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La sobriété, un allié de la transition écologique des territoires

Et si la sobriété pouvait aider les territoires à réaliser leur transition écologique ? C'est ce que propose l'Ademe qui cherche à s'éloigner des clichés pour relever le défi de l'adaptation au changement climatique.

Gouvernance  |    |  Fanny Bouchaud  |  Actu-Environnement.com

Si au village elle a mauvaise réputation, c'est surtout parce qu'elle véhicule des images négatives d'austérité et de privation. Dans l'imaginaire commun, la sobriété, ce n'est pas fun. Et pourtant, l'idée d'une société plus sobre fait doucement son chemin. Aujourd'hui, dans un contexte de ressources limitées et de changement global, elle pourrait prendre un nouveau sens.

" La sobriété consiste à nous questionner sur nos besoins et à les satisfaire en limitant leurs impacts sur l'environnement. Elle doit nous pousser à faire évoluer nos modes de production et de consommation et plus globalement nos modes de vie, à l'échelle individuelle et collective", explique l'Ademe. Mais ce concept correspond-il à une réalité ou à un simple effet de mode ?

Une tendance qui croît et se maintient

D'après le baromètre des préoccupations des Français réalisé par Greenflex et l'Ademe, 93 % des personnes interrogées pensent qu'il faut revoir tout ou une partie de notre modèle économique. Parmi eux, la moitié déclarent qu'il faut le repenser entièrement et sortir du mythe de la croissance infinie. Et enfin, une grande partie des Français (86 %) aimeraient vivre dans une société où la consommation prend moins de place. La tendance n'est pas neuve : selon l'Ademe, elle se maintient en légère croissance depuis quelques années. Malgré l'épidémie de coronavirus, les préoccupations concernant l'environnement se hissent au niveau de celles sur la santé. Autant de statistiques qui semblent montrer une véritable envie de changement et de véritables préoccupations environnementales de la part des Français.

Une tendance qui n'a donc rien d'anecdotique et qui pousse l'Agence à penser la sobriété comme un des outils permettant de réaliser la transition écologique. Selon elle, adopter la sobriété permettrait aux territoires de réaliser 10 à 30 % des objectifs énergie climat. Car, entre autres acteurs, les collectivités sont bien placées pour agir au travers de leurs investissements à long terme. Ce sont elles qui décident de l'organisation des activités sur leur territoire (PLU, SCoT) et qui sont capables de mobiliser les acteurs locaux et de favoriser l'évolution des comportements.

"La sobriété c'est vertueux financièrement"

Mais pourquoi la sobriété intéresserait-elle les collectivités ? Pourquoi s'imposer un arrêt de la croissance et du développement ? "Du côté de la collectivité ou de l'action publique, la sobriété c'est vertueux financièrement, argue Sébastien Maire, délégué général de l'association France villes durables qui regroupe collectivités, entreprises, experts et agences d‘État. Depuis des années, les paradigmes disent qu'il faut développer les territoires pour qu'ils soient attractifs mais cela ne s'accompagne pas forcément d'une amélioration de la qualité de vie pour les habitants. C'est même parfois l'inverse". Et la sobriété présente des avantages : améliorer la qualité de vie en évitant de très lourds projets de développement, coûteux en argent public.

De plus, la plupart de ces gros projets nécessiteraient au moins 15-20 ans avant d'être rentabilisés sur le plan des émissions de gaz à effet de serre. Ce qui n'est pas compatible avec les délais rapportés par les experts du climat, qui sont plutôt de 10-15 ans avant que la sobriété ne s'impose d'elle-même. Sébastien Maire ajoute : "Choisir des solutions basées sur la nature, ou sur du low-tech, est moins coûteux en maintenance, en contrats, etc. Finalement, la sobriété c'est aussi une façon de limiter la dépense publique tout en ayant le confort et l'amélioration de la qualité de vie pour les habitants".

Les économies, souvent la porte d'entrée vers la sobriété

Sans aller aussi loin, les solutions de sobriété sont variables et doivent s'adapter aux territoires. Il existe de nombreux acteurs qui se sont donnés pour mission d'accompagner les collectivités dans leur démarche. L'Ademe en fait partie. Nul besoin d'être une grosse agglomération pour se lancer. En 2017, la commune d'Argentan a décidé de mener une expérience : éteindre l'éclairage public la nuit, à partir de 23 heures. Après avoir largement informé la population, elle a mis en place un numéro vert pour que les riverains puissent remonter les problèmes. Finalement, elle n'a eu que très peu de retours négatifs et elle économise à présent 90 000 euros d'électricité par an, 175 000 euros depuis que la commune a équipé ses éclairages de LEDs. En 2018, l'intercommunalité d'Argentan a signé un contrat d'objectif territorial avec l'Ademe qui intègre des objectifs de sobriété énergétique. Ainsi, l'intercommunalité a rationalisé ses bâtiments, ce qui lui a permis de réaliser une économie de surface immobilière de 599 m² et 2 019 MWh d'énergie par an.

Se poser la question des besoins

L'exemple d'Argentan illustre le concept de sobriété d'usage, l'une des quatre facettes de la sobriété qui consiste à adapter l'utilisation des équipements aux usages qui en sont réellement faits. Mais il existe d'autres facettes qui, elles aussi, poussent à se poser la question du "juste besoin". Cela se traduit par l'élimination du superflu et l'optimisation des ressources pour répondre aux besoins identifiés plus haut. Et ce, dans les limites planétaires.

Ces facettes fonctionnement aussi bien séparément qu'37401. Ainsi, la sobriété dimensionnelle vise à mettre en cohérence la taille des équipements avec le besoin réel des usagers. Adapter le nombre d'écoles au nombre d'élèves peut par exemple rentrer dans cette catégorie. Avec une bonne communication, l'une des communes aidées par l'Ademe, dotée de quatre écoles largement sous-exploitées, a pu en fermer une en évitant une levée de boucliers. La sobriété structurelle consiste en l'optimisation de l'organisation du territoire en rationalisant l'espace. Par exemple, en réhabilitant d'anciens logements au centre-ville au lieu d'en construire de nouveaux en périphérie, une collectivité peut éviter de grignoter les terres cultivables. Enfin, la sobriété conviviale prône la mutualisation des équipements et de leur utilisation comme le font le coworking et le covoiturage.

Limites planétaires et réticences

Les limites planétaires sont une composante majeure de cette vision des territoires. Elle implique donc de prendre en compte les particularités climatiques de chaque territoire dans les plans d'aménagement mais aussi d'y intégrer des solutions pour les aléas climatiques futurs.

Cependant, si les projets de sobriété semblent conquérir une part croissante de la population et commencent à gagner l'échelle des collectivités, il reste toutefois un certain paradoxe. En effet, malgré une volonté de changement de la société très marquée, seulement 58 % des Français pensent qu'il faudra changer nos modes de vie pour faire face au changement climatique. Autrement dit, un peu moins de la moitié de la population ne voit aucun intérêt à une société plus sobre. D'ailleurs, 60 % des Français "souhaitent se payer plus souvent des choses qui leur font envie", d'après le baromètre Greenflex et Ademe. "Pourquoi s'imposer la frugalité ? Tant qu'on n'a pas compris ce qui nous arrive dans la figure de manière concrète, on n'est pas motivé pour changer aussi radicalement de trajectoire", remarque Sébastien Maire. Pour les collectivités qui souhaiteraient aller vers un modèle économique plus sobre, il est donc indispensable de prendre ces profils en compte et de communiquer pour construire un récit positif autour de la sobriété.

Réactions8 réactions à cet article

 

31 ans avec l'ADEME dont qq années détaché en projets européens ou en coopération, mais c'est la 1ère fois qu'elle promeut la sobriété, des années après les pionniers de Negewatt...

Tunroc | 19 juillet 2021 à 09h43
 
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C'est vrai qu'on voit des gaspillages conséquents, d'ou des impôts tout aussi conséquents, et des impôts pour payer tout ça et la fuite des entreprises des villes cannibales, lol!
Vu ça 200 personnes qui venaient en bus, 50 km tous les jours, le patron s'en fout sa boîte est devenue rentable.
Mais cet article impacte la fin du pire gâchis des 25 dernières année, l'invention des communautés de communes, s'inventer des besoins qu'on n'avait pas, jusqu'à embaucher malgré le chômage important des personnes étrangères à la communauté de communes (frugalité connais-pas).
Ma commune bien gérée, bon sens paysan, en positif, doit maintenant emprunter jamais arrivé avant.

pemmore | 19 juillet 2021 à 13h01
 
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A la bonne heure !
Ce que prêchent les adeptes de la Décroissance depuis des années et qui enfin, atteint quelques instances officielles...
Mais le terme de Décroissance n'est pas mentionné ; quand c'est le cas, c'est juste pour la brocarder... Encore quelques années avant que cela devienne une évidence !

FV77380 | 19 juillet 2021 à 15h29
 
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Bien évidemment qu'on ne pourra s'en sortir qu'en passant par une forme de sobriété (Pierre Rabhi, dans son livre "Vers la sobriété heureuse" en parle très bien). Évidemment aussi que cela fait hurler les boomers, les anciens soixante-huitards bien confortablement installés depuis, les golden boys des années Tapie, les startupers ou encore les followers de la trash culture de CNews, tant cela bat en brèche le mirage de la croissance infinie et sans entrave.
Mais dans le contexte fini et unique qu'est la planète, il n'y a pas d'autre choix, surtout avec une population humaine en croissance. Ça ne va pas non plus être facile à expliquer aux pays en plein boom comme la Chine...
Mais si on veut vraiment (vraiment ?) éviter une crise écologique majeure et une multiplication de tensions géopolitiques et des conflits armés plus ou moins destructeurs, il faut faire le bon choix sociétal.

Pégase | 20 juillet 2021 à 14h12
 
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Trop fort, l'ADEME comme nouveau prétexte pour fermer des classes! Alors celle là, il fallait y penser. Autant je suis favorable à me passer de certains modes de vie (surtout de consommation), autant je peux vous dire qu'aucune cause ne vaut, pour moi, le droit de fermer des classes. Enseigner à 15 élèves, c'est une chance, certainement pas un luxe. Ca me fait exactement penser à un reportage fort intéressant, que j'ai visionné il y a une dizaine de jours, sur les 4 ans d'Edouard Philippe au poste de 1er Ministre. Cet encart de 'l'ADEME me rapproche de l'une de ses priorités, sinon sa, qui est l'éducation (je précise que je ne pense pas avoir beaucoup de points communs d'ordre politique avec ce responsable). Et d'ailleurs, toujours dans ce même reportage, il résume très bien ce que je pense de la prise en compte de l'écologie et des enjeux environnementaux actuels : unanimité sociétale quand au constat. Par contre, quand il s'agit de passer aux solutions, c'est "d'abord pour mon voisin" .... pour faire le parallèle avec cet article, sobriété financière, c'est d'abord moins de frais de fonctionnement à payer (ne pas oublier qu'on est dirigés par des financiers, pas des techniciens). On peut ensuite faire passer cette économie comme "vertueuse" pour faire passer la pilule. Et çà fait (peut être) moins d'impôts à payer, quelle chance, mais par contre, il faut quand même continuer de me subventionner mon vélo électrique, etc..... ).....

nimb | 21 juillet 2021 à 21h56
 
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.... 2e exemple : Sobriété foncière via les SCOT et les PLUs: à condition que çà ne gêne pas mes extensions d'urbanisation, mais celles du patelin voisin, peu importe, il se débrouillera.... pour avoir quelques sons de ce domaine, les PLU et les SCOT passent bien quand ils restent théoriques. Quand on passe à la pratique, on lit tout de suite dans la presse que ce sont des atteintes au développement du territoire, notamment par ceux qui se sentent lésés, à savoir les communes.... et ainsi de suite pour tous les domaines : "le changement, on est prêts, mais d'abord que les voisins s'y collent".
Le seul bilan de cette thématique, à force de l'aborder, sera peut être que nous allons tous apprendre à gérer nos contradictions et surtout à les assumer.

nimb | 21 juillet 2021 à 22h04
 
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Nous prônons la SOBRIETE depuis 2011 avec efficience & conviction. Parfois décriée, souvent raillée, il semble que le "Consommer MOINS en polluant MOINS" ne déchaîne pas les foules, qu'elles soient écolos ou pas !... On lui préfère des attitudes du genre : sauter du coq à l'âne (ie: changement de technologie), s'endetter sur le long terme (ie: ROI > 15 ans); voire ne rien faire du tout (ie: immobilité rime avec crédibilité)... Dommage !!!
Celles & ceux qui ont franchi le cap de l'hésitation pour basculer dans celui de la décision, accumulent les gains ! Mais on le sait mieux que personne : les bons plans, on les garde pour soi. Qui irait raconter à son voisin qu'il a trouvé une pépite d'or dans son jardin???? Personne de sensé. Dont acte. En revanche, raconter qu'il a dénombré 12 taupes en activité, 99% lui en parlerait...

@Swiss2e.ch | 25 juillet 2021 à 18h27
 
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L'ADEME gagnerait en sobriété si elle cessait de m'envoyer son bulletin version papier sous enveloppe plastifiée, dans laquelle elle expose jérémiades et jacasseries de son personnel surabondant et trop payé, alors que je ne lui demande rien...

Albatros | 30 juillet 2021 à 10h36
 
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