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Services environnementaux et agriculture raisonnée : un mariage de raison

"Services environnementaux : qui paye ?" C’est à cette question qu’a été consacré le 14ème Forum de l’agriculture raisonnée respectueuse de l’environnement (FARRE), à Paris le 12 janvier.

Agroécologie  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com
   
Services environnementaux et agriculture raisonnée : un mariage de raison
   

Les systèmes agricoles ont été façonnés par une politique agricole commune (PAC) vouée à des objectifs de volumes et d'exportation, plus qu'à des considérations environnementales. Mais les temps changent. Aujourd'hui, "la politique agricole commune doit être considérée comme un outil d'atteinte d'objectifs holistiques", énonce Maud Labat, représentante de la Commission européenne à Paris. En clair, l'avenir de la PAC sera plus vert. Et les agriculteurs vont devoir s'adapter.

La communication de novembre 2010 de la Commission européenne propose un premier pilier de la PAC intégrant une composante écologique obligatoire dans les paiements directs ; et un deuxième pilier qui se focalise sur la bonne gestion des ressources naturelles. "On est au-delà du principe pollueur-payeur, analyse Maud Labat. Les agriculteurs sont considérés comme les acteurs primordiaux du verdissement de l'Europe. Reste à déterminer les techniques les plus pertinentes : rotations de cultures, jachères environnementales, diversification de l'assolement…".

Vers des agriculteurs-jardiniers ?

Le visage de l'agriculture va changer. Certains craignent de voir les agriculteurs français se transformer en jardiniers qui ne parviendraient plus à produire avec une compétitivité suffisante : "Ils ont une obligation de rendement pour nourrir les êtres humains et rémunérer l'exploitation. Si on n'y prend pas garde, dans dix ans, la France n'aura ni industrie, ni agriculture !", s'exclame le « grand témoin » du forum du FARRE, l'écrivain Erik Orsenna.

Gilles Lemaire, président du Conseil scientifique du FARRE, propose un autre angle de vue : "Nombre de solutions techniques permettent de limiter les intrants et les atteintes à l'environnement, et beaucoup de ces solutions ne coûtent rien. Par exemple, l'introduction de la luzerne dans les rotations céréalières dans les Deux-Sèvres aurait un coût d'opportunité élevé, les agriculteurs y auraient intérêt".

"Avant de savoir qui paye, souligne Gilles Lemaire, il faut comprendre que les services environnementaux sont attachés à des pratiques agronomiques qui n'ont aucun coût à l'exploitation". Il faut donc introduire plus de savoir agronomique chez les agriculteurs. Et comprendre que maintien des écosystèmes rime avec instauration ou la réhabilitation d'un haut niveau de diversité à toutes les échelles : parcelle, exploitation, paysage, région. "Si l'on tend à l'uniformisation, il n'y a plus aucun moyen de faire de l'environnement autrement que par une réduction drastique de la productivité", résume le président du Conseil scientifique du FARRE.

Rémunération par les filières

L'enjeu est de passer de la conservation de la biodiversité à une véritable politique économique, adossée à des instruments d'incitation, de rémunération et de compensation accordés aux agriculteurs et aux acteurs concernés. "Ce qui implique d'avoir une vision de la valeur des services environnementaux, par exemple, la valeur des zones humides dans la protection des zones de captage d'eau potable", selon Dominique Bureau, délégué général du Conseil économique pour le développement durable, qui confirme que "les dispositifs foisonnent pour relever ces défis. Aux Etats-Unis, le Clean Water Act a instauré un mécanisme qui accorde des crédits aux agriculteurs réduisant leurs rejets. En France, Vittel signe des contrats de longue durée avec les exploitants proches des captages".

Le Parc naturel régional des Bauges a lancé, en 2010, le concours agricole régional des prairies fleuries. Le prix d'excellence récompense la valeur agri-écologique des prairies naturelles, l'habitat pour la flore, la faune, les espèces patrimoniales. Le premier bilan est très positif, selon Michel Delmas, directeur du Parc : "Il y a un dynamisme très fort chez les agriculteurs, un consensus autour de la notion d'équilibre agri-écologique, un dialogue entre agriculteurs, apiculteurs et écologues". Prochaine étape : valoriser les productions labellisées, créer des dynamiques locales d'AOC, soutenir les agriculteurs pour obtenir des aides agri-environnementales.

Rémunération par le marché

Le directeur général de la coopérative Nouricia, groupe coopératif agricole qui rassemble 3.000 agriculteurs et 3.500 viticulteurs en Champagne-Ardenne, l'affirme : "On a fait des bêtises, on veut arrêter de les faire. Pendant 30 ans, on a fait du tout chimique. On doit revenir à des solutions plus agronomiques et plus complexes. Le modèle agricole conventionnel entraîne une érosion du capital écologique, donc des marges brutes". Pour Christophe Brasset, le raisonnement n'est ni philanthropique, ni écologiste, mais simplement économique : "Une agriculture positive permet de récupérer des marges brutes pour développer de nouvelles techniques de production agricole".

Nouveaux assolements, réintégration des légumineuses, engrais organiques, nouveaux phytosanitaires, nouvelles technologies de machinisme, biomatériaux, molécules d'intérêt… Qui paye ? "C'est le client qui doit payer", affirme Christophe Brasset. Exemple : le groupe Kraft Foods France veut engager la marque des petits beurres LU dans une filière durable et soutient de « bonnes pratiques culturales : "On prend sur notre marge, on se rémunère sur les parts de marché, au final la valeur de notre marque est renforcée", explique Jean-Philippe Paré, président de Kraft Foods France.

L'exemple type de culture conciliant valeur écologique et économique est celui de la luzerne, dont Eric Guillemot, directeur de Coop de France désydratation, est un fervent défenseur. Cette légumineuse donne quatre récoltes par an, utilise l'azote disponible dans le sol, est riche en protéines : elle concilie productivité et vertus environnementales. Le bénéfice pour l'agriculteur est évident : pas d'engrais, des sols protégés de l'érosion, et une valeur visuelle pour les paysages et le tourisme. Si la luzerne est sous le joug de la suspension des aides européennes il n'en demeure pas moins que l'instauration un système de compensation généralisé pourrait servir à soutenir les agriculteurs qui décideraient de se lancer dans des pratiques vertueuses pour les écosystèmes.

Réactions1 réaction à cet article

 

On ne peut pas prétendre "nourrir la planète" en gaspillant des protéines animales pour nourrir des animaux, avec la perte de rendement et le gâchis énergétique que cela représente, et le fait qu'une planète ne suffirait pas si toute la population actuelle et future se nourrissait comme nous. Quant à l'agriculture "raisonnée", pour l'avoir vue à l'œuvre, il me semble qu'elle est à l'agriculture intensive ce que les cigarettes allégées sont au tabagisme.

Petite bête | 17 janvier 2011 à 10h34
 
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