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Trame verte et bleue : premières expérimentations

Volet majeur du Grenelle de l’environnement, la trame verte et bleue (TVB) en est au stade expérimental. Elle s’élabore dans les régions sous l’égide des Schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE) et mobilise les acteurs les plus divers.

Biodiversité  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com
   
Trame verte et bleue : premières expérimentations
   

En France, le réseau de transport de l'électricité compte quelque 80 000 kilomètres de corridors, dont 70% traversent des zones agricoles, 20% des zones boisées, et 10% des zones urbaines. Pour éviter le contact avec les câbles à haute tension, tous les arbres alentour sont coupés. C'est ainsi que la forêt landaise a été défrichée au passage des pylônes, dégageant des couloirs enherbés et laissés à l'état sauvage. Sur ces emprises de lignes apparaissent gentianes, papillons, au total une trentaine d'espèces par pylône. « Nous avons eu l'idée de valoriser ces tranchées forestières pour en faire des tranchées mellifères », expose Jean-François Lesigne, de RTE France, lors d'un colloque organisé le 25 janvier à l'Assemblée nationale par le Réseau biodiversité pour les abeilles.

Volet majeur du Grenelle de l'environnement, la trame verte et bleue (TVB) en est au stade expérimental. Elle s'élabore dans les régions sous l'égide des Schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE), dont les concertations devraient théoriquement aboutir fin 2012, « mais il est probable que les schémas de cohérence écologique n'auront pas encore tous abouti à cette échéance », précise Fabienne Allag-Dhuisme, chef du projet Trame verte et bleue au ministère de l'Ecologie. Du réseau RTE aux agriculteurs en passant par les Schémas de cohérence territoriale (SCOT) et les Plans locaux d'urbanisme (PLU), la « TVB » articule l'existant avec un projet de corridors écologiques. Objectif : enrayer l'isolement génétique des espèces en leur permettant de retrouver des habitats. La trame verte se définit comme un réseau cohérent d'écosystèmes et d'habitats de substitution compatible avec les exigences vitales des espèces. Tout le monde est censé y trouver son compte : les espèces animales et végétales formant la biodiversité ordinaire, et les usagers humains - urbains renouant avec la nature et ruraux préoccupés de l'étalement urbain.

Une expérimentation en Champagne

Site pilote de trames vertes et bleues, le programme Symbiose, localisé au nord-ouest de la Champagne crayeuse, a démarré en 2009, avec le soutien de nombreux partenaires, collectivités, associations, Chambre d'agriculture... Son territoire d'expérimentation concerne 35 communes et couvre une surface de 36.650 hectares. La limite ouest de ce territoire est localisée aux portes de la plus grande agglomération de la région Champagne-Ardenne, l'agglomération rémoise et ses 200.fores000 habitants. « Principalement dévolu aux grandes cultures, qui couvrent environ 70 % du territoire, cet espace rural est doté, ou localisé à proximité, d'entités naturelles riches et remarquables (camps militaires, vallées, boisements relictuels...) qui lui confèrent une place importante dans les réflexions relatives au maintien d'une flore et d'une faune diversifiée », expose Jérémy Miroir, chargé de projet. L'objectif est de favoriser le maintien de la faune et de la flore en zone de grandes cultures. Grâce à la concertation, il s'agit de sensibiliser les agriculteurs, méfiants vis-à-vis d'aménagements qui entraîneraient des coûts, voire des pertes de rendements.

« La trame verte ne marchera que si, dans le schéma contractuel, les agriculteurs sont mis à contribution et si cette trame est utilisée pour faire cesser la perte d'espace agricole face à l'urbanisation. En Vendée, ce sont 1.500 hectares qui partent tous les ans », avertit Joël Limouzin, éleveur en Vendée et représentant de la FNSEA. Les agriculteurs voudraient voir valoriser les « services écologiques » rendus par leur activité, « et ce n'est pas clair dans le dispositif », ajoute M. Limouzin. Dépêché par le ministère de l'agriculture, Roger Jumel se veut rassurant : « La TVB devrait être du gagnant-gagnant. Elle sera la meilleure protection des espaces agricoles contre l'urbanisation ». Même discours du côté du ministère de l'Ecologie : « La Trame verte et bleue n'est pas une mesure toute faite, c'est un processus de concertation à partir des dispositifs contractuels existants dont la vocation est de préserver l'attractivité des territoires », rappelle Fabienne Allag-Dhuisme, qui annonce la mise en place d'un centre de ressources en ligne pour « mutualiser les expériences capitalisées des acteurs engagés dans cette démarche innovante ».

Nouveaux acteurs de terrain

La Trame verte serait-elle une ingérence dans les territoires agricoles ? Pour Jean-Marc Petat, directeur Environnement de BASF Agro, le projet Symbiose (dont BASF est partie prenante) est « un bon exemple de démarche collégiale et représente le modèle à suivre : très concret, sur le terrain. Le maître-mot est le pragmatisme », croit le représentant du numéro 1 de la chimie mondiale. Mais certains s'étonnent de ces « bureaux d'étude, qui chercheraient à faire plus vert que vert », selon l'expression de Julien Marre, administrateur des Jeunes agriculteurs (CNJA). Et observent l'arrivée de nouveaux acteurs de terrain.

Filiale de la Caisse des dépôts et consignations, créée en 2008, la CDC Biodiversité veut apporter une ingénierie écologique et financière aux aménageurs soumis à la nécessité de compenser, au titre de la loi de 1976 sur la protection de la nature, et, plus récemment, du Grenelle de l'environnement. La CDC Biodiversité propose des solutions aux aménageurs qui ont des hectares à compenser. C'est le cas pour l'autoroute Langon-Pau (A 65), « premier projet post-Grenelle nécessitant d'être compensé par 1400 hectares sur 60 ans », explique Jean-Christophe Benoît, de la CDC Biodiversité. La CDC se charge de trouver des terrains, de sécuriser le foncier. Elle constitue parallèlement des stocks de biodiversité mis à disposition des maîtres d'ouvrage, comme dans la plaine de la Crau (Bouches-du-Rhône), où la CDC Biodiversité a racheté 357 hectares de vergers industriels, dont elle s'emploie à reconstituer le couvert végétal afin d'y faire revenir les outardes.

Réactions2 réactions à cet article

 

La lecture de cet article est assez édifiante. Le concept flou de la trame verte et bleue, que personne n'arrive à définir, en particulier ses auteurs, serait-il en voie de récupération accélérée par des entreprises en mal de "greenwashing"? Le MEDDM - MEDDAT ou quel que soit son nom actuel, déjà très sensible au lobbying, arrivera-t-il à ne pas se noyer dans ses propres contradictions et à laver plus vert que vert dans cette eau de vaisselle ? Saura-t-on un jour qui se cache derrière les mystérieuses initiales TVB ? La petite Grenelle retrouvera-t-elle ses parents près de la caisse n°1 ?
Cher public, vous connaîtrez la réponse à ces questions en suivant les aventures de notre passionnant feuilleton de science-fiction "La Trame Verte et Bleue de l'Espaaââââce".

CapMargaret | 28 janvier 2011 à 13h00
 
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Je suis assez étonné que l'installation de lignes électriques en pleine forêt des Landes et le défrichement qui va avec soit présenté comme un facteur d'augmentation de la biodiversité voire comme un corridor. Une ligne à haute tension est d'ABORD un facteur de fragmentation, qu'on peut ensuite éventuellement valoriser en corridor pour certaines espèces.
Et dire que le réseau de transport d'électricité compte 80 000 km de corridors est carrément scandaleux et mensonger. Ce sont d'immenses barrières qui empêchent le passage de nombreuses espèces... Et qu'on aménage en corridors pour mettre un coup de peinture verte à des projets avant tout destructeurs : c'est toujours mieux que rien, mais demain EDF va devenir un protecteur de l'environnement, n'exagérons rien !

Laurent | 28 janvier 2011 à 13h28
 
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