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Diminuer sa vulnérabilité climatique, un enjeu pour l'agriculture

Avec l'enchaînement d'événements climatiques extrêmes, le rendement et la survie des exploitations agricoles est en jeu. Le programme européen AgriAdapt a développé un outil pour identifier leur vulnérabilité et leur préparation au changement climatique.

Agroécologie  |    |  Rémi Pin  |  Actu-Environnement.com
Diminuer sa vulnérabilité climatique, un enjeu pour l'agriculture

L'agriculture française a connu son lot d'épisodes climatiques remarquables ces dernières années. En 2016, c'est un printemps extrêmement pluvieux et peu ensoleillé qui divise par deux les rendements céréaliers. En 2017, après des gelées tardives qui frappent durement les vignes, c'est une sécheresse exceptionnelle qui touche le sud du pays. Des sécheresses qui se répètent en 2018, puis en 2019. L'année 2020 ne déroge pas à la règle avec un déficit pluviométrique printanier qui assèche les couches superficielles du sol, empêche la croissance des plantes, ou retarde les semis.

Comprendre la vulnérabilité climatique

« Chaque année, des événements climatiques défavorables se produisent et plus d'agriculteurs sont touchés, constate Nicolas Métayer, ingénieur agronome spécialiste des questions climatiques pour Solagro. L'intensité et la durée de ces épisodes devraient augmenter dans les cinquante prochaines années. En se basant sur les tendances qui se dessinent, les agriculteurs doivent se mettre dans une dynamique de changement ».

Pour mieux comprendre la vulnérabilité de l'agriculture française et européenne au changement climatique, quatre partenaires, espagnol (Fundación Global Nature), allemand (Lake Constance Foundation), estonien (Estonian University of Life Sciences) et français (Solagro), se sont associés dans le cadre du projet Life AgriAdapt. De 2016 à 2019, chacun des partenaires a suivi, dans son pays, un réseau de fermes pilotes représentatives, et expérimenté une approche de diagnostic agro-climatique. En France, trente-quatre fermes pilotes réparties dans deux zones climatiques contrastées, les régions Occitanie et Grand-Est, ont été suivies par la société toulousaine Solagro.

« Reconcevoir le système de culture »

« La première phase du travail mené avec les fermes pilotes a été de faire le point sur les événements climatiques passés, et l'impact qu'ils ont pu avoir sur leur activité et leur production, explique Sylvain Doublet, ingénieur agronome chez Solagro. De là, on dresse un scénario de vulnérabilité pour en tirer des conclusions sur l'impact dans un futur proche sans adaptation. Dans un deuxième temps, on regarde quelles adaptations simples permettraient de répondre aux nouvelles exigences climatiques ».

 
Les agriculteurs constatent depuis quelques campagnes culturales, que les changements climatiques s'accélèrent. Ces phénomènes doivent devenir une des clés de décision du monde agricole.  
Nicolas Métayer, ingénieur agronome
 
Solagro a par exemple suivi l'EARL des Canongesses, une ferme familiale de 80 hectares en grandes cultures, à 40 km au sud de Toulouse. Les projections climatiques locales dans un futur proche indiquent une baisse des précipitations moyennes en été, et une augmentation à l'automne. Le nombre de vagues de chaleur devrait doubler, et le déficit en eau se dégrader. Un ensemble de préconisations a été conseillé pour tenter de minimiser les impacts : semis précoces, mise en place de sondes tensiométriques pour économiser l'eau, plantation de haies dans les zones ventées pour protéger les cultures du froid, de la chaleur, et de l'évapotranspiration. Autre mesure principale d'adaptation à mettre en œuvre, la diversification des cultures.

« Tous les agriculteurs de grandes cultures font aujourd'hui du blé tendre, mais il est devenu extrêmement risqué de ne planter que deux variétés différentes, analyse Nicolas Métayer. De manière générale, la diversité conduit à plus de résilience et de stabilité. Cela peut prendre plusieurs formes. Les agriculteurs ont tout intérêt à diversifier les variétés, mais aussi les types de culture ». Côté élevage, le stress thermique des vaches, causé par les vagues de chaleur, a été particulièrement étudié. Un stress qui induit une baisse de la rumination et de la production de lait. C'est ici le confort du cheptel qu'il convient notamment de revoir, avec de meilleurs systèmes de ventilation du bâtiment, comme des brasseurs d'air ou des systèmes de brumisateurs.

Un outil en ligne pour identifier les vulnérabilités

En prenant appui sur l'étude des fermes pilotes, les partenaires européens du projet AgriAdapt ont développé, pour les principaux systèmes agricoles, un outil pour mieux comprendre et anticiper les défis agro-climatiques qui se préparent. Chaque exploitant peut en bénéficier sur la plateforme en ligne AgriAdapt-AWA.

Cette plateforme offre des informations agronomiques et climatiques localisées. Elle présente la variabilité des performances de rendements annuels de différentes cultures, entre 2000 et 2017, ainsi que des informations corrélées avec des données climatiques (températures, précipitations, nombres de jours de gel...) du passé récent et du futur proche (projections climatiques pour les trente années à venir). « Ce nouvel outil permet de sensibiliser les agriculteurs à leur vulnérabilité climatique, et de renforcer leurs connaissances pour qu'ils appréhendent au mieux ce sujet complexe, précise Nicolas Métayer. Mais elle permet surtout de les engager dans une démarche d'adaptation de leurs pratiques agricoles, en proposant des plans d'adaptation durables ».

Après avoir étudié les « points faibles » d'une exploitation face au changement climatique, la plateforme propose différentes catégories de mesures d'adaptation. Elles vont du simple ajustement des pratiques à court terme, à des modifications plus en profondeur (transformation, re-conception) pour une adaptation plus durable. Pour les grandes cultures par exemple, les mesures proposées interrogent aussi bien la résilience du système de cultures, les variétés cultivées, la dépendance à l'eau, ou la gestion des sols et des pratiques agricoles.

« L'impact climatique sur l'agriculture française est encore un sujet très récent, conclut Nicolas Métayer. Mais les agriculteurs constatent depuis quelques campagnes culturales, que les changements s'accélèrent. Ces phénomènes doivent devenir une des clés de décision du monde agricole. »

Réactions2 réactions à cet article

 

Depuis des temps immémoriaux et partout sur la planète, l'homme agriculteur a patiemment accumulé des connaissances agronomiques et adapté ses pratiques. Et voilà que depuis qu'il est épaulé comme jamais par la technologie, la mécanique et la chimie de synthèse, il se trouve fort dépourvu quand la bise fut venue... ! Il est donc plus que temps que soient à nouveau formés des agriculteurs, des paysans et non plus des exploitants agricoles ou autres agri-managers.
Fort heureusement, certains ont su sortir du rang, même s'ils l'ont bien souvent payé cher auprès du syndicat agricole majoritaire, de la chambre d'agriculture de leur département, de la coopérative (qui n'en a souvent plus guère que le nom), de la "banque verte" et de leurs voisins qui attendaient qu'ils se "cassent la gueule". Bravo à ces courageux, téméraires et réalistes !

Pégase | 28 avril 2020 à 15h54
 
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Ces pauvres vaches confinées ! Cela ne vient à l'idée de personne qu'une vache , le printemps et l'été , ça vit DEHORS et que ça sait très bien se mettre à l'ombre où ça rumine tranquillement pendant les heures chaudes ? Sortez les! Et arrêtez avec vos systèmes de substitution: pourquoi pas des climatiseurs pendant que vous y êtes ? On est où , là ??? Chez les fous!Et dire qu'on paye des gens pour étudier le stress thermique des vaches ! On est presque arrivés dans le grand n'importe quoi, je me demande quelle solution abracadabrantesque nos grands cerveaux vont mettre au point pour éviter de voir les évidences: nous sommes dans un phénomène de réchauffement exponentiel donc les températures vont monter exponentiellement, c'est à dire très vite à partir de maintenant.Les solutions naturelles sont strictement les seules à mettre en oeuvre, il n'y a aucune autre alternative possible. Pareil pour les cultures, on n'en peut plus de répéter toujours la même chose.

gaïa94 | 28 avril 2020 à 18h03
 
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