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Les microplastiques mesurés en altitude sont beaucoup plus fins que ceux retrouvés en mer

Le projet Plastilac prévoit de rechercher la présence de microplastiques dans les lacs d'altitude, éloignés de toutes sources de pollution. Précision de Frédéric Gillet, porteur du projet et président de l'association Aqualti.

Interview  |  Eau  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
   
Les microplastiques mesurés en altitude sont beaucoup plus fins que ceux retrouvés en mer
Frédéric Gillet
Porteur du projet et président de l’association Aqualti
   

Actu-Environnement : Le projet Plastilac s'intéresse à la présence de microplastiques dans les lacs d'altitude. Pourquoi avoir ciblé ces sites ?

Frédéric Gillet : Beaucoup d'études sont réalisées en mer Méditerranée, en Arctique, dans le Pacifique mais assez peu d'études sont menées dans les eaux douces et encore moins en montagne.

Les lacs, objets des analyses, ont été sélectionnés du fait de leur éloignement des sources de pollution. Ils se situent tous à une altitude d'environ 2000 mètres. L'intérêt pour la communauté scientifique est de mieux comprendre les mécanismes de transfert et d'accumulation des microplastiques dans ces sites particuliers.

Une précédente étude publiée en avril 2019 dans Nature Geoscience montrait que les particules de plastique pouvaient être dispersées sur une distance allant jusqu'à 100 km. Les scientifiques ont ainsi trouvé sur un site isolé, dans le massif pyrénéen, 365 particules par m2 et par jour.

Avec le projet Plastilac, les sites investigués sont plus haut et plus éloignés des zones de pollution : nous sommes impatients d'avoir les premiers résultats d'analyse, prévus pour la fin d'année.

AE : Qui est à l'initiative de ce projet ?

FG : C'est notre association Aqualti, basée à Chambéry qui l'a initié. Nous soutenons des missions scientifiques sur des sites éloignés et des terrains complexes, notamment en Arctique. Nous avons présenté le projet aux acteurs locaux, en proposant de s'appuyer sur le réseau des lacs sentinelles. Il s'agit d'un réseau de 20 lacs d'altitude, situés dans l'arc alpin, qui font l'objet d'un suivi scientifique depuis une dizaine d'année, et qui présentent la particularité d'être éloignés des zones urbanisées et polluées.

Nous avons ainsi réuni autour de ce projet l'Université Savoie Mont-Blanc, l'Université Paris Est Créteil, le conservatoire d'espaces naturels de Haute-Savoie (ASTERS), ainsi que des plongeurs de l'équipe « Là eau ». Nous sommes soutenus financièrement par le CNRS et la fondation Eau Neige Glace.

AE : Aujourd'hui combien de lac le projet concerne-t-il ?

FG : Pour cette année 2019 de lancement du projet, nous avons sélectionné trois lacs : ceux d'Anterne et de Pormenaz situés dans la réserve naturelle de Sixt-Passy (Haute-Savoie) ainsi que le lac de la Muzelle dans le parc national des Ecrins (situé sur les départements de l'Isère et des Hautes-Alpes).

Si nous retrouvons des particules dans ces lacs, le projet pourrait être généralisé à l'ensemble des 20 lacs du réseau.

Les fenêtres de tirs pour mener les investigations sont toutefois faibles, de l'ordre de 3 à 4 mois sur l'année. Les difficultés principales concernent la logistique, l'apport et le repli du matériel, mais également les conditions météorologiques.

AE : Quelles sont les investigations que vous allez mener ?

FG : Nous avons prévu quatre grands types d'échantillonnage : tout d'abord, nous nous intéressons à l'eau de surface du lac. Notre embarcation, construite spécifiquement pour ce projet, s'inspire des techniques de prélèvement utilisées en mer. Celle-ci doit répondre à des impératifs de légèreté, de flottabilité, de rigidité, être propulsable et manœuvrable. Nous l'avons dénommé "Mantamaran", contraction de "manta" en référence au capteur classiquement utilisé en mer, et de "catamaran" par analogie à ce type de bateau qui possède deux flotteurs. Notre radeau est équipé d'un filet de maille 50µm, soit la taille d'un cheveu, qui permet de filtrer l'eau du lac et de recueillir toute particule d'une taille supérieure. Suivant les conditions, nous pouvons filtrer entre 200 et 300 m3 d'eau par opération.

Nous nous penchons également sur l'eau qui entre et sort du lac : nous recueillons ainsi des échantillons au niveau des affluents et exutoires, en utilisant le même type de filet, qui reste positionné de manière statique pendant plusieurs heures.

Le troisième échantillonnage concerne les sédiments. Sur la base de relevés bathymétriques, nous avons défini des zones à investiguer où les plongeurs ponctionnent des sédiments, qui constituent un "archivage" des éventuelles contaminations.

Enfin, nous quantifions l'apport des dépôts atmosphériques, en disposant durant un mois un entonnoir métallique de près d'un m2 à proximité du lac.

L'ensemble des échantillons recueillis seront analysés par l'Université Savoie Mont-Blanc et l'Université Paris Est Créteil.

Toutes ces données permettront de mieux comprendre l'intensité du transfert atmosphérique des microplastiques et de quantifier le stock présent dans la colonne d'eau.

AE : Quelles sont les précautions que vous devez prendre pour ne pas contaminer vos échantillons ?

FG : Les microplastiques recherchés en altitude, déposés par voie atmosphérique, sont beaucoup plus fins que ceux observés par exemple en méditerranée : le seuil bas de détection est fixé à 50 µm, contrairement aux analyses classiques engagées en mer, où le seuil est fixé à 300 µm.

Les conditions de prélèvement doivent répondre à un cahier des charges très strict pour empêcher toute contamination des échantillons.

Par exemple, nous enfilons une blouse blanche en fibre naturelle lorsque nous rinçons les filets et les récipients sont conditionnés spécifiquement en laboratoire. Nous réalisons des "blancs de terrain" qui permettent de déterminer si une contamination est survenue lors de l'échantillonnage ou pendant le transport.

AE : Outre la généralisation à l'ensemble des lacs du réseau sentinelle, quelles pourraient être les suites du projet ?

FG : Les perspectives de recherche seront définies en fonction des résultats obtenus. Nous envisageons effectivement d'étendre la recherche de microplastiques à l'échelle des 20 lacs du réseau mais également d'étudier la saisonnalité de la contamination, ou encore d'engager des réflexions sur la contamination de la faune aquatique.

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