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Agriculture et forêt : les zones de production en sursis ?

Les cultures et les forêts subissent déjà les impacts du changement climatique. Une étude tente de prévoir, par zone de production, quelles seront les conséquences du climat pour imaginer des stratégies d'adaptation.

Gouvernance  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
Agriculture et forêt : les zones de production en sursis ?

Décalage de la date de semis et de récolte, hausse de la production ou au contraire, stagnation ou perte de rendements... Le changement climatique a déjà des impacts sur les systèmes agricoles et naturels. "Par ailleurs, le climat influe sur les aires de répartition des insectes et des maladies, modifiant les conditions sanitaires des cultures et des forêts. L'extension vers le nord et en altitude de la chenille processionnaire du pin ou l'extinction du phomopsis du tournesol dans le Sud-Ouest, après la canicule de 2003, sont considérées comme des effets liés au changement climatique", note le centre d'études et de prospective du ministère de l'Agriculture. A ces effets s'ajoutent les phénomènes climatiques extrêmes (sécheresses, inondations, vagues de froid, tempêtes…), qui ont épargné très peu de territoires ces dernières années. "Si ce type d'événements n'est pas inédit dans la mémoire des acteurs, leur fréquence accrue pose néanmoins la question de la résistance des systèmes de production agricoles et forestiers à ces chocs climatiques peu prévisibles et difficilement maîtrisables".

C'est pourquoi, le centre d'étude et de prospective a mené l'étude AFClim, visant à projeter les impacts du changement climatique sur l'agriculture et les forêts françaises et à dessiner des scénarios d'adaptation. Quatorze études de cas ont été menées dans les secteurs agricoles et forestiers. "Les projections indiquent que l'ampleur des dérèglements climatiques augmentera dans les décennies à venir. Des simulations par culture et par essence permettent d'identifier les impacts, positifs ou négatifs, sur l'agriculture et la forêt", explique-t-il.

L'eau, enjeu majeur et prioritaire

Mais les prévisions sont complexes. "De grandes incertitudes pèsent sur les impacts réels du changement climatique dans le futur : la croissance des plantes et des arbres sera en effet soumise à des effets parfois contradictoires dont on ne sait pas déterminer lequel prévaudra", précise le centre d'analyse stratégique. "Malgré ces limites, on peut d'ores et déjà imaginer certaines voies d'adaptation". Sélection génétique, décalage des calendriers de culture, nouvelles organisations dans la gestion des systèmes fourragers, pratiques sylvicoles adaptatives ou encore nouvelles cultures et essences pourraient être développés dans certaines zones géographiques. "Il n'y a aucun doute à avoir sur l'importance de l'enjeu et la nécessité d'engager rapidement des actions d'adaptation", estiment les auteurs de l'étude.

Les quatorze cas étudiés ont permis de souligner les enjeux. L'une des priorités est la question de la ressource en eau. Pour le centre d'étude et de prospective, il faudra agir "à la fois sur la demande, en réduisant les besoins des cultures et en améliorant l'efficience de l'utilisation de l'eau, et sur l'offre, par le développement de la ressource (soutien d'étiage, retenues de substitution), là où il est compatible avec les objectifs de gestion équilibrée et durable de la ressource en eau". L'adaptation des cycles de production est une première solution : décalage des périodes de pâturage, adaptation des interventions sylvicoles, stratégies d'esquive en grandes cultures… Mais celle-ci ne sera pas suffisante. Dans certains cas, il faudra adapter les cultures et les essences, en choisissant des variétés plus résistantes. Enfin, la diversification permettrait d'accroitre la résilience du système productif. "Cette combinaison de moyens d'action dépendra d'une part de la fréquence et de l'intensité des périodes de stress climatique et, d'autre part, des conditions techniques et économiques dans lesquelles les agriculteurs et les propriétaires forestiers seront amenés à prendre leurs décisions".

Des AOC en voie de disparition ?

Malgré tout, "certains territoires pourraient être fragilisés par la disparition d'activités agricoles ou forestières sensibles au changement climatique. Ailleurs, des tensions fortes sur la ressource en eau sont prévisibles, en l'état actuel des systèmes de production".

Si en Lorraine, où a été étudiée la polyculture-élevage, le changement climatique pourrait avoir des effets positifs sur les cultures existantes (maïs, colza, prairies) et crée même la possibilité d'introduire une nouvelle culture, le tournesol, ce n'est pas le cas partout.

Dans le Beaujolais, la viticulture pourrait être bouleversée, par "une modification de la qualité du vin entraînant un risque de perte de typicité et une incompatibilité avec le cahier des charges de l'AOC [appellation d'origine contrôlée]". L'une des solutions d'adaptation envisagée serait de changer de cépage pour une variété adaptée au stress hydrique au détriment de l'AOC. Pire, l'étude envisage même une réorientation vers d'autres cultures (fruits secs, cultures énergétiques) voire un boisement de ces zones viticoles.

Dans les Landes, l'évolution climatique pourrait entraîner une baisse de productivité du pin maritime, limitée à l'horizon 2035 et conséquente à l'horizon 2085. L'étude envisage donc une diversification des essences et une diminution de la durée des rotations, et même une modification brutale du paysage forestier…

Mettre en place des politiques adaptées

Pour le centre d'étude et de prospective, les agriculteurs et les forestiers doivent être accompagnés dans la recherche de solutions d'adaptations. "Cela plaide pour que l'adaptation au changement climatique soit incluse systématiquement dans la conception et le pilotage des politiques agricoles et environnementales, et inversement que les actions en faveur de l'adaptation soient conçues pour entrer en synergie avec d'autres enjeux clés, notamment la réduction des émissions de gaz à effet de serre et des pressions sur l'environnement".

La réglementation devra elle aussi être adaptée. Autoriser les essences exotiques "mieux adaptées au climat de demain" etrevoir les AOC font partie des questions "qu'il ne faudra pas éluder".

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