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Des financements climatiques en quête de visibilité

L'identification des flux financiers alloués à la protection du climat demeure un exercice complexe. Elle a cependant progressé, analyse l'OCDE, qui, dans un rapport préparatoire à la COP21, estime à 62 milliards de dollars l'aide globale apportée au climat en 2014. 12 octobre 2015

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Environnement & Technique N°353 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°353
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Lors des assemblées générales de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) qui réunissaient la plupart des ministres des finances de la planète, à Lima (Pérou) la semaine dernière, l'OCDE a présenté Climate Finance in 2013-14 and the USD 100 billion goal, une estimation actualisée des financements climatiques publics et privés, réalisée en collaboration avec la Climate Policy Initiative (CPI) dont les rapports Landscape of Climate Finance ont fait référence ces dernières années.

Commandé par la France et le Pérou dans la perspective de la COP 21, ce rapport, très attendu, comptabilise les mesures mises en oeuvre depuis l'engagement, pris en 2009 à Copenhague, de mobiliser 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020 pour financer des politiques climatiques dans les pays en développement.

62 milliards de dollars en 2014

En 2014, la Commission des finances (Standing Committee on Finance) de la Convention Climat publiait une évaluation bi-annuelle des financements allouées au climat, estimés à une fourchette comprise entre 40 et 175 milliards de dollars, sur la base d'une méthodologie différente, assortie de recommandations pour améliorer la cohérence et la vérification de ces financements. Les critères d'évaluation ne sont en effet pas stabilisés, et résultent d'un ensemble de principe et de "marqueurs" (Rio markers) établis dans le cadre de la Convention climat.

Les chiffres annoncés par le rapport de l'OCDE sont encourageants. Les financements publics et privés mobilisés par les pays développés à l'appui d'actions climatiques dans les pays en développement ont atteint 62 milliards de dollars en 2014 contre 52 milliards en 2013, soit en moyenne 57 milliards de dollars par an au cours de la période 2013-14, dont environ 71% en provenance de fonds publics.

"Nous sommes au milieu de la période d'engagement et nous avons fait plus de la moitié du chemin en termes de financement, mais il reste clairement des progrès à accomplir", a déclaré le Secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurría, lors de la présentation à Lima de l'estimation, à la veille d'une réunion ministérielle sur le financement climatique. Dans une enquête sur le système financier également présentée à Lima, le Pnue a constaté qu'une "révolution silencieuse" était en route alors que les décideurs politiques et les régulateurs "prennent des mesures pour intégrer les considérations relatives au développement durable au sein du système financier dans le but de les adapter au 21ème siècle".

Peu de financements pour la résilience des plus pauvres

Le rapport a été établi sur la base de données communiquées par les pays et les institutions financières. Les financements en rapport avec des projets liés au charbon n'ont pas été pris en compte. Le périmètre de l'estimation de l'OCDE se fonde sur cinq sources principales : les financements publics bilatéraux (aide publique au développement), les financements publics multilatéraux (Fonds pour l'environnement mondial, Fonds d'adaptation, Banques multilatérales de développement), les soutiens aux exportations (de technologies type énergies renouvelables), les fonds privés bi-latéraux et multilatéraux.

Les financements publics bilatéraux et multilatéraux confondus ont représenté plus de 70% des apports durant la période 2013-14, tandis que les financements privés mobilisés ont drainé plus de 25% et les crédits à l'exportation la part restante. Plus de trois quarts du total estimé des financements climatiques ont soutenu des activités d'atténuation, un sixième environ a été consacré à l'adaptation et une faible proportion a appuyé les deux objectifs.

La difficulté de l'exercice de l'OCDE a été de déterminer un périmètre pertinent pour les aides au climat : quels types de projets (charbon propre ou pas ?), quels types de flux financiers - dons, prêts ou garanties -, quels acteurs – publics ou privés -, comment dissocier des flux mêlés, les identifier, éviter les doubles comptages ? Le rapport a suscité les critiques de la Chine et de l'Inde qui ont pu poser la question de l'additionnalité de ces fonds et de leur cohérence par rapport à l'engagement de Copenhague en 2009. Celui-ci stipulait qu'il devait s'agir de fonds majoritairement publics et additionnels, c'est-à-dire spécifiquement et intentionnellement voués à des politiques climatiques (par rapport à des scénarios tendanciels).

Il en ressort qu'au bout du compte, seule une part marginale des financements, 16%, est effectivement destinée à l'adaptation des populations les plus vulnérables au changement climatique. Oxfam estime qu'entre 1 et 2 milliards de dollars par an seulement sont destinés à l'adaptation des populations les plus vulnérables sous forme de dons. "Malgré les efforts notables des gouvernements français et péruvien pour parvenir à un consensus concernant l'objectif des 100 milliards de dollars, le message qui ressort de ce rapport de l'OCDE est plutôt clair : les pays et les communautés les plus vulnérables sont encore les grands perdants des financements climat", explique Romain Benicchio, porte-parole d'Oxfam France. Selon l'OCDE, les activités qui améliorent la résilience aux changements climatiques sont la plupart du temps intégrées aux secteurs de l'agriculture et de l'eau. Elles sont donc difficiles à identifier comme telles.

Premiers balbutiements du Fonds vert pour le climat

Par ailleurs, ces fonds n'ont pas tous vocation à abonder le Fonds vert, entité spécifique née de l'accord de Copenhague en 2009, mais opérationnelle seulement depuis l'année dernière. Seule une partie des 100 milliards de dollars transiteront par le Fonds vert directement. Le reste des financements publics se composent d'engagements bilatéraux, et de l'action des banques multilatérales de développement, comme la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement, la Banque Interaméricaine de développement ou encore la Banque Asiatique de Développement. Ce ne sont pas des fonds spécifiquement dédiés. D'où les interrogations sur leur additionnalité.

Au total, avec les annonces des pays du Nord, la capitalisation initiale du Fonds atteint 10 milliards de dollars. Ces financements n'étaient pas encore comptabilisés au Fonds en 2014, ce qui fait que l'étude de l'OCDE ne les a pas pris en compte. La finance climatique circule dans de multiples directions. Le Fonds vert pour le climat est aussi abondé par les pays du Sud, parmi lesquels Mexique, Indonésie, Panama, Mongolie. Les pays en développement ne sont pas seulement des récipiendaires : plus de 11% de la finance climatique provient de flux sud-sud via des organismes tels que la Banque islamique de développement, les Emirats arabes unis, la Banque de développement des BRICS, la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures.

Les pays du sud entendent qu'une partie importante des fonds climat passe par le Fonds vert. En l'occurrence, le groupe Afrique a proposé que ce Fonds véhicule 30 milliards de dollars sur quatre ans. La directrice du Fonds Héla Cheikhrouhou estime que les 10 milliards annoncés dans les quatre prochaines années sont "un bon début", mais encore loin d'être significatifs.

En attendant, le Fonds vert pour le climat s'apprête à approuver les premiers projets, que les entités accréditées pourront mettre en œuvre. Parmi les organisations accréditées cette année, le Centre de suivi écologique (CSE) du Senegal, qui combat la désertification et protège les zones côtières, le Fonds de promotion des aires protégées du Pérou, le Secrétariat du programme régional de l'environnement du Pacifique, basé à Samoa, le Fonds Acumen qui œuvre à améliorer les conditions de vie des communautés paysannes en Afrique et en Asie dans le domaine de la santé et des énergies renouvelables. Des organisations internationales telles que la Banque de développement asiatique, la banque allemande KfW(Kreditanstalt für Wiederaufbau), le Programme des Nations unies pour le développement, et même la Deutsche Bank, peu réputée pour ses financements climatiques, ont été accrédités.

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