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Loi économie circulaire : PlasticsEurope mise sur le tri des déchets plastique

Les producteurs de plastique comptent sur le renforcement du tri pour détourner le plastique des décharges. Ils proposent aussi de développer le recyclage chimique. En revanche, ils ne veulent pas que la loi impose d'objectifs d'incorporation.

Déchets  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
Actu-Environnement Le Mensuel N°390 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°390
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Ce mercredi 13 mars, PlasticsEurope [PlasticsEurope est l'association professionnelle européenne regroupant les fabricants de plastique.] a présenté sa position sur la future loi relative à l'économie circulaire. Pour les industriels du plastique, les déchets plastique ont une valeur et il faut donc les collecter efficacement pour ensuite les recycler. L'association professionnelle propose ainsi de maintenir la base actuelle de la législation et d'en améliorer certains points pour augmenter la collecte des déchets plastique. "Il faut avancer de façon pragmatique, en tenant compte de la pression sociale", plaide Eric Quenet, directeur de la région Ouest Europe de PlasticsEurope.

Tous les déchets plastique doivent passer par le tri

"Ne nous sanctionnez pas avec des interdictions qui feront disparaître les matières à recycler", défend Eric Quenet. Il estime que les alternatives au plastique ne sont viables que si elles offrent un service comparable. En l'occurrence, les plasturgistes mettent en avant le rallongement de la durée de conservation des aliments, due, selon eux, aux emballages plastique. Plutôt que d'interdire certains produits, les professionnels mettent au cœur de leurs propositions l'interdiction de mise en décharge de déchets plastique en 2025. En 2016, 1,3 million de tonnes de déchets plastique étaient jetés avec les ordures ménagères résiduelles (OMR), selon PlasticsEurope.

Pour réduire à zéro la part enfouie, le syndicat professionnel mise d'abord sur l'existant : l'extension des consignes de tri à l'ensemble du territoire d'ici 2022 devrait réduire la part des déchets d'emballages en plastique finissant dans les OMR. Sur ce point, PlasticsEurope ne veut pas voir la mise en place d'une "consigne" qui recréerait une exception pour les bouteilles et s'opposerait à la simplification du geste de tri. "Qu'on laisse sa chance à la collecte sélective avant d'envisager la consigne", réclame Hervé Millet. Le responsable des questions techniques et réglementaires pour PlasticsEurope défend l'idée d'un bilan à réaliser cinq ans après la mise en place complète de l'extension des consignes de tri.

Et pour les autres produits plastique ? "Il faut faire passer tous les déchets plastique par le tri", avance Hervé Millet. La mise en place de nouvelles filières de responsabilité élargie du producteur (REP) pour les jouets et les articles de sport et de loisirs devraient apporter une première solution. Ensuite, même si PlasticsEurope n'a pas d'avis tranché sur le sujet, il faut se pencher sur le tri mécanique sur OMR, défend le syndicat professionnel. En l'occurrence, il considère que l'obligation de collecte sélective des biodéchets en 2024 simplifie le sujet en supprimant des bacs OMR des déchets qui souillent les autres déchets. Le tri mécanique sur OMR devrait être simplifié et le recyclage des déchets ainsi récupérés devrait devenir possible, estime PlasticsEurope.

Quant à la collecte des 1,4 million de tonnes de déchets plastique industriels et commerciaux, elle doit passer par la "mise en place effective" du décret cinq flux. La Feuille de route pour l'économie circulaire (Frec) du gouvernement propose d'imposer un certificat pour s'assurer que les déchets mis en décharge ont bien fait l'objet d'un tri préalable. PlasticsEurope propose d'aller plus loin "en pénalisant les entreprises qui ne trient pas".

Laisser le temps au recyclage chimique

Une fois les déchets collectés, il faut les recycler, notamment en développant le recyclage chimique lorsque le recyclage mécanique n'offre pas de solution. Pour cela, PlasticsEurope espère surtout que la future législation ne suivra pas la voie empruntée par l'Allemagne. Outre-Rhin, le calcul des taux du recyclage du plastique exclut le recyclage chimique. La raison de ce choix semble être liée aux difficultés méthodologiques : si l'on sait combien de déchets entrent dans le processus, il est beaucoup plus difficile de comptabiliser la part effectivement recyclée (par le biais des monomères) de celle qui constitue un déchet (les additifs). Sur ce point, PlasticsEurope est plutôt confiant : "ce n'est pas l'état d'esprit des autorités françaises", assure Hervé Millet.

En l'occurrence, les producteurs de plastique mise beaucoup sur ces nouvelles technologies. A l'échelle européenne, PlasticsEurope participe à deux plateformes dédiées au recyclage chimique : le consortium Styrenic Circular Solutions (SCS), dédié au recyclage des polymères styréniques (notamment le polystyrène compact et expansé) et la Polyolefin Circular Economy Platform (PCEP), dédiée aux polyoléfines (tels que le polypropylène et le polyéthylène).

Dans les deux cas, les travaux portent actuellement sur l'étude des procédés envisageables. Les industriels devront ensuite développer des sites pilotes, avant d'envisager une industrialisation d'ici 5 à 10 ans. Il faudra aussi massifier les volumes : "la recyclabilité n'est pas une question de résines, mais de produits", rappelle Hervé Millet qui évoque les freins liés à la collecte en mélange et à la complexité des produits incorporant du plastique. Quant aux coûts, "il n'y a pas encore de chiffres avancés". Il reste donc beaucoup de travail. Mais "il y a urgence" pour les producteurs de plastique, car, suite aux polémiques, "certains acteurs ont désélectionné le polystyrène", rapporte Hervé Millet.

Enfin, "on ne souhaite pas avoir de taux d'incorporation de plastique recyclé dans la loi", explique Hervé Millet. Bien sûr, la future directive européenne sur les produits plastique à usage unique en cours d'adoption devrait imposer un objectif d'au moins 25% de plastique recyclé en 2025 pour les bouteilles en PET et de 30% en 2030 pour toutes les bouteilles plastique (et plus seulement celles en PET). Mais PlasticsEurope ne souhaite pas voir se développer ces dispositions. Combien de plastique recyclé peut-on ou doit-on incorporer ? "Les acteurs du marché sont à même de l'évaluer", estime Hervé Millet qui défend une approche volontaire.

Réactions1 réaction à cet article

 

Parce qu'elle n'a rien voulu voir venir depuis 30 ans alors que le tri sélectif des OM s'est peu à peu généralisé, l'industrie de la plasturgie demande du temps (10 ans au bas mot) soit disant pour se préparer. Alors que les paysages terrestres, les mers et la biosphère sont déjà gavés de matières plastiques et qu'on a produit autant de plastiques ces 20 dernières années qu'au cours du 20ème siècle, c'est parfaitement inadmissible !
Il est grand temps de réserver l'usage des matières plastiques à des fonctions incontournables et de désélectionner tous les autres usages pour les remplacer par des alternatives au bilan écologique global favorable. Certains fabricants de matériel informatique ont déjà remplacé les calages en polystyrène par du carton moulé par exemple. C'est donc possible.

Pégase | 14 mars 2019 à 09h48
 
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