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Risques : le temps économique n'est pas le temps scientifique

Nanomatériaux : entre défis et précaution, la science avance Actu-Environnement.com - Publié le 13/05/2013

En quelques années, les nanos sont devenues omniprésentes dans les produits quotidiens sans que l'on connaisse leurs impacts sur la santé et l'environnement. Devant l'incertitude, de nombreux acteurs appellent à appliquer le principe de précaution.

Nanomatériaux : entre défis et...  |    |  Chapitre 5 / 6
Risques : le temps économique n'est pas le temps scientifique
Environnement & Technique N°325 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°325
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Aujourd'hui, plus de mille produits de consommation courante contiendraient des nanomatériaux. Selon les projections de Lux research, d'ici 2014, près de 15% des produits manufacturés pourraient en contenir. Ces substances présentent-elles un risque pour la santé et pour l'environnement ?

Leur très petite taille leur permet de franchir certaines barrières biologiques (cutanées, pulmonaires, digestives…) et de se disséminer dans les organismes. Leur très petite masse leur permet également de se disperser dans l'environnement. Or, leur surface proportionnellement plus importante pourrait accroître leur réactivité et leur toxicité.

Une cinquantaine d'années de recherche ?

Mais aujourd'hui, les connaissances sur les risques réels liés aux nanos sont faibles. Tout d'abord, il est difficile de mesurer l'exposition réelle de la population et les niveaux de dissémination dans l'environnement des nanoparticules. Ensuite, parce qu'il est admis que la toxicité des nanos est spécifique (selon la taille, la forme, la composition, la solubilité...) et liée à leur contexte d'utilisation. Il faudrait donc réaliser des études de toxicologie et d'écotoxicologie au cas par cas, par substance et par usage, ce qui représenterait "cinquante années de travail", estime Eric Gaffet, directeur de l'institut Jean Lamour.

L'ampleur de la tâche est liée au développement rapide et massif des nanoparticules manufacturées. Aujourd'hui, la société demande des réponses alors que la science travaille encore à la méthode. "Si le chantier qui est devant nous est colossal, il peut y avoir des ruptures, on réfléchit tous à accélérer le temps", explique Eric Quéméneur, directeur de recherche en toxicologie au CEA. "La nanotoxicologie a une dizaine d'année et s'est parfois égarée dans des publications "inutiles", avec des études réalisées loin des conditions réalistes d'exposition. Aujourd'hui, on commence à tirer les leçons de ces premiers travaux exploratoires, la toxicologie est plus pertinente dans le cadrage de ses travaux, qui traitent désormais de situations plus raisonnables".

Les priorités de recherche actuelles

Aujourd'hui, les recherches portent sur les nanoparticules qui ont "des caractéristiques physiques qui interpellent", comme les fibres nanotubes qui pourraient provoquer des réactions similaires aux fibres d'amiante, ou celles qui ont une forte réactivité (les catalyseurs notamment). "Mais on s'intéresse aussi aux nanoparticules qui sont inertes mais présentes en quantités importantes dans notre environnement : les silices, le titane… Même si elles ne présentent pas une réactivité forte, l'exposition à ces substances est chronique", explique Eric Quéméneur.

La bioaccumulation dans les poumons, liée notamment au risque de nanos aérosolisées dans les ambiances de travail, est regardée de près. "Les effets amiante sont redoutés", indique Eric Quéméneur. Le passage des barrières intestinales aussi est étudié : "Les nano sont très présents dans l'agroalimentaire et peuvent se retrouver dans les eaux de boisson. De ce fait, il y a un risque d'imprégnation chronique". Enfin, malgré les barrières cutanées naturelles, la présence de nanos dans les textiles ou les cosmétiques fait de cette voie d'exposition une priorité de recherche.

Les questions de biopersistance et de bioaccumulation dans certains compartiments des écosystèmes sont également étudiées. On connaît aujourd'hui peu de choses sur le cycle de vie des nanos. Ceux-ci, une fois disséminés dans l'environnement, dans des concentrations locales parfois importantes, peuvent s'agréger, se sédimenter, interagir avec d'autres éléments… Comme pour l'ensemble des produits chimiques, sont également soulignés les risques à faible dose et l'effet cocktail : "Le risque spécifique nano peut être très bas mais la synergie avec d'autres substances peut amplifier ce risque", souligne Eric Quéméneur.

De premières études ont souligné des effets potentiels sur la faune et la flore. Les nanos s'accumulent dans les organismes et peuvent remonter la chaîne alimentaire et être transférés de génération en génération.

Poser la question du risque/bénéfice

Dans une étude publiée en 2010, l'Afsset (devenue Anses) appelait à appliquer le principe de précaution. Elle recommandait de réduire l'exposition des consommateurs aux produits contenant des nanomatériaux manufacturés ainsi que leur dissémination dans l'environnement.

L'agence pointait notamment du doigt certains usages, dont le rapport risques-bénéfices posait question. L'utilisation des nanoparticules d'argent pour leurs propriétés antibactériennes et antiseptiques, notamment dans les chaussettes, questionnait l'agence, qui en soulignait les risques : exposition cutanée et forte dissémination dans l'environnement d'une substance aux propriétés biocides. ''Si 10% de la population portait ce type de chaussettes, 18 tonnes d'argent seraient rejetées dans les eaux superficielles via les lessives…'', estimait alors le directeur général de l'Afsset, Martin Guespereau. Un risque amplifié par l'omniprésence du nano-argent dans les produits de consommation courante : traitement nanopesticide des fruits et légumes, emballages alimentaires aux propriétés antibactériennes améliorées, revêtement de produits électroménagers, peluches.... L'Anses mène précisément une évaluation de risques relative au nano-argent, dont les résultats devraient être connus d'ici la fin de l'année.

Autres nano jugés à risque car représentant un risque d'exposition directe et chronique : le dioxyde de titane (TiO2) et l'oxyde de silice, utilisés notamment dans les cosmétiques et donc présentant des risques liés au contact cutané et à l'inhalation (poudres cosmétiques), et le silice colloïdale, utilisé comme anticoagulant dans l'alimentation (sel, sucre, chocolat en poudre…).

Sophie Fabrégat

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