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Sûreté nucléaire : l'ASN note un recul de la rigueur d'exploitation des centrales d'EDF

L'Autorité de sûreté nucléaire juge que la rigueur d'exploitation se dégrade sur les sites nucléaires d'EDF. Le gendarme du nucléaire pointe en particulier des opérations effectuées en dépit des règles de sûreté de base.

Energie  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
Sûreté nucléaire : l'ASN note un recul de la rigueur d'exploitation des centrales d'EDF

En 2019, le niveau de sûreté des activités et installations nucléaires a été « acceptable », a expliqué Bernard Doroszczuk, à l'occasion de la présentation annuelle du rapport sur l'état de la sûreté nucléaire en France en 2019 devant l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et techniques (Opecst). Pour autant, le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), estime que tous les acteurs du secteur ne sont pas logés à la même enseigne.

« La rigueur d'exploitation des centrales nucléaires d'EDF est en recul en 2019 », regrette Bernard Doroszczuk. Parallèlement, la sûreté des installations du cycle du combustible d'Orano « est demeurée à un niveau satisfaisant ». Quant à la situation du CEA, elle « est restée globalement satisfaisante », mais le contexte est « préoccupant » et l'ASN rappelle avoir constaté des « retards significatifs » dans la mise en œuvre de certaines mesures post-Fukushima.

Franchissement de barrières de sûreté bien connues

Interrogés par les parlementaires, Bernard Doroszczuk a précisé pourquoi l'ASN estime que la rigueur d'exploitation est en recul chez EDF. L'ASN a noté « le franchissement de certaines barrières de sûreté bien connues des exploitants ». De tels écarts sont « significatifs de la perte de culture des intervenants », pointe-t-il.

 
La rigueur d'exploitation des centrales nucléaires d'EDF est en recul en 2019.  
Bernard Doroszczuk, président de l'ASN
 
Le président de l'ASN a pris pour exemple un incident survenu à la centrale de Penly (Seine-Maritime). Normalement, il est interdit d'effectuer le même type d'intervention sur deux équipements similaires en même temps. En effet, si une erreur est faite ou si une pièce défectueuse est installée, le problème peut se retrouver sur les deux équipements. En cas de difficulté, les deux équipements risquent alors d'être défectueux simultanément, ce qui va à l'encontre du principe de redondance. C'est pourtant ce qu'a fait EDF à Penly en remplaçant, en même temps, des équipements de deux tableaux électriques redondants. Qui plus est, certaines pièces de rechange étaient défectueuses. L'incident n'a pas eu de conséquence, mais il a alerté l'ASN.

L'ASN a aussi relevé que les procédures à mette en œuvre en situation d'accident ne sont pas toujours adaptées. Par ailleurs, certains documents d'EDF utilisés lors de simulations d'incidents comportent « des erreurs, voire des instructions impossibles à exécuter », déplore Bernard Doroszczuk.

Des capacités d'ingénieries saturées

À ce reproche, s'ajoute une crainte pour les années à venir. En 2019, EDF a réalisé de façon satisfaisante une première quatrième visite décennale (VD4) d'un réacteur de 900 mégawatts (MW) sur le site de Tricastin (Drôme). Mais, insiste l'ASN, cette première, passée avec succès, a demandé des efforts d'ingénieries importants à EDF, notamment pour adapter au site des modifications pensées de façon générique par les services centraux de l'entreprise.

Or, les capacités d'ingénieries d'EDF « sont saturées », constate le président de l'ASN, qui rappelle que l'entreprise fait face à un important programme de maintenance pour prolonger la durée de vie de son parc nucléaire. Les délais d'étude s'allongent, ce qui constitue « un point de vigilance ». Et Bernard Doroszczuk de s'interroger à haute voix : Qu'en sera-t-il lorsque EDF devra mener de front quatre ou cinq visites décennales ? Est-ce que l'ingénierie d'EDF suivra ?

Réactions4 réactions à cet article

 

C'est un problème générique : les gouvernements successifs font "comme si" le nucléaire marchait tout seul. Pourtant, même le travail de routine y reste extrêmement exigeant, et on ne donne pas à l'exploitant les moyens d'y faire face (le dispositif ARENH est à ce titre une aberration, qui appauvrit sciemment EdF). Et dans le même temps, malgré une disponibilité et une sûreté excellentes (il faut interpréter les termes convenus de l'ASN, qui fait sérieusement le job), la quasi-totalité des médias et des politiques tapent sur la bête à coups redoublés et ne font que vanter des intermittentes rigoureusement incapables de remplacer ce socle de production. Cette schizophrénie, cette irresponsabilité ne peuvent pas à terme ne pas avoir des conséquences pratiques, hélas.

dmg | 29 mai 2020 à 11h38
 
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Parce que vous pensez que ça date d'hier soir ?

Les ports d'anniversaire dans la salle de contrôle dénoncés anonymement par un syndiqué CFDT évidemment minoritaire face à l'écrasante CGT, ça serait une légende ?

Y'a combien de temps que les membres de l'ASN ne sont pas passés chez le "zyeutistes" ? .

Sagecol | 29 mai 2020 à 18h26
 
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Oui ces problèmes d'inconséquences, d'erreurs, ne datent pas d'hier, en réalité ils ont toujours existé. Mais aujourd'hui avec ces centrales vieillissantes, le relâchement est strictement interdit. Or la perte d'une culture et des compétences appropriées devient terriblement dangereuse.S'il y a bien un domaine où l'approximatif et le manque de moyens ne devraient jamais avoir leur place , c'est bien dans le nucléaire.

gaïa94 | 30 mai 2020 à 00h10
 
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C'est effroyable à écrire, mais probablement que tant qu'un centrale française ne pètera pas .....

Sagecol | 01 juin 2020 à 07h13
 
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