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Éolien : l'émergence d'une filière française suspendue aux appels d'offres offshore

Selon PwC, la France aurait de nombreux atouts permettant de développer une filière éolienne. Cependant, le temps presse et l'annonce rapide de l'appel d'offres pour l'éolien offshore reste un préalable incontournable.

Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
   
Éolien : l'émergence d'une filière française suspendue aux appels d'offres offshore
   

Selon PricewaterhouseCoopers (PwC), "la France dispose d'atouts indéniables lui permettant de se positionner sur le marché éolien offshore." Il s'agit en particulier de conditions géographiques favorables, avec 3.500 km de côtes la France a le deuxième potentiel européen, d'un savoir-faire industriel fort et prêt à être mobilisé, et d'une première structuration de la filière au travers de clusters et de pôles de compétitivité.

Cependant, le retard français dans la maîtrise de la fabrication des éoliennes et le manque de visibilité sur le développement du marché national viennent nuancer les éléments positifs soulignés dans l'étude de PwC sur la création d'une filière industrielle française de l'éolien offshore. Effectivement, malgré un potentiel identifié de longue date, il n'y a actuellement aucun parc éolien offshore en France.

L'appel d'offres offshore, un préalable indispensable

La France a donc tous les atouts pour rattraper son retard dans l'éolien en général et dans l'éolien offshore en particulier. Néanmoins, les consultants de PwC mettent une condition de poids au développement de la filière française : que les appels d'offres pour l'éolien offshore, visant une puissance installée de 6 GW, soient effectivement lancés, et cela le plus vite possible.

Or, le premier appel d'offres, maintes fois annoncé, n'est toujours pas lancé. Quant à l'annonce par Nicolas Sarkozy de l'abandon du projet de parc éolien au large de l'île de Noirmoutier, il ne fait que jeter le trouble sur la volonté politique au plus haut de l'Etat. Ainsi, si le ministère de l'écologie se veut rassurant, certains représentants de la filière commencent à faire état de craintes relatives à l'abandon pur et simple de l'appel d'offres.

"Officiellement, le gouvernement explique que le retard pris par l'appel d'offres laisse le temps à la filière française de se structurer", explique Alexis Chauffert-Yvart, l'auteur de l'étude de PwC, ajoutant qu' "officieusement le retard serait lié au dernier remaniement ministériel."

Le développement de l'éolien français souffre aussi d'une plus grande opposition des riverains, par rapport aux autres pays européens. Une opposition qui serait liée pour les consultants de PwC à trois facteurs : des aspects "culturels", des acteurs "franchement opposés", notamment certains pêcheurs, et une absence de concertation en amont des projets.

Le potentiel de la Grande-Bretagne en ligne de mire

Au-delà de la création de parcs éoliens au large des côtes françaises, PwC identifie le marché anglais comme une seconde source de développement pour la filière française. En effet, la Grande-Bretagne vise une capacité de 33 GW, soit environ 7.000 éoliennes, à l'horizon 2020, un potentiel dont les entreprises françaises pourraient profiter. "La Grande-Bretagne souffre d'un manque d'infrastructures portuaires adaptées et les capacités commencent à être saturées", justifie le consultant de PwC.

A ce titre, le port du Havre semble bien situé. Il bénéficie de nombreuses compétences connexes à l'éolien, en particulier en matière de métallurgie, de manutention ou d'ingénierie électrique, et de la proximité avec la Grande-Bretagne. De même, les ports de Brest et Lorient sont bien positionnés dans l'optique du développement de l'éolien offshore en Manche.

Cependant, PwC estime que la filière ne pourra tirer profit du marché anglais qu'à partir de 2015 et cela à condition que soit lancé l'appel d'offres français… "Les industriels français pourraient viser des marchés à l'exportation, mais il est indispensable d'acquérir de l'expérience en développant les parcs français au préalable", résume Alexis Chauffert-Yvart.

La Manche offre le meilleur potentiel

Concrètement, PwC estime que le parc éolien européen devrait produire environ 18% de l'électrique de l'Union à l'horizon 2035, dont la moitié proviendrait de l'éolien offshore. Il y a donc un potentiel important qui permet une croissance forte du secteur. Cette dynamique est déjà à l'origine de 150.000 emplois, alors même que la production électrique éolienne actuelle représente environ 4% du total.

Quant à l'offshore, les consultants de PwC anticipent que la puissance installée annuellement en offshore dépassera celle des installations terrestres à partir de 2027. Ils prévoient une baisse des nouvelles installations terrestres à partir de 2020, ce qui fera de l'éolien offshore le véritable moteur de l'industrie européenne.

Dans ce contexte, les 3.500 km de côtes françaises, répartis sur quatre façades maritimes, représentent un atout de taille. Seul bémol, les côtes françaises plongent rapidement à de grandes profondeurs, ce qui réduit les zones possibles pour l'implantation des mâts. Dans ce contexte, la manche offre, avec 16 projets identifiés, le plus fort potentiel, suivie de la façade Atlantique (moins d'une dizaine de projets) et de la Méditerranée (4 projets). Problème néanmoins, les deux seuls projets français, celui de la Côte d'Albâtre et celui des Deux Côtes, ont "un niveau d'avancement moyen voire faible."

Cinq pôles de compétence pourraient être créés

Si actuellement, la France ne possède pas une forte filière industrielle éolienne, les consultants de PwC sont néanmoins optimistes. Ils estiment en particulier que les annonces d'investissements à l'étranger, émanant de groupes français, sont autant "de signaux forts". Il s'agit en particulier de l'acquisition de Multibird par Areva et du rachat d'Ecotècnia par Alstom. De même, les implantions étrangères en France, à l'image de la création par Enercon d'un site de fabrication de mâts dans l'Oise ou du site de pré-assemblage installé dans le port de Dunkerque par Vestas, constituent autant de signes de l'intérêt suscité par le potentiel du marché éolien français. Seule la fabrication des turbines semble échapper à cette logique puisqu'il n'existe pas de projet de site en France et qu'il est possible de les importer d'Espagne, du Portugal ou d'Europe du Nord.

Enfin, PwC a identifié neuf pôles de compétitivité misant sur le développement de l'éolien en France. Il en existe déjà quatre dans le domaine de l'éolien terrestre (Net-Wind, Pôle éolien Lorrain, S2E2 et Capenergie) auquel un cinquième pourrait se joindre (Wind4future). Quant à l'éolien offshore, quatre pôles pourraient être créés : Le Havre Développement, Bretagne pôle naval, Néopolia et l'Ecoparc de Blanquefort.

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