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Hiver 2021 : RTE redouble de vigilance face à l'arrêt d'un nombre record de réacteurs nucléaires

Un mois après de premières prévisions rassurantes, RTE affiche une plus grande vigilance. Malgré des températures plus douces, un niveau historique d'indisponibilité du parc nucléaire pourrait mettre le réseau électrique en difficulté.

Energie  |    |  Félix Gouty  |  Actu-Environnement.com
Hiver 2021 : RTE redouble de vigilance face à l'arrêt d'un nombre record de réacteurs nucléaires

Alors que la nouvelle année approche à grands pas, la tension est palpable sur le réseau électrique français. Le gestionnaire du réseau, RTE, a rehaussé son niveau de vigilance au maximum dans la réactualisation, présentée ce jeudi 30 décembre, des perspectives de sécurité d'approvisionnement en janvier 2022. « Nous sommes préparés à exploiter le système électrique en situation dégradée », affirme Jean-Paul Roubin, directeur exécutif en charge de l'exploitation de RTE. Autrement dit, le gestionnaire du réseau pourrait avoir recours à des interruptions temporaires d'activité des grands consommateurs industriels, voire des « délestages » (coupures de deux heures maximum) chez des particuliers si l'hiver se termine par une vague de froid de plusieurs jours et si une production éolienne insuffisante pousse à des imports significatifs au niveau européen. Cette éventualité dépend de plusieurs facteurs à l'œuvre en la fin de ce mois de décembre.

Dix-sept réacteurs à l'arrêt sur 56

« Nous faisons face à deux crises différentes mais imbriquées », atteste Thomas Veyrenc, directeur exécutif chargé du pôle stratégie et prospective chez RTE. La première concerne la disponibilité du parc nucléaire français : au 17 décembre, 17 des 56 réacteurs du territoire étaient à l'arrêt. « Il s'agit du plus bas niveau jamais atteint pour le parc nucléaire à cette période de l'année ». La plupart de ces arrêts s'expliquent par le planning, dit « de grand carénage », des visites décennales de contrôle particulièrement dense cette année et dans les années à venir. Cette « sur-densification » résulte également des reports des activités de maintenance provoqués par les restrictions sanitaires l'an dernier. À cela s'ajoute l'arrêt inopiné de quatre réacteurs supplémentaires, parmi les plus récents et les plus puissants du parc.

   
Disponibilité prévisionnelle du parc nucléaire sur l'hiver, au 30 décembre 2021. © RTE
 
   
Lors d'une opération de maintenance d'un des deux réacteurs de la centrale de Civaux (Vienne), EDF a relevé une défaillance des soudures dans le circuit d'injection de secours. Le 15 décembre, elle a alors annoncé prolonger cette maintenance et mettre à l'arrêt le second réacteur du site, ainsi que les deux réacteurs similaires de la centrale de Chooz (Ardennes). Ces quatre réacteurs totalisent une puissance de 6 gigawatts (GW). L'arrêt imprévu de trois d'entre eux représente donc une perte immédiate de disponibilité électrique de 4,5 GW. Au 30 décembre, le gestionnaire du réseau estimait le niveau de disponibilité à 45 GW. Il rappelle néanmoins que certains réacteurs actuellement à l'arrêt devraient reprendre du service au début du mois de janvier. Ainsi, d'ici une dizaine de jours, la disponibilité totale du parc devrait avoisiner les 50 GW, contre une capacité totale de 61,4 GW. Huit à douze réacteurs devraient être encore à l'arrêt au cours du mois de janvier, et jusqu'à treize en février.

Recours au charbon et à l'import

Fort de ce constat, le réseau électrique doit se replier sur les quelques centrales à charbon encore en activité sur le territoire. Ces dernières sont  réparties sur deux sites : Saint-Avold (Moselle), dont l'arrêt est prévu au printemps 2022, et Cordemais (Loire-Atlantique), encore disponible jusqu'en 2024. RTE affirme qu'elles sont fortement sollicitées depuis le début de l'hiver, pour compenser les manques du parc nucléaire, et atteindront très certainement leur durée maximale de production afin de ne pas surpasser leur plafond d'émissions de gaz à effet de serre (à savoir 700 heures par an, soit environ un mois). « C'est un point à souligner, indique Thomas Veyrenc. À cadre juridique inchangé, elles ne seront plus disponibles en fin d'hiver, si nous devons faire face à une vague de froid tardive. » Un projet de dérogation par décret, en consultation publique jusqu'au 20 janvier 2022, prévoit justement de rehausser ce plafond à 1 000 heures de fonctionnement jusqu'à la fin du mois de février 2022. Par ailleurs, du côté des centrales au gaz, celle de Landivisiau en Bretagne ne sera pas non plus prête pour y faire face. Sa mise en service est prévue pour le 15 février 2022, « après la période la plus sensible pour la sécurité d'alimentation ».

 
On ne voit pas d'effet de modulation de consommation d'électricité de la part des consommateurs, face à la hausse des prix  
Thomas Veyrenc - RTE
 
Cette situation s'imbrique avec la deuxième crise citée par RTE : celle de l'augmentation du prix de l'énergie. Cette dernière est le symptôme d'une tension exceptionnelle sur les offres de gaz mais également de la faiblesse des stocks d'électricité hydraulique et des épisodes de production d'énergie éolienne particulièrement faibles en 2021. Ajoutée à l'indisponibilité d'une partie non-négligeable de son parc nucléaire, la France – pourtant un pays généralement exportateur d'électricité – s'est vue obligée d'importer entre 12 et 13 GW d'électricité à ses voisins les 20, 21 et 22 décembre. « C'est proche du maximum de la capacité d'import », signale Thomas Veyrenc de RTE.

Un hiver doux bienvenu

Malgré la pression qui pèse sur le réseau électrique cet hiver, RTE ne qualifie pas la situation de catastrophique. D'une part, l'augmentation du prix de l'électricité ne devrait pas conduire à diminuer les prévisions de novembre dernier sur la consommation. Cette dernière « restera 1 % à 2 % inférieure au niveau d'avant crise sanitaire, indique le directeur stratégie et prospective. À date, on ne voit pas d'effet de modulation de consommation d'électricité de la part des consommateurs, face à la hausse des prix. » Cette analyse reste vraie même confrontée aux nouvelles mesures sanitaires prises pour combattre la cinquième vague pandémique de Covid-19 (et plus particulièrement, du variant Omicron). Pour rappel, le gouvernement rendra le télétravail temporairement obligatoire, au moins trois jours par semaine, à partir du 3 janvier 2022. « L'organisation massive du télétravail ne modifie pas nos prévisions de consommation comme les confinements de l'année 2020 ont pu le faire », rassure Thomas Veyrenc.

D'autre part, les températures plutôt très douces de cette fin de mois de décembre ne présagent pas d'une vague de froid tardive, que RTE pourrait redouter. Les prévisions météorologiques jusqu'au 13 janvier 2022 se situent autour de 5° C au-dessus des normales de saisons. « Même si la température redescend la semaine suivante, elle restera aux alentours des normales et ne présentera donc pas de risque de dégradation de la situation », énonce le directeur de l'exploitation de RTE, Jean-Paul Roubin. Quant aux estimations pour le mois de février, RTE présentera ses données et ses conclusions à la fin du mois de janvier, comme le prévoit son nouveau dispositif prévisionnel.

Réactions4 réactions à cet article

 

Il est quand même incroyable de voir qu'il est envisagé d'augmenter la production d'électricité au charbon plutôt que de prendre des mesures de réduction de consommation d'électricité! Pourquoi ne pas profiter de cet épisode pour sensibiliser le public à la baisse de sa consommation et à le responsabiliser, plutôt que de trouver des solutions qui, on le sait, auront un effet ,négatif sur la production de CO2? Quand est ce que le mot sobriété va devenir une vraie valeur et non plus un mot employé par certains qui peuvent encore aujourd'hui passer pour des extrémistes?

Mel | 03 janvier 2022 à 11h27
 
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Aucune source d'énergie n'est vraiment propre. On peut donc s'entendre sur la nécessité de faire des économies d'énergie " électrique". En revanche EDF SA possède 3 tranches charbon, 3 x 600 MW , qui ont été rénovées à partir de 2015 jusqu'à l'épuration des fumées (à grand frais !) pour durer jusqu'à 2035. Soit 2 à Cordemais et une au Havre , tranche qui est arrêtée. En même temps il va être difficile de passer l'hiver sans importer de l'électricité d'outre Rhin.M' enfin !! Dans un art. " L’Allemagne vise un abandon de ces centrales au plus tard en 2038 avec deux étapes intermédiaires : réduction d´ici fin 2022 de la puissance nette des centrales au réseau à 30 GW (15 GW de lignite et 15 GW de houille) et à 17 GW au 1er avril 2030 (9 GW de lignite et 8 GW de houille)" . L' Allemagne ne chipote pas beaucoup pour repousser la fin du charbon de 2030 à 2038, La Pologne s'en tient à 2050 .. Quand il fait froid, le vent est souvent d'Est ... Alors entre importer l'électricité d'Allemagne à 200 € le MWh avec en cadeau leurs fumées et leur CO2 ... ou faire fonctionner nos centrales à la houille en relevant le seuil des 700 h, il faut être réaliste. (Ouf, on a échappé de peu à écocombust bien plus polluant). Pour 2023 si l'Etat poursuit ses politiques de promotion des grosses berlines électriques à 2 tonnes, et même plus, berlines équipées comme des airbus ! ce sera de plus en plus difficile. mais on n'aura peut être d'ici là des dirigeants moins dogmatiques !

J Cl M 44 | 03 janvier 2022 à 20h30
 
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Soit pour les économies d'énergie, mais ce n'est pas le ressort de EDF. Alors minute par minute. EDF fait comment ? EDF SA a rénové après 2015, 3 tranches charbon de chacune 600 MW, 2 à Cordemais, et 1 au Havre qui a été arrêtée l'an dernier. C'était l'objectif de les faire durer jusqu'à 2035. En 2021 EDF SA a présenté le projet écocombust Cordemais qui visait à faire fonctionner les 2 tranches à 80 % bois de récupération transformé en pellets, avec 20 % de charbon, donnant des puissances de 2 x 530 MW, avec des rejets en Loire déjà polluée, et des effluents gazeux et poussières plus importants qu'avec le charbon à 100 %. En abandonnant ce projet très " aventureux" avec 50 camions/ jour cherchant du bois dans 1/3 de France, on garde la possibilité de fournir rapidement 1,8 GW de puissance, jour et nuit, temps venteux ou pas, ce qui ne se trouve pas facilement sur le territoire actuellement. Pour les puristes, on peut importer de l'électricité d'Outre Rhin, mais à env. 200 € le MWh ! surtout que selon un article, " l'Allemagne vise un abandon de ces centrales au plus tard en 2038 avec deux étapes intermédiaires : réduction d´ici fin 2022 de la puissance nette des centrales au réseau à 30 GW (15 GW de lignite et 15 GW de houille) et à 17 GW au 1er avril 2030 (9 GW de lignite et 8 GW de houille). " Quand il fait froid, le vent d'Est nous rabattrait les fumées des centrales à charbon.. Avec déjà plus 70 % de pollution importée on peut passer à 700 à 1000 h, non ?

J Cl M 44 | 05 janvier 2022 à 22h38
 
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Bien sûr Mel !!! A quand les véritables économies d'énergie? Partout les villes sont suréclairées , certaines vitrines dans les grandes villes sont encore allumées une grande partie de la nuit, les zones industrielles en campagne éclairées comme en plein jour alors qu'elles sont désertes (voir à Sermaises ou Pithiviers ds le Loiret pour ne citer qu'elles) les radiateurs électriques marchent à fond pour atteindre les 22 ou 24 °C dans les intérieurs (surtout ds les commerces où l'on étouffe littéralement) alors que 19 °C suffisent largement ,moins pour dormir; et je ne parle pas des immeubles de bureaux dont beaucoup trop sont encore éclairés très au delà des heures de travail ni des commerces qui gardent leur porte grande ouverte quand il fait 5 °C dehors (c'est monnaie courante) ou des chauffages "grille pain" des terrasses de café, dont j'ai vu des spécimens le mois dernier marcher en plein Paris, alors qu'ils ne sont plus autorisés ...il n'y a aucune volonté d'amélioration, les pouvoirs publics sont les premiers à installer des réverbères partout là où l'on pourrait très bien s'en passer. Nous ne sommes plus au moyen âge, si des quartiers ou des zones sont insécures, il faut mettre des caméras thermiques pour la surveillance et disposer les lampadaires de manière plus espacée ou en éteindre un sur deux. De toutes façons la volonté de croissance se heurtera toujours aux économies , il va falloir choisir une bonne fois pour toutes, le nier est imbécile et suicidaire.

gaïa94 | 08 janvier 2022 à 18h09
 
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