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Actu-Environnement

Nitrates : le ministère de l'Agriculture propose de combiner les gains écologiques et économiques

Un rapport officiel propose de remplacer progressivement les engrais azotés chimiques par de l'azote organique issu du recyclage des effluents d'élevage via, notamment, la méthanisation.

Agroécologie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Assurer la fertilisation des sols, respecter la directive européenne Nitrates et améliorer l'autonomie des exploitations. Tels sont les principaux objectifs du Plan d'action relatif à une meilleure utilisation de l'azote en agriculture rendu public par le ministère de l'Agriculture le 30 octobre.

L'utilisation de l'azote en France est trop importante et génère des problèmes environnementaux, compte tenu des pertes dans les sols et les eaux (sous forme de nitrates) et dans l'air (sous forme d'ammoniac). Parallèlement, les zones d'élevage intensif sont excédentaires en azote d'origine organique provenant des effluents d'élevage, alors que simultanément le recours à l'azote minéral produit à partir de gaz naturel reste important. C'est à partir de ce constat que le plan propose des gains environnementaux et économiques, notamment grâce à une rationalisation de la fertilisation et au recyclage des effluents d'élevage par méthanisation.

Le plan proposé fixe quatre grands objectifs : doubler le rythme actuel de 1,5% par an de baisse des utilisations d'azote minéral, réduire de 10% les pertes d'ammoniac, augmenter de 50% les volumes de fertilisants organiques azotés commercialisés (dont la moitié sous forme de digestats de méthanisation homologués) et réduire de près de 25% les pertes sous forme de nitrates.

Un système inefficient

Du côté de l'utilisation de l'azote, le document constate que quelque 2 millions de tonnes d'engrais azotés, obtenus à partir d'énergie fossile et vendus majoritairement sous forme d'ammonitrates, sont répandues en France chaque année. L'Hexagone produit 45% de cet azote minéral et en importe 35% des pays membres de l'Union européenne et 20% des pays tiers. Parallèlement, l'épandage des effluents d'élevage est estimé à environ 1,7 million de tonnes par an.

Cependant, les pertes sont particulièrement importantes : sur ce total d'environ 3,7 millions de tonnes, 900.000 tonnes disparaissent sous forme de nitrates dans les sols et les eaux de surface ou souterraines et 600.000 tonnes sont perdues dans l'air sous forme d'ammoniac. Si les pertes en nitrates proviennent à parts égales de l'azote minéral ou organique, "les pertes par volatilisation proviennent à 80% de l'azote organique".

Ces pertes expliquent en grande partie les problèmes de conformité que rencontre la France par rapport à la directive Nitrates. Concernant l'ammoniac, si la conformité à la directive relative au plafonnement des émissions nationales de certains polluants atmosphériques (dite directive NEC) ne pose pas aujourd'hui de soucis, le rapport souligne néanmoins qu'elle doit être renégociée en 2013 et que "les plafonds pourraient être fortement abaissés".

Le rapport estime qu'une "réduction des pertes, qui passe à la fois par la diminution des quantités d'azote minéral utilisées et par une meilleure utilisation de l'azote organique, constitue un objectif essentiel".

 
ICPE ; abandonner les plans d'épandage ? La rapport identifie des "freins" relatifs à la gestion des plans d'épandage et des "incertitudes" quant aux conditions d'agrandissement des exploitations en zone d'excédent nitrates.
Pour les élevages soumis à autorisation, les modifications substantielles des plans d'épandage nécessitent une nouvelle enquête publique. "Cette procédure est lourde et conduit les pétitionnaires à sur-dimensionner leur plan d'épandage", explique le rapport, jugeant qu'"il est donc souhaitable de ne pas faire repasser en enquête publique les mises à jour des plans d'épandage". Plus généralement, le document suggère de "s'interroger (…) sur la pertinence du plan d'épandage lui-même".
Le rapport suggère de "simplifier, voire remplacer par un dispositif moins lourd et plus efficace" la procédure du plan d'épandage. Les plans d'épandage pourraient alors être remplacés par un système de plafond individuel basé sur les apports d'azote historiques.
 
Substituer l'azote organique à l'azote minéral

Premier point positif pour réaliser la transition de l'usage de l'azote minéral vers l'azote organique : la consommation d'azote minéral recule en France depuis 1990. "En 20 ans, [les utilisations d'engrais azotés] ont chuté de 24% alors que la production agricole augmentait de 30%", relèvent les auteurs du rapport, expliquant que "cette évolution favorable est imputable au développement de la fertilisation raisonnée, encouragée par le découplage des aides de la PAC et le renchérissement du prix des engrais minéraux, qui est lié à celui des énergies fossiles et qui a augmenté plus vite que celui des céréales".

Parallèlement, la production d'effluents d'élevage se stabilise sous l'effet des dispositions réglementaires prises en application de la directive Nitrates. Concrètement, le rapport pointe surtout les plans de fumures prévisionnels qui ont permis de stabiliser la production d'effluents d'élevage en la limitant aux besoins des cultures dans les zones vulnérables.

Pour aller plus loin, le rapport suggère un plan d'action visant à réduire le recours à l'azote grâce aux outils d'aide à la décision dédiés à la fertilisation de précision et à de nouvelles plantes économes en azote, à la relance des légumineuses dans les rotations culturales ainsi qu'à la valorisation des effluents d'élevage, notamment par le biais de la méthanisation. Le plan suggère aussi une "levée des freins réglementaires à l'utilisation d'azote organique" (voir encadré).

Les mesures proposées pourraient être financées par "une redevance pollution sur l'azote minéral qui pourrait être de l'ordre de 30 euros par tonne d'engrais azoté, ce qui générerait un produit annuel de 60 millions d'euros".

Réactions27 réactions à cet article

 

C'est quoi ce délire? On fait rien pour l'élevage mais faut produire plus de déjections...L'encadré sur le Plan d'Epandage me parait très curieux ou alors ceux qui ont rédigés le rapport ne savent pas ce qu'est un plan d'épandage ni a quoi il sert. Simplifier réglementairement sa Mise à Jour dans le cas des ICPE sous Autorisation dans le respect des seuils prensentés dans le dossier d'enquête public par contre oui ca serait utile.

Sinon la méthanisation ne valorise pas les effluents agricole à ma connaissance.

Kathar | 07 novembre 2013 à 12h03
 
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En Europe actuellement le problème du digestat ralentit le développement des unités de biogaz pourtant indispensables entre autres à l‘indépendance énergétique, à l’économie et à la sauvegarde du climat. Pour répondre à cela, les projets européens WAVALUE (High added value eco-fertilisers from anaerobic digestion effluent wastes) et EKONEK valorisent les digestats sous formes de granulés légers complets (mélanges organiques et minéraux) à libération lente et facilement transportables. C’est une ressource importante supplémentaire pour les unités de biogaz et pour la création d’emplois. Il n’existe encore qu’une seule unité de production de ces granulats en Europe. A rappeler aussi qu’il est nécessaire que le biogaz soit utilisé de préférence en cogénération pour un usage direct industriel ou au réseau et dans le transport pour les gros véhicules plutôt que dans la transformation en électricité où il y a plus de pertes lors de la transformation. Mieux encore le rendement global est meilleur avec le couplage à l’hydrogène issu des énergies renouvelables pour la méthanation. Un autre problème qui n’est pas encore réglé dans la pratique mais toujours largement étudié est la valorisation des phosphates et du phosphore issus de nos toilettes actuellement importés et qui vont manquer dans quelques décennies à peine et sont pourtant incontournables aux cultures et à la vie.

Energie+ | 08 novembre 2013 à 00h32
 
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Faut-il préciser que la France est assez bien équipée pour le stockage intersaisonnier du méthane dans des couches géologiques profondes.
Il existe plusieurs sites, notamment Tersanne et Etrez en région Rhône-Alpes.
Stocker le méthane produit en saison d'été pour l'utiliser en hiver n'est donc pas un problème insoluble.
J'ai bien peur que le principal point de blocage de la méthanisation soit l'inertie intellectuelle des éleveurs.

Dominique43 | 08 novembre 2013 à 09h33
 
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Et allez, encore une taxe ! L'imagination est vraiment au pouvoir ! :-(

Laurent Berthod | 08 novembre 2013 à 14h19
 
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En quoi le Plan de Fumure Prévisionnel peut-il réduire la production des effluents???
Il s'agit d'un document annuel que l'exploitant doit remplir pour gérer les effluents disponibles sur son exploitation à l'équilibre de la fertilisation azotée...
Le Rapport parle plutôt des dispositifs réglementaires qui, sur les zones en excédent structurel, ont interdit les extensions d'élevages et ont obligé la résorption des excédents.
Cela montre bien la complexité des dispositifs réglementaire et les difficultés de compréhension par le public.

willy | 08 novembre 2013 à 16h14
 
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Ce Plan d'action part d'une bonne intention mais beaucoup reste à faire pour favoriser une fertilisation organique. L'élevage ayant quasiment disparu dans certains départements, il conviendrait d'abord de se pencher sur comment réintégrer de l'élevage et une filière dans ces zones? Car je doute que les transports d'effluents sur près de 400 km soient si profitables qu'ils en ont l'air.

Après je suis tout à fait d'accord de repenser le système dans son ensemble, notamment en réintégrant des légumineuses dans la rotation.

Pourquoi ne pas faciliter cette réinsertion de l'élevage? Concernant la méthanisation, le digestat est certes intéressant pour la fourniture en N et P, mais quelqu'un aurait-il des infos sur sa teneur en C (appauvrissement, faible intérêt structurel sur les sols)?

Rudy | 08 novembre 2013 à 16h51
 
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Pourquoi veut on favoriser une fertilisation organique ? En vertu de quel principe agronomique ou environnemental ? Et si l'on pense n'y arriver qu'en taxant l'azote minéral, contre l'économie la plus évidentes !

L'azote organique est-il plus fertilisant ? Non !

L'azote organique est-il moins polluant ? Non ! Et même, comme il est relargué selon un rythme qui dépend des conditions climatiques non maîtrisées par l'agriculteur, il devient disponible pour la plante à des moments où elle n'en a pas besoin. Résultat, plus de nitrates dans les eaux !

L'azote organique est-il plus économique que l'azote minéral ? Cela dépend des cas. Dans les cas où il est plus économique, pas besoin pour que l’agriculteur lui donne la préférence, de taxer l'azote minéral. Dans le cas contraire il est antiéconomique de taxer l'azote minéral : hausse du prix de revient donc diminution du revenu de l'agriculteur ou hausse du prix du produit.

Les "raisonnements" des escrolos environnementeurs sont toujours aussi Shadoks !

Laurent Berthod | 08 novembre 2013 à 17h53
 
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Bonjour
Une politique intelligente voudrait qu'on limite les déchets avant de les traiter. Le lisier est un déchet toxique, sa seule utilisation admissible est au début de printemps à petites doses (moins de 30U azote / ha ) comme starter. La méthanisation du lisier est difficile étant donné son faible rapport C/N, les Allemands en sont à cultiver du maïs -à grand rendort d'intrants- pour l'ajouter dans les digesteurs. Méthaniser le lisier revient à repeindre l'élevage industriel en vert. Avant de s'imaginer que quelques bonbonnes de méthane vont suffire il faudrait regarder la consommation énergétique de l'agriculture industrielle en vraie grandeur (et pas au kilo de viande produit puisque ces kg de viande sont de l'excès), voir le coût énergétique des engrais et pesticides ainsi que des façons culturales du système intensif, des transports multiples, à comparer à une agriculture économe en intrants et une transformation en circuits courts. Aujourd'hui les gains de "productivité énergétique agricole" plafonnent à 20-30% mais pour passer à plus de 50% il faut changer d'agronomie et d'agroalimentaire. Les déboires actuels des filières bretonnes devraient y inciter, plutôt que faire croire aux éleveurs et ouvriers que les céréaliers d'un côté, les transformateurs de l'autre, sont leurs alliés quand ils ont été des prédateurs de subventions depuis des décennies.

degolarson | 08 novembre 2013 à 21h37
 
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Enfin un début de réflexion sur la valorisation des effluents d'élevage!
Mais reposer la valorisation énergétique uniquement sur la méthanisation alors que la plupart des projets mettent des plombes à avancer (et encore plus à se concrétiser) c'est un peu mince.
l'avantage de ce procédé et des autres moyens de traitement des effluents bruts (comme le compostage et les stations de traitements) c'est la transformation d'un effluent brut et parfois "instable" (je parle là de la fraction d'azote ammoniacal qui s'échappe de l'effluent) en matières aisément transportable et épandable aux champs, La valorisation passe aussi par là.
les projets WAVALUE et EKONEK devraient être aussi dérivés aux stations de traitement des eaux ( n'oublions pas que les boues d'assainissement ont les mêmes devenir que les fumier et lisiers agricoles) Bref il y a encore du travail et des idées à développer et pourquoi pas de l'emploi à créer (faut rester positif!)

moguesa | 09 novembre 2013 à 22h23
 
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En l'état actuel, on a un déchet, le lisier dont on ne sait que faire. Lorsqu'on veut s'en débarrasser, cela coûte de l'argent à l'éleveur.
D'un autre côté, on a des engrais chimiques, fabriqués essentiellement avec du gaz naturel (du méthane fossile) comme matière première.
Le prix du gaz ne va pas diminuer, même si l'exploitation de gaz de schiste entraine une baisse temporaire.
Vouloir créer une filière de valorisation des effluents d'élevage comme engrais semble logique, même si cela gène les lobbies de l'industrie chimique et les éleveurs traditionalistes.
Plutôt que d'enfermer une industrie dans une filière où l'avenir est bouché à terme, ne vaut-il pas mieux chercher comment l'adapter à de nouveaux impératifs économiques et environnemenraux ?

Dominique43 | 12 novembre 2013 à 09h48
 
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Toujours aussi polémique et peu constructif votre discours Mr Berthod. Et votre terme « escrolo » est un peu fatiguant à la longue : pensez-vous pouvoir vous renouveler de temps en temps ?

Premièrement, vous donnez peu de solutions comme à votre habitude, et deuxièmement, vos informations sont fausses :

« L'azote organique est-il plus fertilisant ? Non ! » : si, si vous entretenez les potentialités de vos terres et la qualité chimique de vos sols. Mais lorsque l’on a encore le schéma « sol = substrat inerte » en tête, il est difficile de comprendre cela.

« L'azote organique est-il moins polluant ? Non ! » : c’est également faux. Vous oubliez volontairement les externalités liés à la production des engrais minéraux à la source. Et en termes de piégeage d’azote dans des systèmes où il est limitant, il est valorisé au mieux, notamment par des couverts. De plus, dans les fermes en polycultures sans élevage, je doute qu’elles pratiquent la surfertilisation vu le coût des engrais organiques !

« L'azote organique est-il plus économique que l'azote minéral ? Cela dépend des cas. » : l’argument économique suprême. Cela ne dépend pas des cas non. Seulement cela est tributaire des filières animales et de leur réimplantation dans des régions où elles ont disparu. Mais là nous entrons dans des débats politiques qui vous sont chers.

Rudy | 12 novembre 2013 à 11h01
 
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Enfin, à vos questions « Pourquoi veut on favoriser une fertilisation organique ? En vertu de quel principe agronomique ou environnemental ? », je vous encourage à vous replonger sérieusement dans des cours d’agro. Stabilité structurale, taux de carbone, vie microbienne, humification : cela vous parle n’est-ce pas ? Et quelle vertu environnementale ? J’oubliais qu’importer des engrais minéraux est plus environnemental qu’utiliser ceux de sa propre ferme, pardon.

Rudy | 12 novembre 2013 à 11h02
 
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Merci à Rudy pour sa réponse sérieuse et argumentée à un message qui, comme d'habitude, ne l'était pas.

jujuniep | 12 novembre 2013 à 13h40
 
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Voilà une proposition qu'elle est bonne! aurait dit Coluche. Combiner des gains, on n'y avait pas pensé dites donc!
Pour l'azote, ce n'est pas comme le cholestérol: il n'y a pas le bon et le mauvais. C'est un tout petit peu plus complexe... AE ne peut-il pas proposer une explication vulgarisée du cycle de l'azote plutôt que d'attiser la rage (déjà bien exacerbée chez certains) contre les agriculteurs? C'est plus difficile mais ça vaudrait le coup.

Albatros | 13 novembre 2013 à 15h52
 
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Mon cher Rudy vous mélangez un peu tout.

1) Structure du sol : vous confondez le lisier qui n'a pas d'effets bénéfiques avec les fumiers, qui en ont. On parle bien de lisier, ici, non ?

2) Vous les avez calculées les externalités de la production d'engrais à la source. Vous êtes capable d'évaluer les externalité de la synthèse à partir de l'azote de l'air ? Les externalités c'est ce que les économistes sont incapables de calculer et dont se saisissent les environnementeurs à l'appui de leurs élucubrations.

3) Je ne vois pas comment on peut reprocher à une argumentation économique de relever d'une polémique politique, sauf à pratiquer un amalgame de mauvaise foi. Ce que je conteste c'est que l'on veuille fausser les coûts comparatifs en taxant une source plutôt qu'une autre. La théorie économique démontre qu'une telle utilisation de la fiscalité conduit immanquablement à une allocation des ressources non optimale.

Laurent Berthod | 14 novembre 2013 à 00h00
 
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Mon cher Degolarson,

J'aimerais bien savoir où vous avez trouvé cette norme farfelue d'au maximum 30 unités d'azote à l'hectare sous forme de lisier ! (Vous avez peut-être voulu écrire 300 unités)

Laurent Berthod | 14 novembre 2013 à 00h03
 
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Il est tout simplement mensonger de dire que les engrais azotés sont fabriqués à partir de l'azote atmosphérique.
La base de la synthèse est le méthane, c'est à dire le gaz naturel, qui est une source d'énergie fossile.
C'est par combinaison du méthane (CH4) avec l'azote atmosphérique (N2) qu'on fabrique l'ammoniac (NH3) qui est la première étape de la synthèse du nitrate d'ammonium.
C'est la raison pour laquelle le nitrate d'ammonium a été pendant si longtemps l'engrais le plus économique, puisque produit à partir d'une matière première à faible coût.
C'est aussi la raison pour laquelle il faut, dès maintenant, songer à trouver d'autres filières de production si on ne veut pas que notre industrie chimique s'évanouisse.
Il est bien plus économique de produire du nitrate d'ammonium dans des pays où on a du gaz naturel en excédent, parce qu'on y exploite des gisements pétrolifères, que dans le pays consommateur.
C'est plus simple de transporter des sacs d'engrais que du méthane liquéfié.

Dominique43 | 14 novembre 2013 à 09h35
 
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Mon cher Laurent, je ne mélange pas tout non. Nous parlions des engrais azotés en général et non exclusivement des lisiers, qui ont l’avantage eux de fournir de l’azote rapidement. J’abordais ce point pour argumenter sur l’intérêt des fumiers qui eux entretiennent les potentialités de vos terres et agissent sur du plus long terme, donc en complément du lisier.

Comme l’a si bien précisé Dominique43, l’ammonitrate est fabriqué par de l’azote de l’air mais également du méthane qui, après des transformations abouti à l’engrais minéral le plus utilisé. Alors pourriez-vous me préciser en quoi les externalités liées à la fixation symbiotique des légumineuses ou liées à la production d’engrais de ferme seraient plus élevées que celles affiliées à la production d’ammonitrate ? Ne soyez pas de mauvaise foi Mr Berthod ! Mais bien sûr, on préfère transporter des sacs d’engrais que du méthane liquéfié, suis-je bête ! Ou comment faire payer aux agriculteurs une source d’azote qui est à priori gratuite (N2) !

Enfin sur votre troisième point, je n’ai pas tout saisi. Dites moi si je me trompe, mais vous contestez en gros le fait que l’on puisse taxer les engrais chimiques et non les engrais organiques ? Elle est bien bonne tiens. La gratuité du N2 serait-elle gênante pour les industries chimiques ? « La théorie économique démontre qu'une telle utilisation de la fiscalité conduit immanquablement à une allocation des ressources non optimale. » : traduction ? sources ? rapport avec le sujet ?

Rudy | 14 novembre 2013 à 09h58
 
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Point de vue d'un agri.

Si le lisier de porc minéralise plus rapidement que du fumier , ce n'est tout de même pas comparable à de l'azote minérale avec laquelle on fertilise au plus juste pour éviter les désagrément que chacun connait.
Epandre du lisier de porc sur des chaumes de céréales en plein été avant l'implantation d'un cipan, détruit et mulché en surface se rapproche tout aussi des potentialités agronomiques du fumier.
Depuis que je fertilise une bonne partie de mes terres avec du lisier ( épandu principalement l'été ),mes rendements se sont améliorés mais l'ajustement de la dose d'azote se fait plus précisémment par de l'azote minérale. La minéralisation de l'azote organique n'est pas facilement gérable et malgré les reliquats azotés, on en met souvent plus( donc de trop) pour être sûr que la plante n'en manque pas.
Fertiliser à 100% avec de l'organique ne peut que polluer davantage.

ME51 | 15 novembre 2013 à 11h07
 
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« La minéralisation de l'azote organique n'est pas facilement gérable et malgré les reliquats azotés, on en met souvent plus (donc de trop) pour être sûr que la plante n'en manque pas. » : en quoi le fait d’en mettre plus favoriserait-il plus d’azote disponible pour la plante ? Mettre plus d’engrais organique ne booste pas la minéralisation à ce que je sache.

Concernant le complément en azote minéral, un entretien régulier de la fertilité de vos sols est la clé du système. La fertilité est un tout, et s’intéresser uniquement à son aspect chimique est réducteur quand on sait le rôle de la physique et de la biologie du sol. Des amendements réguliers favorisent une augmentation du stock global en nutriments et il est dommage d’en rester au constat : lisier -> augmentation de rendement. Certes, le lisier fourni plus d’azote car plus chargé et plus disponible, mais c’est sous évaluer les processus de nitrification qui permettent de rendre disponible un stock d’azote stocké via l’humus. Tout est ensuite question de température, porosité etc. Ne mélangeons donc pas la facilité d’utilisation des engrais azotés minéraux avec les processus qui permettent de s’en affranchir en se replongeant dans le fonctionnement de son sol. Et en termes de fiabilité et de rentabilité environnementale, vous « achetez » en quelque sorte vos derniers quintaux.

Rudy | 15 novembre 2013 à 13h27
 
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@ Rudy

Je ne suis pas d'accord avec vous.
Je ne dis pas que l'azote d'origine organique n'est pas bonne, je dis seulement que cette azote doit passer par différentes transformations avant d'arriver sous la forme nitrate alors que les azotes minérales et en particulier l'ammonitrate , va minéraliser très rapidement ce qui facilitera d'autant plus le pilotage de la fertilisation "optimale" de nombreuses plantes. Ceci est impossible avec de l'organique par exemple pour de l'orge de printemps brassicole qui nécessite un taux de protéine limite .
Je ne parle pas dans le vide, j'ai fait les frais d'une orge avec 13.5 de protéines qui m'a coûté un max de fric pour avoir fertilisé 8 ha avec uniquement du lisier ( apport de 50 m3 soit 150 unités d'azote " totale" 3 semaines avant le semis d'orge avec analyse des éléments fertilisants),comparé à un apport de 150 u sous forme ammo sur le reste de la parcelle( 5 ha) pour un taux de protéine de 11.2,donc dans les normes).Les rendements étaient identiques avec 83 qx ha.
Le même problème se rencontre souvent avec mes betteraves sucrières au niveau du % de sucre ,plus bas avec le lisier.

ME51 | 15 novembre 2013 à 18h38
 
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L’objectif de la méthanisation serait de limiter l’usage de fertilisants minéraux azotés.

Je ne vois pas au nom de quoi ceci constituerait un objectif souhaitable :

- La fertilisation est nécessaire et le recours aux engrais minéraux se fait en fonction des besoins des cultures,

- Le fait de méthaniser, dans l’hypothèse ou cela serait économiquement rentable - ce qui est loin d’être établi, ne change pas les flux de N et de P : ils sont strictement les mêmes dans les déjections animales et dans les digestats qui en seraient issus ;

- les lisiers et fumiers peuvent d’ores et déjà servir de fertilisants organiques sans méthanisation préalable.

Les bilans établis montrent :

- que les quantités d’azote issues des élevages, même en région d’élevages (Bretagne) ne dépassent pas 140 unités d’azote par hectare de surface agricole,

- que de tels apports ne suffisent pas à fertiliser les terres des régions d’élevage et que les agriculteurs ont recours à de la fertilisation minérale de complément.

Par conséquent la diffusion des digestats à l’extérieur des zones d’élevage, pour les substituer à la fertilisation minérale est une totale vue de l’esprit.

Les affirmations de l’INRA sur l’élevage et ses pseudo-déséquilibres, sont erronées :

- « L’ammoniac est source de particules dégradant la qualité de l’air, les nitrates impactent la qualité de l’eau… »

- Le lien de l’élevage au sol avec imposition de transfert des élevages vers les zones céréalières

L’idée que la ferti

Laurent Berthod | 17 novembre 2013 à 12h44
 
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@ ME51

Merci pour votre témoignage sur l’orge, qui est en effet troublant. Ce que je ne comprends pas c’est les taux en protéines. Ayant apporté 150 u N totales par du lisier, cela vous fait environ 105 u N potentiellement disponibles (CAU environ 70%). Comparé à 150 u N par de l’ammo, ce n’est pas logique : vous auriez du avoir plus de protéines sur la partie fertilisée à l’ammo car plus d’azote disponible.

Quelques questions donc : quelle était la teneur de votre lisier ? De quand datait l’analyse ? Les deux parcelles avaient elles le même précédent/historique cultural ? Quelle a été la météo par chez vous (températures et pluvio atypiques ?)..

Il y a forcément un facteur explicatif lié à l’année climatique atypique 2013 : une minéralisation lente de l’azote car des températures faibles. Sur les céréales, nous avons eu des taux en protéines plus bas que les années précédentes, avec des triticales pour une fois plus faibles que les blés. Est-ce la première année que vous observez ça sur vos orges ? Aviez vous fait cet essai ferti minérale/organique également l’année dernière ?

Rudy | 18 novembre 2013 à 10h03
 
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Cela doit faire une bonne dizaine d'années que j'avais fertilisé cette orge avec lisier comparé à de l'ammo.
Le lisier devait titrer 3 u N total par m3 ( l'analyse avait été faite au Printemps comme tous les ans)).
Il me semble que ce printemps là avait été froid et relativement sec,ce qui pourrait expliquer une minéralisation plus tardive du lisier et donc les protéines en excès.
Je sais que le précédent était un blé de pois sur toute la parcelle( un bon champs)

Depuis cet essai pas très concluant, je n'épand du lisier que devant colza, betteraves et semences de graminés .
Nos sols de craie sont assez long à se rechauffer au printemps,ce qui peu aussi expliquer un retard de minéralisation du lisier par rapport à l'ammo qui est pratiquement consommable instantanément .

ME51 | 18 novembre 2013 à 12h52
 
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"Il me semble que ce printemps là avait été froid et relativement sec, ce qui pourrait expliquer une minéralisation plus tardive du lisier et donc les protéines en excès." : l'azote participe au rendement et n'est en aucun cas responsable d'un plus fort taux en protéines lorsque la minéralisation est ralentie. Au contraire, on constate généralement (sur les blés) qu’une augmentation du rendement est souvent synonyme de baisse des teneurs en protéine (blé rendement vs blé qualité).

A rendement équivalent sur vos deux orges, il est vraiment très étrange que vous ayez eu des taux plus importants en protéines sur la partie organique comparé au minéral car il y avait moins d'azote disponible. Ainsi, le seul facteur fertilisation me semble très douteux pour expliquer vos différences, surtout à même précédent. Question bête mais était-ce la même variété ?

Peut être y-a-t'il eu un effet sol. Dommage que vous n’ayez pas fait une mini bande 0 u N pour avoir une idée du rendement/taux protéines sans aucune fertilisation, ce qui aurait peut être permis de conclure.

Rudy | 18 novembre 2013 à 13h39
 
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Si la minéralisation du lisier a pu être ralenti en début de ce printemps là, elle a pu être alors suffisante pour l'élaboration du rendement( la minéralisation de l'humus et du précédent a libéré également de l'azote).
Avec la montée naturelle des températures en Mai,Juin,la minéralisation du lisier a du alors être importante, mais trop tardivement, provoquant un excès d'azote dans la plante qui s'est traduit par plus de protéines ,ce n'est pas plus compliqué que cela!!!

Vous savez aussi bien que moi que lorsque l'on retarde un apport d'azote sur du blé, il fait plus de protéines et pas forcément moins de rendement d'où les 3 apports sur blé et uniquement 2 voire 1 sur orge brassicole pour éviter les protéines.

ME51 | 18 novembre 2013 à 21h26
 
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Je suis tout à fait d'accord avec Mr Berthod sur son dernier commentaire et je rajouterais que du digestat est certainement plus polluant que du lisier car il faut l'enfouir immédiatement car sa principale forme d'azote est devenu plus volatile.
Le seul avantage c'est " sans odeur".

ME51 | 18 novembre 2013 à 21h39
 
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