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Un bilan en demi-teinte des résolutions climat votées en AG

Dix groupes français cotés ont présenté des « Say on climate » au vote consultatif des actionnaires durant leur AG. Le FIR dresse un bilan en demi-teinte des stratégies climat proposées par ces entreprises et plébiscitées par leurs investisseurs.

Gouvernance  |    |  R. Boughriet
Un bilan en demi-teinte des résolutions climat votées en AG

Le climat prend de l'importance dans les assemblées générales (AG) des entreprises cotées françaises. En 2022, elles ont été plus nombreuses à soumettre au vote consultatif de leurs actionnaires leurs stratégies climatiques dites « Say on climate ». Durant cette saison qui s'est clôturée en juin, dix résolutions climatiques ont été proposées par les conseils d'administration de TotalEnergies, Amundi, EDF, Engie, Elis, Getlink, Nexity, Mercialys, Icade et Carrefour. Toutes approuvées par leurs actionnaires. Le score d'approbation est très élevé, avec une moyenne de 93 %.

Des résolutions plébiscitées par les actionnaires…

Le Forum pour l'investissement responsable (FIR) a passé au crible les plans climat des dix groupes français (1) et tire un premier bilan en demi-teinte. Ainsi, les sociétés ayant présenté le meilleur taux d'approbation des investisseurs sont l'énergéticien EDF (99,9 %), le groupe immobilier Icade (99,3 %), le groupe d'infrastructures de transport Getlink (97,3 %) ou encore la société de gestion Amundi (97 %) et l'énergéticien Engie (96,7 %), tandis que le plus faible revient à la société foncière Mercialys (81,1 %).

Les investisseurs du géant pétrolier TotalEnergies ont aussi plébiscité à 89 % sa stratégie climat pourtant objet de polémique, car contestée lors du vote par les ONG et aussi par certains actionnaires. Mandarine Gestion, Sycomore AM ou encore le néerlandais MN, Edmond de Rothschild Asset Management et La Financière de l'échiquier, n'ont par exemple pas voté ce plan climat. Ces derniers voulaient présenter en AG leur propre résolution climatique, option refusée par Total. La société avait alors jugé que cette résolution externe empiétait sur les compétences du conseil d'administration et n'était donc pas juridiquement acceptable. « Les résultats de l'assemblée générale de TotalEnergies interrogent sur la volonté et la capacité des investisseurs à pousser la transition du secteur pétrogazier, a fustigé l'ONG Reclaim Finance. Les actionnaires continuent de plébisciter une stratégie climatique pourtant fondamentalement incompatible avec l'urgence climatique. »

… mais quid du niveau d'ambition pour le climat ?

Dans le même temps, le FIR a analysé le taux d'alignement des dix résolutions climatiques avec ses recommandations pour concevoir des résolutions Say on climate ambitieuses. Et ce taux n'est que de 49,5 % en moyenne. Icade (73 %), suivie d'EDF (59 %) et de TotalEnergies (59 %) ont obtenu les meilleurs résultats. À l'inverse, Amundi (36 %) et l'entreprise Elis (32 %), spécialisée dans le nettoyage et l'hygiène, affichent les taux les plus faibles. « Nos critères d'évaluation relèvent de la transparence et de l'ambition de l'entreprise sur les enjeux climatiques ainsi que de leur engagement pour contribuer à la neutralité carbone en 2050. On a souhaité aller plus loin qu'une simple déclaration et on a évalué comment l'entreprise compte atteindre ses objectifs climatiques », explique Marie Marchais, responsable de la plateforme d'engagement actionnarial du FIR.

Le Forum a également pris en compte la publication des objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effets de serre concernant l'ensemble des émissions (scopes 1, 2 et 3) et si ces objectifs ont été formulés à court (jusqu'à 2025), moyen (2030) et long terme (2050 ou avant). Le fait que les sociétés mentionnent ou pas les scénarios climatiques de référence utilisés, précisant notamment le degré d'alignement avec un scénario de réchauffement à 1,5 °C en ligne avec l'Accord de Paris sur le climat, a joué dans la notation. Le FIR a par ailleurs évalué la part des investissements (capex) et des dépenses de fonctionnement (opex) qui contribuent au respect des objectifs fixés, et l'indexation de critères d'émissions de GES à la rémunération des dirigeants.

Reclaim Finance épingle les « contradictions » d'Amundi

Si en mars dernier, 41 investisseurs ont signé la tribune (2) du Forum regroupant ses préconisations, ils n'ont pas tous réussi à les appliquer. La faible note d'Amundi en témoigne. Un autre paradoxe est soulevé par Reclaim Finance concernant les investisseurs et la manière dont ils accueillent les Say on climate des entreprises dans lesquelles ils investissent. Là aussi, l'ONG épingle « les contradictions » d'Amundi, premier gérant d'actifs européen, qui a notamment voté pour les Say on climate des groupes pétroliers BP et TotalEnergies.

De son côté, Amundi  (3) se défend d'avoir voté que 40 % des Say on climate des sociétés pétrolières, précise le groupe dans un communiqué. Or, « aucun des Say on climate approuvé par Amundi ne comporte tous les éléments présentés dans la tribune coordonnée par le FIR, comme nécessaires pour évaluer ces stratégies climat », pointe du doigt l'ONG. « Amundi a voté pour les Say on climate de BP, TotalEnergies et Repsol, mais contre celui d'Equinor, alors qu'Equinor dépassera son budget carbone (les émissions permises pour être aligné avec un scénario à 1,5 °C) plus tard que ses trois concurrents », critique Reclaim Finance. Amundi a aussi voté contre la résolution climatique de Shell, « alors que ce groupe disposera de davantage d'énergies renouvelables dans son mix énergétique en 2030 que ses trois concurrents », dénonce l'ONG.

“  On a des entreprises qui sont dans le haut du panier, globalement en termes de transparence. Toutefois, le pourcentage très élevé d'approbation des Say on climate contraste avec les niveaux d'ambition qu'on voit et qui ne sont pas forcément à la hauteur.  ” Marie Marchais, responsable de la plateforme d'engagement actionnarial du FIR
À l'inverse, Amundi assure avoir demandé cette année aux entreprises, inscrivant une stratégie climat à leur assemblée générale, « de présenter des objectifs exhaustifs (en termes de chiffres, champs et scénarios de référence notamment), un agenda précis (objectifs court, moyen, long termes) et des moyens identifiés et suffisants (incluant un plan d'investissement sur trois à cinq ans), avant d'analyser chaque stratégie dans sa globalité, pour évaluer sa solidité et sa compatibilité avec l'Accord de Paris ».

Encore des progrès à faire

Au final, le FIR a, par exemple, valorisé d'un « point vert » la société immobilière Nexity, qui se réfère à un scénario visant à limiter le réchauffement à 1,5 °C « qui est validé par la science, en s'appuyant sur des référentiels tels que ceux de l'initiative Science based targets (SBTi) », précise Marie Marchais. Les entreprises Icade, TotalÉnergies ou Amundi, qui se sont engagées à consulter annuellement leurs actionnaires sur leur stratégie climat, se voient également attribuer un point vert.

« Certaines entreprises sont dans le haut du panier, globalement en termes de transparence. Toutefois, le pourcentage très élevé d'approbation des Say on climate contraste avec les niveaux d'ambition affichés et qui ne sont pas forcément à la hauteur. La composition de l'actionnariat dans chaque entreprise influence le résultat du vote des résolutions », observe Marie Marchais. « La transparence sur la mesure des émissions de GES est le point de départ (des stratégies climat, ndlr), mais on a aujourd'hui des difficultés à comprendre comment les entreprises vont atteindre le Net zéro en 2050 », ajoute-t-elle.

Le FIR souligne que « des progrès » restent donc à faire sur l'harmonisation du reporting avec des critères et indicateurs précis permettant d'évaluer le niveau d'alignement avec les objectifs de l'Accord de Paris. Par ailleurs, il estime que les investisseurs « doivent encore monter en compétence sur les sujets climat ».

1. Télécharger le bilan du FIR des Say on climate français 2022<br /><br />
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-39996-FIR-bilan-say-on-climate-groupes-francais-assemblee-generale-2022.pdf
2. Télécharger la tribune du FIR et la liste de ses signataires
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-39683-FIR-Tribune-Say-on-Climate-Suivi-signatures.pdf
3. Consulter le communiqué d'Amundi
https://fr.media.amundi.com/actualites/amundi-detaille-son-approche-2022-sur-les-say-on-climate-22ec-22f29.html

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