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Agriculture biologique : zoom sur les évolutions de la certification

Produits bio importés, discount, fraudes… Ecocert, organisme certificateur du bio depuis vingt ans, fait la lumière sur les revers du succès du bio. Plus que les ''contrefaçons'', ce sont les OGM qui constitueraient la principale menace sur le bio.

Gouvernance  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
Agriculture biologique : zoom sur les évolutions de la certification
   

''Au départ, notre rôle dans le bio était de crédibiliser les filières. Avec la forte croissance des produits bio, notre travail a pris de nouvelles proportions : il y a davantage de non conformités aujourd'hui. À l'origine, les acteurs du bio étaient des militants, aujourd'hui, il y a un certain nombre d'opportunistes'', explique William Vidal, président fondateur d'Ecocert, organisme certificateur qui fête ses vingt ans cette année. Mais les produits non conformes à la réglementation européenne sur les produits bio alimentaires ne constitueraient qu'une minorité. En moyenne, 3 à 5 % des lots contrôlés seraient interdits de commercialisation et 0,2 à 0,5 % des licences seraient retirées chaque année.

Parmi les risques de non conformité contrôlés : les résidus de pesticides, les OGM, l'ionisation chimique, les ingrédients interdits (additifs, auxiliaires technologiques), la pureté, les métaux lourds, les dioxines, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), les mycotoxines… Ces risques peuvent être volontaires ou involontaires (contamination de la parcelle, de la chaîne de transformation…).

Le bio menacé par les OGM ?

Mais désormais c'est le fort développement des cultures OGM dans le monde constituerait la plus importante menace pour les produits bio. Certaines cultures sont considérées comme fortement à risque : le soja et le maïs (du Brésil notamment) et le coton, notamment du Burkina Faso, à cause de leur coexistence avec des cultures OGM. ''Nous nous passerions bien des OGM. Nous sommes pour un moratoire. Les contaminations sont un danger pour l'agriculture bio, la coexistence n'est pas souhaitable et peut s'avérer très dangereuse'', estimeMichel Reynaud, vice-président d'Ecocert. L'alimentation du bétail est particulièrement concernée.

Dans le projet d'étiqueter les produits avec ou sans OGM, la directive européenne relative à la dissémination volontaire des OGM tolère un seuil maximum de 0,9 % de présence ''fortuite ou techniquement inévitable'' dans les produits non OGM. La France planche quant à elle à sa propre définition du ''sans OGM''. Le projet de décret prévoit qu'elle soit réservée aux denrées non transformées et aux ingrédients contenant moins de 0,1 % d'OGM. ''Il est très rare que nous certifiions les produits situés entre 0,1 et 0,9 %'', affirme Michel Reynaud.

Les produits importés sont-ils aussi bio que les produits français ?

 
Les étapes de la certification bio Pour obtenir la certification et afficher la mention ''produit issu de l'agriculture biologique'', les produits commercialisés en Europe doivent être contrôlés conformes au règlement européen sur l'agriculture biologique. En France, cinq organismes de contrôle (dont Ecocert) sont agréés par les pouvoirs publics.
Les sites de production et de transformation sont visités en moyenne une fois et demi par an (visite annuelle et contrôles inopinés), les audits portent sur l'ensemble du système de production : intrants, production, transformation, conditionnement, étiquetage, stockage, distribution, importation.
Sur la base des rapports d'audit, des chargés de certification évaluent la conformité des produits et délivrent ou non la certification ''agriculture biologique''.
La direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes audite chaque année les organismes certificateurs.
 
''Aujourd'hui, la plupart des fraudes proviennent essentiellement des pays européens. Les barrières à l'entrée du territoire européen sont dissuasives''. Voilà de quoi démonter une idée largement répandue comme quoi, les produits importés sont moins bio que les produits français ou européens ! ''Même si les réglementations sur le bio sont différentes d'un pays à l'autre, nous contrôlons toujours un produit selon les critères du pays destinataire'', explique Michel Reynaud.

Le règlement européen est strict : pour entrer en Union européenne, le produit bio en provenance d'un pays tiers doit être produit et contrôlé de manière équivalente à ce qui se pratique dans l'UE. Si le pays exportateur appartient à la liste positive des pays dont les règles de production et de contrôle sont considérées comme équivalentes aux règles européennes (Argentine, Australie, Costa Rica, Inde, Israël, Japon, Suisse, Tunisie, Nouvelle Zélande), le produit est automatiquement autorisé. Pour les autres pays (USA, Canada, Chine, Maroc…), les produits sont soumis à des autorisations d'importation qui relèvent de chaque Etat membre. ''Les contrôles sont plus rigoureux pour les filières considérées comme sensibles (cadre réglementaire moins fort, coexistence OGM…). Celles où l'offre est inférieure à la demande, de manière structurelle ou occasionnelle, sont également plus susceptibles de faire l'objet de tricheries. Nous sommes très attentifs''. Pour cela, Ecocert travaille avec l'association européenne des certificateurs bio (40 membres) afin d'échanger des informations sur les filières à risque. ''Nous contribuons également dans certains pays à développer la certification, en Algérie par exemple. Mais ça paraît aberrant d'importer des produits bio en France. Les produits importés ne sont pas moins bio que les produits locaux, seulement l'export ne doit pas être la finalité. L'agriculture bio doit à terme définir les règles de production locale et profiter à la population locale''.

Les produits discount, du bio au rabais ?

La question de la qualité des produits bio vendus dans les grandes surfaces ou chez les discounters est récurrente. Selon Michel Reynaud, ils respectent les mêmes règles de production, de transformation et de contrôle que les produits vendus dans des coopératives ou dans les circuits courts et n'ont pas une ''qualité biologique moindre''. Leur coût souvent inférieur s'explique de différentes raisons : ''les produits non transformés proviennent de grandes coopératives capables de fournir de grandes quantités et de réaliser des économies d'échelle. Il ne faut pas oublier que les aspects sociaux ne sont pas pris en compte dans la réglementation bio...''. Autre cas de figure : les produits transformés. ''Les producteurs jouent alors sur les ingrédients et non sur la qualité biologique des produits utilisés. Ils vont par exemple utiliser le plus possible des additifs autorisés, intégrer des ingrédients moins prestigieux (huile de tournesol au lieu d'huile d'olive…)''. Mêmes recettes que dans le conventionnel !

Pourquoi des labels privés plus stricts ?

Nature & Progrès, Bio Cohérence… Pourquoi des labels privés côtoient-ils encore la réglementation européenne sur le bio ? Le premier est un acteur historique du bio : les purs et durs. Le second a été créé à la suite de la mise en place de la nouvelle réglementation européenne sur le bio, pour contester l'idée que les différents cahiers des charges nationaux du bio, dont AB, devaient désormais épouser les exigences européennes, ce qui a été considéré comme un nivellement par le bas des exigences françaises (notamment sur l'élevage). ''Les cahiers des charges privés peuvent jeter le trouble dans l'esprit des consommateurs. Ils doivent s'inscrire dans un discours positif : s'ils ont des critères plus stricts, ils doivent élever le débat et jouer un rôle dans la révision permanente de la réglementation européenne''.

Réactions2 réactions à cet article

 

Globalement l'article est correct, cela dit les distributeurs type Carrefour font réellement du bio "carrefour" au rabais en ajoutant des produits non bio dans les compositions. Cela est scandaleux et pourtant le logo AB apparaît sur les produits. Quant aux OGM et au rayonnement ionisant, entièrement d'accord, le risque est particulièrement grand d'ou le controle très important d'Ecocert qui doit être absolument au-dessus de tout soupçon y compris pour les distributeurs français.....................

arthur duchemin | 06 avril 2011 à 11h13
 
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que d'ânerie et de donneur de leçon! qd on affirme il faut des arguments, carrefour ne fait pas du moins bio que biocoop ou naturalia (c'est d'ailleurs souvent les mêmes producteurs, transformateurs qui font des produits marque carrefour et des marques autres), le cahier des charges utilisées pour les contrôles sont les mêmes et les organismes de contrôles aussi. je vois pas pourquoi le contrôle ne se ferait pas sur carrefour et serait au dessus de tout soupçon pour les autres distributeurs...

PoLo | 11 avril 2011 à 12h45
 
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