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La transition énergétique face à un faisceau de risques

Lancer une nouvelle technologie n'est jamais sans risque. La transition énergétique, qui s'appuie sur le déploiement d'énergies nouvelles et d'outils pour flexibiliser le système, n'échappe pas à cette règle. Elle cumule même les risques.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
La transition énergétique face à un faisceau de risques
Actu-Environnement Le Mensuel N°394 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°394
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Le paysage énergétique change profondément. Et avec lui, la manière de l'appréhender et de l'organiser. Le défi : passer d'un système énergétique très centralisé, s'appuyant sur quelques dizaines de moyens de production, à un système décentralisé reposant sur des milliers, voire des millions d'installations de production réparties sur le territoire. Quelques milliers d'installations produisant du biogaz, 4 millions de sites en autoconsommation photovoltaïque en 2030 selon Enedis… Ajoutez-y des systèmes de stockage pour absorber les surplus de production, des systèmes de maîtrise de la demande basés sur des technologies numériques, de nouveaux usages pilotables, et vous obtenez un système énergétique exposé à de nombreux risques.

Qu'ils soient technologiques, numériques, organisationnels ou sociaux, les risques accompagnant cette transition sont multiples et démultipliés par le nombre d'installations attendu. L'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) consacrait une journée à cette problématique, le 18 juin dernier. Le ministère de la Transition écologique, conscient de l'enjeu, a quant à lui lancé un programme d'appui pour identifier, dans un premier temps, les risques technologiques et accidentels liés à la transition énergétique. L'objectif : évaluer les risques liés à une solution de mix énergétique (accidentologie, effets potentiels, probabilité d'occurrence....) à l'échelle d'un territoire pour éclairer les décideurs .

Des risques démultipliés par le nombre d'installations

Car une mauvaise gestion de ces risques peut compromettre une filière. Ça a été le cas avec le GPL : l'explosion d'un véhicule en 1999 à Vénissieux (Rhône) a profondément marqué les esprits. Depuis, la filière peine à s'en remettre.

Plus récemment, en 2018, 16 incendies de stockage stationnaire en Corée du Sud ont conduit à la mise à l'arrêt de toutes les installations. "Les risques liés aux batteries concernent tout le cycle de vie : fabrication,transport, utilisation, stockage, recyclage", souligne Rémy Bouet, responsable du marché Energie à l'Ineris.

Concernant l'hydrogène, si "les risques sont plutôt connus et maîtrisés par les industriels, le déploiement de nouveaux usages décentralisés, avec des acteurs pas formés aux risques industriels" pourrait être problématique, analyse l'expert. Le 10 juin dernier, une station de distribution d'hydrogène pour les véhicules a explosé en Norvège. Une fuite et un dysfonctionnement du détecteur d'hydrogène pourraient être en cause.

"Les enjeux sont liés à la haute pression, au risque de création d'une atmosphère explosive, au risque électrique", explique David Colomar, coordinateur de projets internationaux à l'institut européen de recherche Eifer qui exploite, depuis deux ans, une station hydrogène à Sarreguemines (Moselle), dans le cadre d'un projet européen. Mais selon lui, le cadre réglementaire et les normes et standards internationaux à respecter assurent la sécurité des installations. A contrario, les règles contraignantes des installations classées pour l'environnement (ICPE), notamment au niveau des distances de sécurité à respecter, pourraient impacter le déploiement de stations hydrogène. Se pose pourtant la question de la formation des personnels intervenant en cas d'accident, et notamment des pompiers.

Energies renouvelables : tensions sur les ressources et les conflits d'usage

De mauvais retours d'expérience pourraient nuire à l'image plutôt positive qu'ont les Français de la transition énergétique et des énergies renouvelables (ENR). D'autant que l'augmentation du nombre d'installations ENR commence à faire grincer des dents, que ce soit pour l'éolien ou les centrales solaires au sol. Or, sans acceptabilité sociale, difficile de poursuivre le déploiement des technologies. "Il y a un sentiment de manque de transparence quand il n'y a pas de planification", estime Mathieu Brugidou, chercheur à EDF R&D. Et de citer le "raté" autour du parc éolien en mer du Tréport, où les calendriers du débat public et de la concertation sur la façade maritime se sont croisés, accentuant les incompréhensions et oppositions.

Sans planification, peuvent également s'ajouter des tensions autour des ressources. Le photovoltaïque, l'éolien, les batteries sont composés de métaux rares importés. Les tensions géopolitiques et la compétition mondiale présentent un risque lié à l'approvisionnement.

Mais les ressources peuvent également manquer à l'échelle locale. C'est notamment le cas pour la méthanisation, qui a besoin d'intrants pour alimenter les installations tout au long de l'année mais aussi de surfaces disponibles pour épandre les digestats. "Aujourd'hui, sur certaines installations, il y a déjà des tensions. Certaines matières, qui n'avaient pas de valeur jusque-là, voient leurs coûts renchérir", constate Karine Adam, de l'Ineris. Conscients de cet enjeu, les députés ont amendé le projet de loi énergie climat pour que la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) identifie au mieux les gisements de biomasse. De même, ils ont adopté des amendements pour permettre une meilleure appropriation de la transition énergétique par les citoyens.

Le numérique, point faible de la transition et des Etats ?

Enfin, le système énergétique décentralisé devra faire face à un risque supplémentaire, et de taille : les cyberattaques. "Le secteur de l'énergie est une cible privilégiée", explique Stéphane Mocanu, expert de la sécurité des systèmes industriels. Une cyberattaque sur cinq touche déjà l'énergie aux Etats-Unis.

Au niveau mondial, la liste des attaques est déjà longue. En 2010, des installations nucléaires iraniennes ont été la cible de vers informatiques (Stuxnex) qui ont endommagé le système. Les Etats-Unis et Israël sont à l'origine de l'attaque. En 2014, plus de 2.000 sites industriels se sont fait voler des données grâce à un logiciel espion Havex. En 2015, le virus Black energy a effacé des contrôles commandes du système électrique en Ukraine : 30 postes de transformation ont été arrêtés, deux des trois centres de dispatching ont connu un black-out, 1,5 million de personnes ont été privées d'électricité. En 2016, une nouvelle attaque a visé l'Ukraine et la ville de Kiev. En 2017, l'Ukraine, mais aussi l'Europe et les Etats-Unis ont été victime d'un virus qui chiffre les données. Conséquences : plusieurs milliards d'euros de pertes pour les entreprises touchées. La liste continue en 2018 avec Grey energy qui a touché l'Ukraine et la Pologne, en 2019 avec Norsk hydro…

"Avec le développement des smart grids, qui cumulent un double réseau, énergétique et informatique, le monde est de plus en plus exposé", estime l'expert. Et ce n'est que le début : "Dans l'avenir, tous les équipements auront une copie virtuelle sur le cloud, ce qu'on appelle un jumeau numérique. Ce sera un pas avant la virtualisation complète, avec des postes de transformation et de distribution 100% virtuels. Il faut donc prendre des mesures en matière de cybersécurité puisque l'énergie est un secteur d'activité d'importance vitale". Pour sécuriser ces systèmes, Il faut avant tout identifier leur vulnérabilité et les réduire. En formant le personnel et en mettant en place de bonnes pratiques, huit vulnérabilités sur dix pourraient être évitées, selon lui.

Réactions1 réaction à cet article

 

Analyse effarante ! La transition énergétique telle qu'elle est inscrite dans la PPE, c'est : remplaçons un système fiable, peu coûteux, que nous contrôlons par un autre imprévisible, très cher, totalement importé, et qui a déjà montré en Allemagne son impossibilité à améliorer le bilan carbone. Alors en faire une analyse savamment pontifiante n'avance à rien ! La première chose à faire, c'est garder l'existant et abandonner les dogmes destructeurs et les lobbys qui les entretiennent. Le reste n'est qu'un écran de fumée.

dmg | 27 juin 2019 à 23h05
 
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