En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Phtalates et parabens à l'hôpital : le C2DS veut passer à l'action

A l'hôpital, phtalates et parabens se nichent partout, et impactent des populations particulièrement sensibles comme les nouveaux-nés prématurés. Le Comité du développement durable en santé tire la sonnette d'alarme.

Risques  |    |  Angela Bolis Actu-Environnement.com
   
Phtalates et parabens à l'hôpital : le C2DS veut passer à l'action
   

Omniprésents et invisibles, les phtalates et parabens ont aussi envahi les lieux où la santé est pourtant prioritaire. A l'hôpital, les premiers – assouplissants du plastique – se retrouvent autant dans les matériaux de construction, revêtements de sol, mobiliers, que dans divers matériels médicaux, des poches de sang aux cathéters. Dès 1991, ces molécules sont fortement soupçonnées de migrer du plastique au corps, après une expérience réalisée par le Dr Wennmalm dans un service de néo-natalité à Stockholm et relatée par le C2DS : en seulement deux jours, des sondes gastriques avaient perdu toute leur souplesse, les phtalates ayant fui dans le corps des nourrissons.

Or les nouveaux-nés sont tout particulièrement exposés dans les maternités. En 2008, un rapport du Scenihr s'inquiétait que dans ces services, "de nombreux soins reçus utilisant des dispositifs médicaux contiennent du DEHP (ndlr, un phtalate)", "les doses reçues pouvant atteindre vingt fois la dose journalière tolérable" pour les nourrissons. En outre, à cet âge, ils seraient tout particulièrement réceptifs aux effets présumés des phtalates - cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction. Si cette situation préoccupante a été prise en compte dans certains cas par les pouvoirs publics – en témoigne l'interdiction de six phtalates dans les jouets en 2005 (directive 2005/84) –, elle n'a paradoxalement entraîné aucune mesure à l'hôpital. "Pour les dispositifs médicaux en milieu hospitalier, le manque de données épidémiologiques et le grand nombre de situations nécessitant l'utilisation de matériels contenant des phtalates ont rendu plus complexe la mise en place de recommandations", énonce ainsi l'Affsaps.

Quant aux parabens, ils sont utilisés comme conservateurs dans des cosmétiques distribués ou conseillés par les professionnels de santé. Ainsi, une expérience du C2DS sur les "boîtes roses" offertes à l'accouchement a révélé la quantité de produits contenant des parabens, bisphénol A et autres perturbateurs endocriniens dans ces cadeaux, qui bénéficient de la caution médicale de l'hôpital.

De manière plus générale, une étude de l'AP-HP citée par le C2DS a montré que 70% des produits chimiques utilisés à l'hôpital sont toxiques et 15% classés CMR. Or après "une trentaine d'années d'utilisation des phtalates, les premiers effets se font largement ressentir", estime Olivier Toma, président du C2DS. En effet, les perturbateurs endocriniens sont parmi les premiers suspects dans l'augmentation des cancers et maladies liées au système hormonal, comme l'indique un récent rapport parlementaire.

Un manque d'ambition politique?

En juin 2010, une proposition de loi de la députée UMP Valérie Boyer visant à interdire les phtalates dans les dispositifs médicaux n'aura finalement jamais abouti. Le 3 mai dernier, c'est un projet de loi qui a été voté en première lecture à l'Assemblée nationale. Il entend interdire l'importation, la fabrication et la vente ou l'offre de produits contenant phtalates ou parabens. Encore soumis au vote du Sénat, il risque, selon le C2DS, d'être "reporté aux calendes grecques" à cause d'un fort lobbying des industriels. En attendant, le Comité espère faire pencher la balance en formulant neuf propositions.

Et en demandant, avant tout, un interlocuteur et un calendrier précis pour traiter ces questions. Car depuis quatre ans de mobilisation, le Comité s'est vu balader par un jeu de réponses de l'Anses, de l'InVs, du ministère de la Santé et de celui de l'Ecologie, aucun n'assumant la responsabilité, par exemple, des crèmes pour bébés à l'hôpital. En outre, des promesses telles que celle de Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, d'une campagne d'information à ce sujet n'ont jamais été suivies d'actions selon le C2DS.

Des pistes d'action : formation et information

Au-delà de cette base de travail, le principal grief formulé par le Comité concerne le manque criant d'informations : "Nous, professionnels de santé, distribuons des cosmétiques, nos hôpitaux achètent des matériaux de construction ou des dispositifs médicaux, or nous n'avons aucune information sur leur composition et leur toxicité. Nous sommes en incapacité totale de prendre des décisions", s'indigne Olivier Toma. D'où des préconisations autour de la formation du personnel, mais aussi d'un "affichage complet et lisible sur les produits cosmétiques", "d'écolabels et d'un affichage environnemental tel que l'exige le Grenelle 2". Par ailleurs, le "contrôle systématique des allégations commerciales" et le "renforcement du rôle de police sanitaire de l'Afssaps" permettraient d'instaurer de meilleures conditions pour les choix des professionnels. Enfin, en l'absence d'informations fiables et lisibles, le C2DS préconise l'application du principe de précaution.

Autre difficulté pointée du doigt : les cosmétiques, bien qu'utilisés à l'hôpital, ne font pas l'objet d'Autorisations de mise sur le marché comme les médicaments. Le C2DS souhaite que ce soit le cas, afin d'en renforcer le contrôle. Une demande qui s'applique également aux matériaux de construction dans le secteur hospitalier. Dans ce dernier cas, le plan hôpital 2012, qui a bénéficié de 10 milliards d'euros d'investissements pour rénover le secteur, n'aurait pas intégré ce type de critères pour le choix des matériaux de construction, selon Olivier Toma. Affaire à suivre avec le prochain plan hôpital 2020.

Enfin, côté alternatives, le C2DS conseille de structurer davantage la recherche & développement, pour trouver et diffuser au mieux les alternatives viables aux produits toxiques. Il demande également un "indice de substitution", encore une fois par souci d'information. Car "à quoi bon opter pour une crème sans paraben, si le produit qui le remplace est moins connu mais tout aussi toxique", interroge Olivier Toma.

Autant de pistes que le C2DS espère voir se profiler rapidement, à l'heure où les phtalates et substances chimiques sont progressivement éradiqués des hôpitaux et, tout particulièrement, des maternités d'Autriche et de Suède.

Réactions2 réactions à cet article

 

"reporté aux calendes grecques" à cause d'un fort lobbying des industriels.Dans ces conditions et vu les enjeux soit on vire les lobbys, on se demande d'ailleurs comment font ces gens pour tout influencer, pot de vin, copinage, prêt de jet pour les vacances, avantages en nature...etc
tout cela ne sent vraiment pas bon.Les effets de ce lobbying a outrance sont désastreux pour notre santé, notre économie et notre démocratie.Je dis virons tous les lobbys, leur pouvoir de nuisance a assez duré.

technocrate137 | 25 août 2011 à 11h35
 
Signaler un contenu inapproprié
 

est ce qu'on peut mesurer les taux de phtalates et parabens dans le sang ? si oui combien ça coûte ? merci et urgent !

marie | 07 octobre 2011 à 13h37
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager