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Les associations de protection de l'environnement cherchent à intégrer une dimension sociale à leur combat

Transition écologique et justice sociale même combat ? C'est ce qu'ont tenté de démontrer les participants des deuxièmes universités d'été de France Nature Environnement. Sans cacher les remises en question que cela implique.

Gouvernance  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com

"Nos sociétés seront plus justes si elles sont plus soutenables et elles seront plus soutenables si elles sont plus justes." C'est en reprenant cette phrase de l'économiste Eloi Laurent que le président de France Nature Environnement (FNE), Michel Dubromel, a ouvert les deuxièmes universités d'été de la fédération des associations de protection de la nature et de l'environnement qui se sont tenues du 29 juin au 1er juillet dans l'Essonne.

 
On cherche à sensibiliser tous les publics mais, dans les faits, on touche surtout des initiés  
Marie Fauvarque, Picardie Nature
 
La communauté de combat semble s'imposer dans la mesure où les personnes les plus défavorisées socialement sont aussi les principales victimes des atteintes à l'environnement. C'est le cas, illustre la politologue Caroline Lejeune, des populations défavorisées de la ville de Roubaix (Nord), dont la désindustrialisation à partir des années 70 a fait exploser le chômage tout en laissant un nombre considérable de friches polluées, parfois au mercure.

Autre exemple, rapporté par Alain Chabrolle, vice-président de FNE, les populations les plus exposées à la pollution de l'air dans la vallée de l'Arve (Haute-Savoie) sont des ouvriers qui vivent à proximité de l'autoroute et qui travaillent dans l'industrie du décolletage qui utilise de nombreux solvants. De même, rappelle Christiane Botbol d'ATD-Quart Monde, les pauvres sont les plus grandes victimes du changement climatique, dont ils ne sont pourtant pas responsables.

Combats porteurs de justice sociale

Les combats environnementaux paraissent donc intrinsèquement porteurs de justice sociale. "Notre moteur à FNE, c'est très souvent l'humanisme et la justice sociale", confirme Michel Dubromel, même si les associations de protection de l'environnement ont parfois du mal à communiquer sur leur action dans le champ du social.

Pourtant, alerte Bernard Chevassus-au-Louis, président d'Humanité et Biodiversité, les choses ne sont pas aussi simples. Ainsi, illustre le responsable associatif, la création des parcs naturels régionaux, conçus comme outils d'aménagement du territoire pour lutter contre des zones défavorisées, a parfois loupé sa cible, comme le montre l'exemple du parc du Lubéron qui profite surtout aux "bobos de Marseille". De même, reconnaît Marie Fauvarque, directrice de Picardie Nature, dans un remarquable exercice d'autocritique, "on cherche à sensibiliser tous les publics mais, dans les faits, on touche surtout des initiés".

Ce qui explique sans doute le constat établi par Bernard Chevassus-au-Louis : beaucoup de gens ne perçoivent pas la justice sociale dans le combat écologique. Raison pour laquelle, il invite le monde associatif à "balayer devant sa porte". Prenant l'exemple du barrage de la Sélune, le président d'Humanité et Biodiversité reconnaît que l'arasement de l'édifice pour restaurer la continuité écologique du cours d'eau était pour lui une évidence dans un premier temps. Mais la biodiversité ordinaire et les activités de pêche pratiquées par les occupants des cabanons construits autour du lac sont aussi défendables, admet-il aujourd'hui.

"Mépris de classe"

La remise en cause porte également sur les messages des associations à l'égard des plus démunis. L'éducation nutritionnelle constitue un bon exemple qui fait débat. "Un travail sur l'éducation populaire à la consommation soutenable s'impose", selon Bruno Genty, président d'honneur de FNE. La stigmatisation de "ceux qui consomment des sodas" relève du mépris de classe, s'enflamme quant à lui Jean-Claude Balbot, administrateur du réseau Civam. "Il faut éduquer par le partage et non par le discours", tranche Christiane Botbol d'ATD Quart-Monde.

"Il est nécessaire de ne pas être juste dans la dénonciation", reconnaît Jean-David Abel, vice-président de FNE. "Si on n'est pas ouvert à l'autre, on va se scléroser", confirme Bruno Genty, qui insiste sur la préoccupation majeure pour les citoyens que constitue l'emploi. "La transition écologique va faire disparaître des filières et on doit travailler là-dessus", alerte ainsi Marie Fauvarque. "Les travailleurs ne doivent pas être au service de la transition écologique mais au cœur de cette transition", résume l'ancien président de FNE, qui cite l'exemple de la filière nucléaire.

Partager le plaidoyer social

L'intégration de la dimension sociale dans le combat écologique nécessite une diversité des regards, estime Alain Chabrolle. Il faut partager le plaidoyer social, ajoute le vice-président du Conseil national de l'air, rappelant que FNE travaille déjà avec la CFDT et l'Unsa, d'ailleurs toutes deux intervenantes dans ces universités d'été. A l'inverse, certaines organisations sociales se sont appropriées le combat environnemental. "Ce sont des victoires car il ne faut pas rester propriétaire de notre combat", se félicite Bruno Genty.

Cette rencontre entre le secteur environnemental et le secteur social est déterminante, estime aussi Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, qui œuvre à la rénovation énergétique des logements des ménages les plus modestes. D'une part pour éviter des erreurs, mais aussi pour être suffisamment nombreux pour peser sur ces sujets.

"On a vu des lobbies balayer en deux mois un travail mené par les associations pendant deux ans", témoigne le spécialiste du mal logement, qui s'attend à batailler ferme durant le quinquennat qui s'ouvre. Même si l'intitulé du nouveau ministère de la Transition écologique et solidaire semble montrer la voie.

Réactions4 réactions à cet article

 

Si l'écologie est sociale ,il serait bon que les organisations syndicales se mettent ,de leur côté ,à avancer des positions moins strictement économiques et plus ouvertes à la protection de la nature .

sirius | 04 juillet 2017 à 16h49
 
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"Notre moteur à FNE, c'est très souvent l'humanisme et la justice sociale"
Pourtant la FNE est sure d'elle lorsqu'elle annonce à propos du loup : "Le bétail tué par le loup est correctement indemnisé"
Exemple en élevage viande labellisée : un éleveur perd 1 reproducteur, il touche 160€ + 32€ pour les dégâts annexes (forfait de 20%) quelque soit leur importance, soit 192€.
Or les pertes s'élèvent à 240€ pour 2 agneaux non vendus (1 perdu l’année de l'attaque et 1 non vendu pour remplacement), plus 60€ pour le reproducteur non réformé (car prédaté). Pertes auxquelles s'ajoutent les dégâts annexes (avortements, blessures, refus de chaleurs...).
Mais plus que tout, nous n'élevons pas et nous n'élèverons jamais pour nourrir le loup car notre conception de l'humanisme et de la justice sociale n'est pas celle de la FNE.

ouragan | 04 juillet 2017 à 22h02
 
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"beaucoup de gens ne perçoivent pas la justice sociale dans le combat écologique." selon humanité et biodiversité
Voici ce qui m'est arrivé sur le site d'humanité et biodiversité : "Nous avons raccourci votre commentaire car vous oubliez que tout Membre inscrit sur le Site s’engage, en publiant ses contenus et en communiquant avec les autres Membres, à faire sienne et à propager la vision positive et volontariste des initiateurs du Site"
Or ce qui a été censuré n'est autre que les affirmations copiés collés de la LPO et de la FNE partenaire d'humanité et biodiversité.
Justice sociale ou dictature verte?

ouragan | 04 juillet 2017 à 22h12
 
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Bravo sirius!! En réalité ,l'écologie n'est pas sociale du tout. Elle a un coût très élevé par rapport à notre mode de consommation courant. Regardez les voitures électriques ou hybrides: même si beaucoup de français souhaitent se les offrir , ils ne le peuvent pas; idem pour la rénovation énergétique des logements ; les friches industrielles se trouvent souvent sur des communes démunies et coûtent horriblement cher à dépolluer etc, etc... c'est pourquoi l'écologie ne trouve que peu d'écho dans la population, même si tout un chacun est au fond persuadé de son bien fondé. Il faut donc absolument diminuer son coût, car c'est le nerf du problème.Et trouver des solutions écolos à coût constant, ce qui est possible avec beaucoup d'imagination et toujours une aide des pouvoirs publics. Après, il doit y avoir la mise en place de nouvelles conditions de consommation, qui doivent anticiper les dérives de la société de consommation que nous avons connue jusqu'ici: il ne s'agira plus de réparer mais de ne proposer que des produits ou des modes de production ou d'exploitation responsables, ce qui est encore possible, avec une réflexion en amont. Il faut du travail et une solide volonté politique que nous n'avons pas connue jusqu'à présent.

gaia94 | 17 juillet 2017 à 18h31
 
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