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Actu-Environnement

Nicolas Hulot explique les raisons de son départ

MAJ le 28/08/2018

Choisi en mai 2017 par Emmanuel Macron, Nicolas Hulot a tenu un peu plus d'un an au Gouvernement. Confronté aux lobbys, il estime qu'il n'a obtenu que des petits pas et non la transition écologique promise par le Président.

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Nicolas Hulot explique les raisons de son départ

"Je prends la décision de quitter le gouvernement". Alors que la rumeur de son départ court depuis plusieurs mois, Nicolas Hulot a annoncé ce matin sur France Inter sa démission du gouvernement d'Edouard Philippe. Le ministre démissionnaire de la Transition écologique et solidaire évoque "une décision sereine, un acte de sincérité avec [lui] même" : il "ne [veut] plus [se] mentir [et] donner l'illusion que [sa] présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur" sur les enjeux environnementaux.

"Est-ce que nous avons commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à réduire l'utilisation des pesticides ? La réponse est non. Est-ce-que nous avons commencé à enrayer l'érosion de la biodiversité ? La réponse est non. Est-ce-que nous avons commencé à se mettre en situation d'arrêter l'artificialisation des sols ? La réponse est non", résume Nicolas Hulot au sujet de la politique environnementale française. A l'opposé, "on s'évertue à entretenir et réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres".

Un peu d'influence, mais peu de pouvoir

Sur le fond, le porteur du Pacte écologique de 2007 explique qu'il s'est souvent senti seul face aux urgences écologiques. "Je suis tout seul à la manœuvre", résume-t-il. Et de déplorer d'avoir "un peu une influence [mais] pas de pouvoir [ni] les moyens". Il dénonce aussi le mode de fonctionnement des hommes politiques qui ne se hissent pas au-dessus de la mêlée pour défendre un enjeu supérieur. Finalement, "nous faisons des petits pas, et la France en fait beaucoup plus, mais est-ce que les petits pas suffisent ?", interroge-t-il. Nicolas Hulot ne veut plus "s'accommoder" de ces petits pas alors que la situation "exige que l'on change de paradigme".

Il explique ainsi, qu'au cœur de sa décision figure aussi l'idée que sa présence au gouvernement légitime une politique qu'il juge inappropriée aux regards des enjeux. Jusqu'à ce matin, la crainte que son départ aggrave la situation l'emportait. Ce n'est plus le cas. "Si je repars pour un an, nous aurons quelques avancées, mais ça ne changera pas l'issue", déplore-t-il. Sa décision de quitter le gouvernement est "une décision d'honnêteté et de responsabilité".

Absence d'un affichage clair

Nicolas Hulot précise qu'il a pris sa décision lundi soir, à l'issue d'une journée à l'Elysée qui a abouti à l'annonce de mesures en faveur des chasseurs. Pour autant, la décision a été "murie cet été", explique-t-il. Il attendait de la rentrée politique "un affichage clair" qui engagerait l'ensemble du gouvernement (…) "avec [lui] à [ses] côtés pour porter, incarner, proposer, inventer, cette société économique (sic)". Cet espoir, né de "longues discussions" avec le Premier ministre et le Président de la République, est semble-t-il déçu. A l'opposé, il regrette de "[ne pas avoir réussi] à créer une complicité de vision avec le ministre de l'Agriculture".

Certains arbitrages, pris alors que Nicolas Hulot peinait à défendre son plan biodiversité, constituent-ils la goutte d'eau de trop ? Nicolas Hulot ne s'est pas exprimé sur la réforme de la chasse. Il a toutefois expliqué que la présence non-annoncée de Thierry Coste, lobbyiste de la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et conseiller "chasse" du candidat Emmanuel Macron, "est probablement un élément qui a achevé de [le] convaincre". Elle est "symptomatique de la présence des lobbies dans les cercles du pouvoir", critique l'ancien ministre qui veut "poser ce sujet sur la table". Cette réunion vient clore "une accumulation de déceptions".

Sur la forme, le ministre démissionnaire n'a prévenu ni Emmanuel Macron ni Edouard Philippe. Cette démission intervient alors que les derniers arbitrages sur la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) sont attendus. Nicolas Hulot défendait l'inscription du nombre de réacteurs nucléaires à fermer, ainsi que l'échéance pour le faire.

Philippe Collet et Sophie Fabrégat

Réactions20 réactions à cet article

 

Et le lobby écolo, représenté par les conseillers de l'Elysée et de Matignon (et par lui-même) ?
Hulot à l'environnement sous Macron, c'est comme François Guillaume (FNSEA) à l'agriculture sous Chirac...

Albatros | 28 août 2018 à 11h59
 
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On en dira ce qu'on veut, il s'est bien battu je pense. Sa crispation sur le nucléaire le mettait dans le camp des dogmatiques archaïques, dommage. Mais sans faire-valoir, ce gouvernement va avoir du mal à s'afficher écologiste. Mais c'est vrai, il n'y a qu'un indicateur qui vaille, c'est le PIB...

dmg | 28 août 2018 à 12h54
 
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Bravo HULOT!!!... Enfin un ministre qui n'est pas pourri, qui sait quand il est en accord (ou pas) avec ses idées, et qui a le courage de ses opinions!!... Si tous étaient comme lui, la politique aurait un autre visage, celui qu'on attend depuis des décennies!...
Nicolas HULOT, tu peux être fier de toi, tu sors la tête haute en ayant fait le maximum de ce que tu pouvais dans ce gouvernement corrompu par les lobbys (comme tous les précédents, du reste!)...

Cap'taine Haddock | 28 août 2018 à 13h41
 
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J'approuve (sans prétendre détenir la vérité).
Je me bat pour la qualité de l'eau (et sa répartition) et débouche immédiatement sur pesticides, nitrate, santé, biodiversité... et vis avec consternation l'influence des lobbies dans tous ces domaines.
Ces lobbies n'existent que par la lâcheté des politiques et de quelques "en place": conseillés politiques ou fonctionnaires. (peut être aussi avec parfois compromission et conflits d’intérêts) .
Il faut d’urgence virer le ministre de l'agriculture et éviter de mettre à sa place quelqu'un de nommé par la FNSEA.
Il faut faire une loi de séparation de l'Etat et de ces pervers.
Là je me suis lâché, ça fait du bien!

le neurone en vadrouille | 28 août 2018 à 16h25
 
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Mr Hulot ne pouvait pas imposer un chemin auquel lui même ne semblait pas adhérer. Il convient de rappeler que sa position sur le Glyphosate a été vivement critiqué, Il connait parfaitement les lobbies et dire qu'il n'a pas pu leur faire face reste un leurre...il n'a pas su réagir avec pondération et fermeté et le débat de la chasse le dérangeait. Beaucoup trop d'éléments qui pour quelqu'un qui n'a ni une formation d'écologue, ni de juriste environnemental. la gestion de l'environnement ne s'improvise pas, il serait grand temps de confier ce ministère comme celui de l'agriculture à des gens du métier, des spécialistes expérimentés qui loin de se préoccuper de leur image, sont avant tout des experts de terrain , efficaces dans des domaines complexes tel que les enjeux environnementaux.

juris eco conseil | 28 août 2018 à 22h38
 
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Les écologistes ne forment pas un lobby mais une forme de pensée désintéressée ,rien à voir avec les porteurs d'intérêts industriels ou agricoles qui hantent les ministères. Hulot ne pouvait rien contre la finance chère à Macron ,on peut lui reprocher de ne pas l'avoir constaté plus vite mais son départ ouvre les yeux à beaucoup.La mascarade prend fin .

sirius | 29 août 2018 à 09h55
 
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je trouve excellente l'analyse de "juris eco conseil". A la large défense de Hulot, ses soutiens au sein du gouvernement étaient quasi inexistant, et constater que les chasseurs avaient pignon sur rue et recevaient plus de considération que son ministère, c'est vraiment lamentable et ce constat justifie à lui seul qu'il ait pu claquer la porte.
Pour ce qui concerne le gouvernement quand on entend le porte-parole dire que Hulot a manqué de courtoisie peut-on lui renvoyer la question en demandant quelle courtoisie ses collègues ministres ont-ils eu vis-à-vis de Hulot? Et leurs réactions de ces dernières heures en dit long sur les solidarités et respect du monde politique.
En tout état de cause, oui son depart ouvre les yeux pour beaucoup.

le neurone en vadrouille | 29 août 2018 à 12h48
 
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Ce grand ministère n'a pas besoin d'un gourou ou d'un type qui se prend pour le Messie.
Que faisait Hulot sur les transports, l'énergie (à part laisser sa sous-ministre à la manoeuvre) ? Que faisait-il à part bêler son désarroi que je comprends mais on n'a pas besoin de gourous pour gouverner...
Il s'en va et c'est normal: un animateur télé qui faisait sponsoriser ses vacances par les grandes boîtes n'a pas à être rétribué pour nous prêcher de faire le contraire de ce que lui-même a fait toute sa vie et continue de faire. Si ses concitoyens adoptaient son train de vie, faites donc l'exercice de calculer l'impact sur le bilan environnemental de la France.
J'espère simplement qu'on ne va pas lui trouver un fromage comme celui donné à la chère Madame Royal...

Albatros | 29 août 2018 à 17h32
 
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Les écologistes sont donc de purs esprits, infiniment parfaits... suivant leur Guide suprême.
Non merci, pas de cette salade. Regardez les activistes WWF parmi les conseillers de l'Elysée et de Matignon. Et les cabinets de Greenwash qui prospèrent sur ce terreau (je nomme encore Greenext parmi les premiers et je serai censuré ici).
Excellente rentrée !

Albatros | 29 août 2018 à 17h45
 
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@ Albatros : je me permets de mettre en lumière votre pensée.

Lobby écolo = WWF, Greenpeace, LPO
Lobby agrochimie = Bayer, Syngenta/ChemChina
Lobby énergie prod élec = EDF
Lobby énergie prod non élec = Total, SUEZ
Lobby agriculure = FNSEA, Limagrain

Vous voulez que je continue ou vous avez compris ?

On parle de lobbies disposant de M€, voire +ieurs Mds €...

Nicolas | 30 août 2018 à 01h39
 
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Et le rapport sur la construction de 6 EPR supplémentaires à envisager, ça vous inspire quoi ??... Quand on sait que le premier n'est pas encore sécurisé, qu'il ne sera pas rentable, et qu'on continue encore à produire et stocker (sic!..) des déchets qui mettront des centaines voire des milliers d'années à ne plus être dangereux pour l'humanité!!... Allez donc faire un tour dans la zone contaminée de Tchernobyl, avant de casser du sucre sur le seul mec dans ce pays qui essaie de faire prendre conscience aux gens que la planète cours à sa perte!... Cap'taine Haddock.

Cap'taine Haddock | 30 août 2018 à 13h41
 
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@Cap'taine : stratégie minable de la filière...ça devient kafkaïen.

@Albatros : je vous invite à écouter la chronique sur France Inter de Thomas Legrand du 30/08 sur les lobbies, définition, confusion, etc.

Nicolas | 30 août 2018 à 16h19
 
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Xavier Bertrand, le président des Hauts de France (qui a raison d'être contre les éoliennes terrestres qui pullulent dans cette région) , mais qui estime que les chasseurs sont les meilleurs défenseurs de l’environnement, veut qu'une EPR se substitue aux six réacteurs de Gravelines, la plus grosse concentration française

Quelle ignorance crasse de la réalité nucléaire

Sagecol | 30 août 2018 à 16h56
 
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Lorsque j'étais étudiant, j'ai adoré suivre les émissions USHUÏA de N. HULOT. Mais rapidement, alors qu'on ne parlait pas encore de bilan carbone, j'ai compris qu'il s'agissait d'un délire en matière logistique et d'impact sur la planète. La litanie des logos de sponsors tous plus verts que verts (d'ailleurs jusqu'à la Fondation Nicolas Hulot où l'on retrouve le groupe AVRIL de feu Xavier BEULIN !!!) a achevé de m'en détourner. Je comprends cependant que le bonhomme soit très populaire : ça parle à bon nombre de télespectateurs, un type qui s'est éclaté partout sur la planète avec de gros moyens et qui touche encore pas mal de royalties. Puis, à l'aube de la cinquantaine, tout un chacun peut aussi se donner bonne conscience en déclarant à qui veut l'entendre qu'il ne faut pas abuser du sort de la planète. Ah ça non, pas bien !
Je caricature sans doute un peu, mais j'avoue que la personnalité complexe de M. HULOT me pose problème.
Pour autant, je suis convaincu de sa sincérité d'aujourd'hui et je pense qu'il a fait ce qu'il pouvait au gouvernement. Mais jamais il n'avait encore nagé dans des eaux aussi troubles au beau milieu de bancs de piranhas et de grands squales en maraude toujours prêts à se tailler de beaux morceaux.
Le problème du lobbying d'intérêts catégoriels qui ne défendent pas l'intérêt général reste entier et j'apprécie le classement publié par Nicolas, très parlant.

Pégase | 30 août 2018 à 21h48
 
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Nicolas, quelle pédagogie !
Sachez que les lobbies ne sont pas uniquement à comptabiliser en euros, il y a aussi l'intox et la peur qui sont de puissants leviers, notamment dans les sphères politico-médiatiques.
Sciences-Po est aussi un nid assez prolifiques de faiseurs de peurs, qui fournit pléthore de conseillers - j'allais dire de "consciences" - sans nécessairement une grande puissance financière.
Excellente journée.

Albatros | 31 août 2018 à 14h17
 
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Ben, pour exercer une activité de lobbying en faisant appel à des cabinets d'avocats et/ou une cohorte d'anciens conseillers de cabinets, eux-mêmes issus de grandes écoles publiques ou de commerce, mieux vaut avoir des moyens dodus car pour exercer leurs talents, ces gens là attendent d'être très correctement rémunérés. Et là, les ONG ne sont pas concurrentielles.
Elles ne peuvent pas non plus être autant influentes pour les raisons que N. HULOT a expliqué : l'idéologie dominante dans les sphères du pouvoir est celle de l'ultra libéralisme, qui ne s'embarrasse pas de considérations autres que celle de la maximisation du profit financier immédiat ou à court terme. Ce qui est parfaitement incompatible avec la nécessité de préservation/reconstitution des grands paramètres naturels (biosphère, atmosphère, hydrosphère, etc.) permettant une vie foisonnante sur Terre.

Pégase | 01 septembre 2018 à 14h06
 
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Je lis avec émerveillement la déclaration de Christiane Lambert : « les ONG écologistes, éternelles insatisfaites » ont eu raison de Nicolas Hulot.
Slim, bang, boum, et avec sa Madame, faut-il vous l'aplatir.
Nous avons la une des meilleures démonstration du culot de la FNSEA qui n'hésite jamais à proférer ce type de contrevérités et se comporte ainsi dans toutes les instances.
Allez : pour le plaisir par exemple : nous allons nous engager fortement dans le plan Echophyto 2, mais:... ça va être long et ça va être cher! schpoung! Traduction : vous n'êtes pas prêts de voir les résultats et on va pomper un maximum de fric, de flouse, de fraîche. AHHHH (long soupir de satisfaction).

le neurone en vadrouille | 03 septembre 2018 à 11h05
 
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...L'art de parler pour ne rien!...

Cap'taine Haddock | 03 septembre 2018 à 13h59
 
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Pourquoi voulez-vous aplatir Brigitte et son mari comme un boucher ?

"Avec çà madame" vous rendez un peu moins incrédible

Mais d'accord avec vous : être dans sa vie quotidienne écolo, et pas éGolo, ni rigolo d'ailleurs, et "en même temps"soutenir Macron, ça ne pouvait pas marcher.

C'est pourquoi, parmi d'autres, il est heureux qu'un Orphelin, ex-patron déchets de l'ADEME, commence publiquement à douter.

Sagecol | 03 septembre 2018 à 14h38
 
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L'ADEME est depuis longtemps devenue un refuge pour recaser des militants et politiques écologistes ou syndicalistes... Ce fut le cas avec M. Orphelin comme avec M. Léchevin.

Albatros | 03 septembre 2018 à 15h06
 
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