première étude publiée en 2004, qui portait sur la canicule de l'été 2003 en Europe occidentale et ses 70 000 victimes, plus de 400 événements ont ainsi été analysés en utilisant l'attribution.

 
L'intérêt des études d'attribution est de décrire et de caractériser la rareté d'un événement, d'identifier le type d'événement favorisé par le changement climatique et de chercher à sensibiliser aux conséquences concrètes et locales au changement climatique  
Aurélien Ribes
 
Depuis 2014, les scientifiques du WWA ont déjà produit une trentaine d'études de ce type. Les climatologues font le lien entre un événement extrême et le changement climatique en utilisant d'abord des simulations climatiques qui couvrent l'ensemble de la période historique depuis 1850, soit le début de l'ère industrielle. Ils simulent « des milliers de fois » le climat actuel « réchauffé par les activités humaines » et le climat préindustriel, afin de compter le nombre de fois où l'événement extrême étudié se produit et calculer son intensité. Les chercheurs observent aussi les données météorologiques « du présent et du passé pour voir comment la probabilité d'événements similaires a changé », explique le WWA. Enfin, ils simulent le climat d'une date historique - par exemple 1900 - jusqu'à aujourd'hui, en intégrant des émissions de gaz à effet de serre qui augmentent lentement. Cela leur permet de détecter les tendances extrêmes et de calculer une probabilité globale de changement.

Par exemple, la dernière vague de chaleur de juin 2019, en France a bien été rendue « plus probable par le changement climatique » induit par les activités humaines, selon le WWA. « Les canicules comme celle de juin 2019 seront quatre fois plus fréquentes en 2040 », ont estimé les scientifiques en juillet 2019. De même, le WWA a pu établir, dans sa dernière étude, que le changement climatique a rendu « 30 fois plus probable » la canicule qui a débuté en mars 2022 en Inde et au Pakistan.

Les études d'attribution utilisées dans les litiges juridiques sur le climat

La relation entre le changement climatique et les vagues de chaleur « est désormais bien établie, comme décrit par exemple dans le 6e rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec). Le réchauffement des températures induit une augmentation de la fréquence et de l'intensité des vagues de chaleur que les études d'attribution cherchent à quantifier. Il est également attendu, dans un climat qui se réchauffe, que des vagues de chaleur surviennent plus tôt ou plus tard dans la saison, à l'image de l'épisode en cours en France », souligne Aurélien Ribes.

 
43 vagues de chaleur recensées depuis 1947 à l'échelle nationale Sur les 43 vagues de chaleur détectées depuis 1947, 9 ont eu lieu avant 1989, contre 34 entre 1989 et 2019. « Il y a donc eu trois fois plus de vagues de chaleur ces trente dernières années que durant les quarante-deux années précédentes », selon Météo-France. Depuis 2010, on dénombre 19 vagues de chaleur (seule l'année 2014 n'en a pas subi), plus que sur la période 1947 à 2000. « Sans politique climatique, il y a trois chances sur quatre pour que le nombre annuel de jours de vagues de chaleur augmente de cinq à vingt-cinq jours en fin de siècle selon les régions, par rapport à la période 1976 à 2005 », estime Météo-France.
 
Toutefois, les scientifiques du WWA ajoutent qu'il est « plus difficile » de mesurer le rôle du changement climatique dans des événements comme les sécheresses, les tempêtes de neige, les tempêtes tropicales ou encore les orages et les incendies de forêt. Par exemple, « les sécheresses sont souvent dues à des combinaisons variées de faibles précipitations, de températures élevées et d'interactions entre l'atmosphère et la surface terrestre. Elles durent également plus longtemps, ce qui présente plusieurs défis. Pour étudier efficacement ces événements, les données historiques doivent être cohérentes et de grande qualité, et les modèles climatiques doivent être capables de simuler ces phénomènes plus complexes », explique le WWA.

L'intérêt des études d'attribution est donc de « décrire et de caractériser la rareté d'un événement, d'identifier le type d'événement favorisé par le changement climatique et de chercher à sensibiliser aux conséquences concrètes et locales au changement climatique », précise Aurélien Ribes. Ces études peuvent aussi être utilisées comme preuves dans « des recours juridiques contre des entités qui ont contribué à l'émission de gaz à effet de serre et dont on peut prouver qu'elles contribuent à la survenue d'un événement extrême donné », ajoute le spécialiste. À l'instar des « litiges historiques sur le climat », tels que Juliana contre les États-Unis, Pabai Pabai et Guy Paul Kabai contre le Commonwealth d'Australie, Lluiya contre RWE, ou encore une plainte d'AllRise contre Jair Bolsonaro devant la Cour pénale internationale.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Rachida Boughriet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager

Expertise inondation pour votre collectivité 2 L'eau Protection