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Centrales photovoltaïques au sol : comment limiter les conflits d'usage

Alors que les centrales solaires au sol vont se multiplier, le ministère de l'Environnement souhaite limiter les conflits d'usage, notamment dans les zones boisées. Certains projets visent déjà à concilier plusieurs activités sur le même site.

Energie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

Dans le projet d'arrêté relatif à la programmation des capacités de production d'énergies renouvelables, transmis au Conseil supérieur de l'énergie (CSE) il y a quelques jours, le gouvernement fixe un objectif de développement du photovoltaïque de 10.200 MW en 2018, avec une "part belle" pour les centrales au sol, souligne Philippe d'Argenlieu, chargé du solaire au ministère de l'Environnement. Ainsi, chaque année, 1 GW de projets au sol seraient sélectionnés par appel d'offres, contre 450 MW pour les toitures. La raison ? Les projets au sol sont moins coûteux que les installations sur bâtiment.

Cependant, ils peuvent poser des problèmes de compétition d'usage des sols et d'acceptabilité. "Ils seront fléchés vers les espaces artificialisés", assure le fonctionnaire. D'ores et déjà, les projets envisagés sur des mines, carrières ou autres sites pollués bénéficient d'une bonification. A contrario, ceux prévus sur des zones agricoles à fort potentiel agronomique ne sont pas éligibles et des restrictions existent pour les zones naturelles, littorales ou de montagne.

Le ministère envisage d'aller plus loin, en restreignant encore plus les zones éligibles. Il propose en effet, dans le cadre des discussions autour du cahier des charges du prochain appel d'offres (annoncé pour la fin de l'année), d'interdire les projets qui nécessitent une autorisation de défrichement. "Une partie non négligeable des projets actuels ont été réalisés sur des terrains forestiers et ont conduit à des défrichements. Ce sujet mérite d'être soulevé, notamment parce que les forêts jouent un rôle important pour le climat", explique Emilie Chafaux, adjointe à la législation de l'urbanisme au ministère de l'Environnement.

Le fait de couper des arbres pour installer des panneaux solaires risque également de susciter l'incompréhension du public. Si l'énergie solaire bénéficie aujourd'hui d'une image très favorable auprès des citoyens, quelques projets mal pensés pourraient très rapidement ternir cette image. D'autant que le cahier des charges en préparation prévoit de faire sauter le plafond de 12 MW par centrale

Un gisement réduit ?

Mais les professionnels craignent qu'avec cette limite, un grand nombre de surfaces disponibles ne soient plus éligibles. "Il est normal que les pouvoirs publics anticipent un fort développement des projets au sol et se préoccupent de leur acceptabilité, de l'usage des terrains et du bilan carbone : le solaire se doit d'être exemplaire. Mais il faut faire les choses intelligemment", analyse Daniel Bour, président d'Enerplan. "Aujourd'hui, 10 à 15% du territoire est utilisable. Mais si on appliquait la proposition du ministère, on aurait 50% de terrains en moins". Il reste cependant de la marge : selon lui, 50 GW de projets au sol couvriraient 1.000 km2 de surface, soit 0,2% du territoire.

L'Ademe, dans son scénario sur le mix énergétique de demain, estime qu'"un potentiel de 12 GW est mobilisable sur les terrains artificialisés, pollués ou en friche et de 13 GW sur des terrains naturels sans conflits d'usage", précise Romain Poubeau, responsable photovoltaïque pour le syndicat des énergies renouvelables (SER). Mais, souligne-t-il, les terrains artificialisés sont souvent plus petits, l'installation y est plus coûteuse donc les projets sont moins compétitifs. Cependant, admet-il, "la compétitivité des projets n'est pas le seul critère à prendre en compte. L'acceptabilité est également importante".

Le représentant du SER souhaite alléger la proposition du ministère en excluant les terrains urbanisés ou à urbaniser et en alignant les critères dans le public et dans le privé. En effet, l'autorisation de défrichement est nécessaire dès le premier arbre coupé sur un terrain communal, alors que sur une propriété privée, elle n'est exigée qu'à partir de 0,5 hectare, et même jusqu'à quatre hectares, selon les départements.

Enerplan souhaite de son côté que cette référence à l'autorisation de défrichement soit supprimée, au profit d'un bilan carbone du défrichement envisagé afin de prendre en compte l'impact réel d'une telle opération, qui est différent selon la nature du terrain, du bois... "Nous proposons de mettre, dans un premier temps, des points négatifs aux projets prévus sur des terrains à défricher, avant d'intégrer un bilan carbone lorsqu'il sera prêt", explique Daniel Bour.

Des expérimentations pour concilier centrales au sol et autres usages

Pour faciliter l'insertion des projets dans les territoires, certains acteurs planchent sur des projets qui concilient centrales au sol et autres usages. C'est le cas du développeur Neoen qui expérimente les parcs agrisolaires. Dans les Pyrénées-Orientales par exemple, le projet Ortoffa, de 25 MW sur 87 ha, allie la production solaire, un élevage ovin et une production apicole. De plus, le porteur du projet a compensé les 43 hectares de vigne qui ont dû être arrachés lors de l'implantation des panneaux. "L'objectif est d'augmenter la surface exploitable et l'acceptabilité du projet. Nous avons travaillé également à l'intégration paysagère en divisant le parc en dix lots respectant le parcellaire et en plantant des haies".

Fonctionnement d'une centrale au sol s'adaptant à la plante
 

Pierre Guerrier, directeur commercial de Sun'R, veut aller encore plus loin en lançant la "révolution agrivoltaïque". L'idée : concevoir des panneaux plus hauts, équipés de trackers, qui s'adaptent aux cultures. "Nous travaillons sur les besoins de la culture puis concevons des algorithmes de pilotage du tracking. Le panneau ne suit pas le soleil mais privilégie la plante", explique-t-il. Ainsi, selon le moment de la journée, le panneau solaire s'efface complètement pour permettre la photosynthèse, couvre partiellement la plante ou la protège totalement. Un premier démonstrateur va prochainement être installé sur 7 hectares de vignes dans les Pyrénées-Orientales. "Les applications sont infinies : la vigne, les vergers, le maraîchage…, s'enthousiasme Pierre Guerrier. Si on équipait 4% du vignoble français, on pourrait installer 16 GW !".

Réactions4 réactions à cet article

 

La photo elle-même est la preuve d'un discours médiatico-politique faussé.
Je n'ose imaginer des moutons en liberté au milieu de ces panneaux chers et fragiles , où la perturbation d'un seul élément annule la production d'un grand ensemble et où, de surcroît , de l'électricité sous haute tension circule dans des conducteurs relativement peu protégés, en tous cas accessibles aux dents de ces ruminants.
Mais cela touche le bon peuple et contrecarre l'argument que le photovoltaïque au sol empiète sur la surface de production.

VD69 | 19 avril 2016 à 17h49
 
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Bonjour,
Les partenariats entre des éleveurs d'ovins et des exploitants de centrales photovoltaïques existent bel et bien. C'est un système gagnant-gagnant où l'éleveur accède à des surfaces de pâturage supplémentaires et sécurisées, et où l'exploitant réduit ses coûts d'entretien. Lorsque ces partenariats sont prévus en amont, les panneaux sont rehaussés. Dans certains cas, les éleveurs perçoivent même des revenus supplémentaires...

Sophie Fabrégat Sophie Fabrégat
20 avril 2016 à 09h51
 
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Peut-être, mais sur la photo un mouton debout sur ses pattes arrières écrase les panneaux avec les dégâts que j'évoque. Prenez plutôt une photo avec panneaux "rehaussés".

VD69 | 20 avril 2016 à 10h29
 
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Ceci étant , cela n'en fait pas pour autant une production écologique d'électricité. Pour rappel, le temps de retour carbone de cellules chinoises installées en France métropolitaine est de l'ordre de 30 ans.
Si c'était une production économique, elle n'aurait pas besoin de subventions .... c'est donc une action purement politique ... que l'on me demande de financer.

VD69 | 20 avril 2016 à 14h30
 
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