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Comment les associations de protection de l'environnement affrontent la crise

Les associations de protection de l'environnement doivent trouver les moyens de surmonter la double crise qui les bouscule. Baisse des subventions et éviction des instances représentatives remettent en cause leur modèle. Retour d'expérience chez FNE.

Décryptage  |  Gouvernance  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com

C'est une double crise, économique et politique, à laquelle sont confrontées les associations de protection de l'environnement. Il n'est dès lors pas étonnant que France Nature Environnement (FNE) ait consacré l'un des ateliers de sa première université d'été à la résilience de ces associations. La fédération, à laquelle sont affiliées 3.500 associations, a réuni les 8 et 9 juillet dans l'Essonne plus de 200 participants sur le thème "Ecologie : la dernière utopie ?".

"Ca nous tombe sur la tête"

"Depuis 40 ans, on était installé. Brutalement, ça nous tombe sur la tête", déplore Thierry Dereux, administrateur de FNE et ancien président de Côte d'Armor Nature Environnement. Le "ça" vise d'abord la remise en cause du modèle économique des associations affiliées. "Nous sommes ultra-dépendants des subventions", confirme Charles Braine, directeur de Bretagne Vivante, qui évoque les financements européens, à travers le Feder, mais surtout ceux des collectivités locales : régions, départements, communautés de communes...

 
Il n'y a plus de subventions car il n'y a plus de fric et les arbitrages se font au détriment des associations.  
Claude Carsac, trésorier d'Essonne Nature Environnement
 
Or, une grosse partie du soutien public est remise en cause. Dans certains cas, du fait d'alternances politiques. C'est particulièrement vrai dans les régions Hauts-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) où les nouveaux présidents de région LR issus des élections de décembre 2015 semblent décidés à ne pas faire de cadeaux aux associations de protection de l'environnement. La situation est délicate, confirme Thierry Dereux, qui tente de bâtir FNE Hauts-de-France alors que Xavier Bertrand supprime les subventions et se positionne en pro-EPR et anti-éolien. "Il y a 18 salariés chez Picardie-Nature et nous perdons 200.000 euros de subventions", s'inquiète l'administrateur de FNE.

La situation "n'est pas brillante" non plus en Bretagne restée à gauche, indique Charles Braine, qui annonce une année 2017 difficile alors que l'association qu'il dirige emploie 65 salariés. "Il n'y a plus de subventions car il n'y a plus de fric et les arbitrages se font au détriment des associations", analyse Claude Carsac, trésorier d'Essonne Nature Environnement, dans une lecture moins politique de ce désengagement. En tout état de cause, cette crise interroge "la résilience de la forme associative parfois très salariée", relève Céline Labracherie, directrice de la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna).

Question des financements alternatifs

Se pose dès lors la question des financements alternatifs au soutien public. Il peut s'agir notamment des adhésions des militants ou des dons. "La proportion d'adhérents à Alsace Nature représente 0,1% de la population générale. Il n'est pas impossible de toucher 0,5 à 1% de la population générale", estime Maurice Wintz, vice-président de l'association alsacienne affiliée à FNE. "J'attends beaucoup de la campagne de notoriété que va lancer FNE cet été", indique Joseph Wolfers, directeur adjoint de FNE Paca. Une campagne que la fédération a lancée le 12 juillet en vue de "toucher le public le plus large possible", quelques semaines après avoir changé de logo.

"La notoriété n'est pas absolument nécessaire pour recruter", estime toutefois Maurice Wintz. Celui-ci donne l'exemple du Bund, association de protection de l'environnement allemande, qui recrute en porte-à-porte et se finance à hauteur de 95% par les dons. "Ce modèle est à étudier car il a fait ses preuves sur le terrain", indique le représentant d'Alsace Nature. Le taux d'érosion des militants ne serait que de 10% par an. A comparer aux chiffres avancés par le directeur de Bretagne Vivante, qui constate que 50% de ses nouveaux adhérents ne réadhèrent jamais. "Quel est le retour sur investissement de campagnes de porte-à-porte ?", interroge toutefois Céline Labracherie.

"N'est-il pas envisageable de mettre en place un système de financement sur le modèle de la taxe dont bénéficient les fédérations de chasseurs ?", propose la directrice de la Frapna. Une solution qui paraît toutefois difficile à mettre en œuvre dans le contexte politique actuel. "On n'a pas réussi à obtenir le reversement d'une partie du produit de la taxe sur les éoliennes offshore aux actions en faveur de l'environnement", déplore Thierry Dereux.

Conserver l'énergie militante et préserver l'emploi

Autre possibilité ? Se tourner vers le privé. "Un échange de bonnes pratiques au sein de FNE est nécessaire", suggère Claude Carsac d'Essonne Nature Environnement. Se pose également la question de la place des activités de bureaux d'études et de gestion déléguée de services publics menées par les associations dans ce contexte difficile.

"La crise pose la question de l'identité même de l'association", estime le directeur de Bretagne Vivante. "A-t-on vocation à n'être que des prestataires de délégation de service public ?", interroge ce dernier, alors qu'il entend aussi orienter l'association vers des activités plus militantes. D'où une équation difficile à résoudre : conserver l'énergie militante de l'association, avec des adhérents moins nombreux et vieillissants, tout en veillant à la préservation de l'emploi salarié.

"Etre un bureau d'études n'a pas d'intérêt en soi, estime également Céline Labracherie, mais si nous n'avons plus de capacité d'inventaire et de présence proche du terrain, on sera moins écouté car toujours dans l'opposition". Il s'agit de conserver l'activité salariée mais dans l'action participative plus que dans une activité de bureau d'études, résume la directrice de la Frapna.

"Volonté farouche de nous écarter"

Le hic vient de la suppression de cette activité participative du fait des nouvelles politiques des régions. Car au-delà de fermer le robinet des subventions, plusieurs régions entendent bien réduire aussi la représentation des associations. "Il y a une volonté farouche de nous écarter de toutes les représentations. Nous ne sommes présents ni au Sraddet ni au plan déchets", s'indigne Céline Labracherie, qui pointe la place désormais accordée aux chasseurs dans les instances représentatives par le président de région Laurent Wauquiez.

Le constat est identique dans les Hauts-de-France et en Paca, mais également dans d'autres régions où les politiques demandent aux ONG d'être moins virulentes. "Cela pose la question de la place des associations critiques dans le débat national", résume Maurice Wintz d'Alsace Nature. La tentation de rentrer dans le rang peut exister alors que des associations non rebelles, dont l'activité s'apparente à celle de bureaux d'études, obtiennent intégralement leur financement. Mais cette tentation semble vite rejetée. "Si on range nos griffes, on est mort", estime Charles Braine. "On ne peut pas céder là-dessus, sinon on ne sert plus à rien", confirme M. Wintz, sauf à sortir du jeu et à "cogner".

Une stratégie d'opposition musclée qui n'était jusque là pas dans les gènes de l'ONG. "Je suis venu à FNE car cette ONG ne fait pas que cogner. Il est important de conserver cela", estime Camille Dorioz, chargé de mission agriculture au siège de la fédération. FNE est un garant du dialogue social et les pouvoirs publics ont souvent besoin d'une société civile organisée, analyse également Jean-Christophe Gavallet, président de FNE Pays-de-la-Loire.

Sauf qu'à trop mettre la pression sur FNE et ses associations adhérentes, celles-ci pourraient être tentées de changer de stratégie. Le virage opéré par le hérisson de son logo, qui nous regarde désormais "droit dans les yeux", en marque sans doute la première étape.

Réactions3 réactions à cet article

 

Regardons du côté de l'ASPAS, aucune subvention et une efficacité juridique réelle. One voice également et aussi Greenpeace.
FNE et ses associations ont pris de mauvaises habitudes en faisant confiance aux politiques dont il ne faut jamais oublier le cynisme professionnel.

sirius | 15 juillet 2016 à 18h23
 
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Il y a longtemps qu'il fallait se poser la question du financement de certaines associations. Quand les budget sont essentiellement financés par de l'argent public cela n'est pas durable et ces associations sont bien évidement fragile et dépendantes de la bonne volonté des élus qui aujourd'hui ont d'autres priorités ce qui d'ailleurs se comprend très bien.

balxha | 18 juillet 2016 à 19h47
 
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La fédération, à laquelle sont affiliées 3.500 associations,
FNE joue-t-il la transparence ?
Combien d'associations de plus de 250 membres plus ou moins actifs ? Et de moins de 25 adhérents plus ou moins actifs ?
De fait combien de citoyennes et de citoyens plus ou moins actifs si on ne les compte pas plusieurs fois parce qu'adhérents de plusieurs associations membres en soi de FNE ?

Sagecol | 19 juillet 2016 à 09h06
 
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