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Les îles françaises face au défi de la directive-cadre sur l'eau

La Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et Mayotte devront surmonter de nombreux obstacles pour atteindre le bon état de leurs masses d'eau, conformément à la directive-cadre sur l'eau. Seule la Corse pourrait entrer dans les clous.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Les îles françaises face au défi de la directive-cadre sur l'eau

Avec 99,5 % de ses eaux superficielles qui pourraient atteindre, en 2027, le bon état écologique et 100 % le bon état chimique, sans oublier la totalité des masses d'eau souterraine qui seront en bon état quantitatif et chimique à la même échéance, la Corse fait figure d'exception parmi les autres bassins hydrographiques français. L'île de Beauté pourrait, en effet, répondre à la demande de la directive-cadre sur l'eau (DCE) de parvenir à un bon état pour chaque masse d'eau… initialement attendu en 2015, mais avec toutefois des possibilités de report jusqu'en 2027.

Pour y parvenir, les États membres fixent tous les six ans des orientations pour leur politique de l'eau ainsi qu'un programme de mesures. La Corse est le premier bassin français à boucler l'exercice pour le troisième cycle (2022-2027), avec l'adoption définitive de son schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage), en décembre dernier.

Les eaux de la Corse affichent une situation enviable par rapport aux autres bassins de métropole : selon le dernier état des lieux (réalisé en 2019), 88 % des eaux superficielles seraient déjà en bon ou très bon état écologique et 98 % en bon état chimique. Concernant les eaux souterraines, deux masses d'eau sur quinze sont dans un état quantitatif médiocre. La totalité présente, en revanche, un bon état chimique. « L'enjeu pour le bassin de Corse est essentiellement d'éviter la dégradation des masses d'eau que l'analyse du risque fait ressortir comme possible », pointe le Sdage.

Un quart des masses d'eau corses à risque

Les efforts devront plus particulièrement se porter sur les 26 % de masses d'eau (soit 64) qui présentent un risque de non-atteinte du bon état, sans actions supplémentaires. Les principales causes ? Des altérations de la continuité́ écologique et de la morphologie. Sont également pointés du doigt les prélèvements qui déséquilibrent le milieu ainsi que les pollutions domestiques et industrielles. « La réduction des mouillages dans les habitats marins sensibles que sont les herbiers de posidonies est un enjeu pour le rétablissement du bon état des eaux côtières », souligne également l'état des lieux. Parmi ces zones à risques figurent des sites Natura 2000, dont vingt zones spéciales de conservation (directive Habitats-Faune-Flore) et cinq zones de protection spéciale (directive Oiseaux).

Autre point à noter : pour l'instant, « le niveau des dépenses réelles d'investissement, estimées à 42,4 millions d'euros par an, est insuffisant pour couvrir le besoin théorique de renouvellement des infrastructures d'assainissement et d'eau potable, évalué à 55,2 millions d'euros, et les besoins de développement des infrastructures », constate l'état des lieux.

Le bassin devra également faire face au changement climatique : le réchauffement et l'assèchement induiront une aggravation et un allongement des étiages. Les deux principaux utilisateurs de la ressource en Corse (la population, dont les touristes, et les agriculteurs) devront intégrer ce paramètre pour conserver le bon état des milieux. « La population, qu'elle soit permanente ou saisonnière, augmente et se concentre dans les zones déjà̀ fortement urbanisées. Et, malgré́ un faible poids économique, l'agriculture joue un rôle important dans la gestion de l'eau : elle utilise plus de la moitié de l'espace (53 %) et est le deuxième principal préleveur d'eau, avec de l'irrigation pour 80 % des exploitations. »

Guadeloupe et Martinique : le chlordécone en héritage

En Guadeloupe, l'atteinte du bon état sera certainement plus compliquée (comme nous l'avions détaillé ici). Même en gommant du bilan la pollution historique au chlordécone. De la même manière, la Martinique est confrontée à de multiples pressions, dont celle de l'insecticide organochloré, qui sèment d'embûches son chemin vers l'objectif européen. Ainsi en considérant le chlordécone, aucune des masses d'eau côtières de l'île aux Fleurs ne s'avère en bon état. Le bilan est légèrement meilleur en écartant l'insecticide des radars : cinq masses d'eau côtières sur 19 passeraient alors en bon état écologique. Les principaux responsables de la dégradation ? L'assainissement, collectif et autonome.

La situation est également complexe pour les cours d'eau. « 30 % des cours d'eau (6 sur 20) atteignent le bon état écologique standard en 2019. Même si l'on écarte le paramètre chlordécone, le bon état est atteint seulement par 40 % (8 sur 20) des [masses d'eau cours d'eau] MECE, indique l'état des lieux. Concernant l'état chimique, 90 % (18 sur 20) des cours d'eau sont en bon état. » Parmi les facteurs de dégradation figurent un autre organochloré́, le HCH Béta (hexachlorocyclohexane béta), mais aussi des polluants liés à des dysfonctionnements des systèmes d'assainissement ou à l'activité agricole.

« La surexploitation des cours d'eau en période d'étiage présente également un risque d'impact sur les milieux aquatiques, alerte l'évaluation environnementale du Sdage de la Martinique. Principalement causé par un mauvais état des canalisations. Ces éléments induisent un risque de non-satisfaction des besoins en eau de la population. » L'alimentation en eau potable en Martinique s'effectue, en effet, essentiellement à partir des eaux superficielles.

Concernant les masses d'eau souterraines, la totalité affichent un bon état quantitatif. Toutefois, seules cinq sur huit sont en bon état chimique.

Parmi les autres pressions avec lesquelles doit composer la Martinique figurent également les espèces exotiques envahissantes, le réchauffement des océans ou encore la destruction de certains milieux, comme les zones humides et les mangroves.

La Réunion : l'assainissement et la continuité écologique à améliorer

La marche à gravir sera également importante pour l'île de La Réunion. Celle-ci se démarque par un nombre important de masses d'eau qui, sans mesures complémentaires, risquent de ne pas atteindre l'objectif fixé. L'état des lieux du bassin reflète également cette situation. Ainsi, seulement 8 % des cours d'eau sont en bon état écologique pour 42 % en état médiocre. « L'absence de continuité écologique est la principale pression qui explique l'absence d'atteinte du bon état écologique des cours d'eau », relève l'autorité environnementale dans son avis sur le Sdage de La Réunion. Parmi les obstacles recensés figure l'hydroélectricité. Si celle-ci est la principale source d'énergie renouvelable de l'île, l'autorité environnementale souligne toutefois qu'elle est localisée et n'a pas vocation à s'accroître. En revanche, 79 % des cours d'eau sont en bon état chimique.

La Réunion se caractérise, par ailleurs, par une distribution inégale de la ressource entre l'ouest, où les précipitations sont peu abondantes, et l'est de l'île, qui enregistrent d'importants cumuls de pluie. Le conseil départemental a donc lancé le projet ILO « Irrigation du littoral ouest » de transfert des eaux grâce à des ouvrages hydrauliques de dérivation des eaux des cirques de Mafate et de Salazie. « Ces aménagements ne seront compatibles avec le Sdage que dans la mesure où ils seront accompagnés d'efforts d'économies d'eau et de dispositions et mesures fortes en matière d'urbanisme et d'agriculture afin d'éviter que la disponibilité apportée par les ouvrages n'amplifie le déséquilibre entre les territoires qu'ils ambitionnent de réduire et n'aboutisse à une pénurie généralisée à l'ensemble du territoire », souligne toutefois, dans son avis, l'autorité environnementale.

Concernant les 27 masses d'eau souterraine, 76 % affichent un bon état quantitatif et 78 % un bon état chimique. « Les prélèvements de la ressource en eau représentent une pression importante, notamment sur les masses d'eau classées en zone de répartition des eaux. Ces prélèvements excessifs ont des conséquences sur les phénomènes d'intrusion saline dans les aquifères. »Pour finir, selon l'autorité environnementale, l'état quantitatif des masses d'eau souterraine de l'essentiel des zones littorales urbanisées s'avère médiocre.

Les eaux littorales, quant à elles, sont pour 58 % d'entre elles en bon état et à 100 % en bon état chimique. Pour une bonne part, la pression découle des rejets des stations d'épuration ou des débordements. Mais, à La Réunion, le traitement des eaux usées se fait pratiquement à parts égales entre l'assainissement collectif et l'assainissement non collectif, et pour ce dernier, le taux de non-conformité est élevé, selon l'AE.

Mayotte : entre pénurie d'eau et assainissement et gestion des déchets à améliorer

Contrairement aux autres bassins hydrographiques, Mayotte n'entame que son second cycle de gestion des eaux de la directive-cadre européenne sur l'eau (le troisième pour les autres). Ce laps de temps est bienvenu car l'atteinte du bon état reste un défi pour ce département.

Le dernier état des lieux montre que 4 % des cours d'eau sont en bon état écologique et 88 % en bon état chimique. Une dégradation a été constatée avec le précédent état des lieux. « 42 % des [cours] d'eau ont vu leur état se dégrader, pointe le document révisé dans l'optique de la période 2022-2027. En 2013, les pesticides étaient principalement responsables du déclassement de l'état chimique, alors qu'en 2019, le déclassement est causé principalement par les DEHP (incinération, décharges, déchiquetage de voitures, déchets restants dans l'environnement). »

Concernant les masses d'eau côtières, 29 % sont en bon état écologique. En revanche, toutes les masses d'eau souterraine s'avèrent en bon état chimique et écologique. « Le mode de prélèvement en eau prédominant à Mayotte étant issu des eaux superficielles, la satisfaction de la demande en eau est fortement conditionnée par les fluctuations météorologiques avec des problèmes connus en période sèche », rappelle toutefois l'état des lieux.

Report de calendrier

La finalisation des orientations pour la politique de l'eau des bassins français (Sdage) ainsi que les programmes de mesures associés étaient initialement prévus pour l'ensemble des bassins au plus tard le 23 décembre dernier. Mais cette date a finalement été repoussée au 31 mars 2022 du fait de la pandémie de Covid-19.

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