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Poussières rouges : quels impacts sanitaires des sites de stockage d'Alteo ?

Différentes études se sont penchées sur l'impact sanitaire et environnemental des sites de stockage des déchets minéraux de la société Alteo. Tour d'horizon des résultats obtenus.

Risques  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
Poussières rouges : quels impacts sanitaires des sites de stockage d'Alteo ?
Environnement & Technique N°380 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°380
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Le fort vent d'est du mercredi 8 avril sur Bouc-Bel-Air près de Gardanne (Bouches-du-Rhône) a remis sous le feu des projecteurs la société Alteo : un nuage de poussière rouge a recouvert une partie de la commune. En accusation : le site de stockage de ses déchets de résidus minéraux de "Mange-Garri" installé sur le village.

Si le producteur d'alumine a trouvé une réponse technique aux problèmes des boues rouges rejetées en mer, son activité génère toujours des déchets liquides et solides. Pour les effluents issus de ses process, l'industriel bénéficie d'une dérogation jusqu'en 2021 pour les évacuer au large de Cassis dans le parc national des Calanques. Les rejets solides sont quant à eux stockés sur le site de Mange-Garri et une part est valorisée sous forme de Bauxaline, à Gardanne.

La question de l'impact environnemental et sanitaire des envols de poussières des sites inquiète les riverains et un recours notamment a été déposé au tribunal administratif de Marseille. Pour tenter de trancher sur l'influence du site, des organismes ont suivi et analysé cette pollution atmosphérique.

Un risque radiologique faible mais des analyses à consolider

Un des risques potentiels soulevés est l'exposition radiologique. Sur la base d'un rapport réalisé par la société d'ingénierie Antéa Group en 2013, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a estimé que l'enjeu associé au site de Mange-Garri n'était pas important. "Bien que la durée de la campagne n'ait pas permis de réunir les conditions d'empoussièrement représentatives de l'ensemble des conditions météorologiques possibles, l'IRSN considère que les résultats issus de cette campagne confirment que l'impact radiologique lié à l'inhalation de poussières en provenance du site de Mange-Garri est très faible", a affirmé l'organisme. La Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) a quant à elle une position plus mesurée. "L'exposition à de faibles doses de radiation augmente les risques de cancer à long terme sans qu'ait pu être établie l'existence d'un seuil d'innocuité, pointe celle-ci. L'évaluation des facteurs de risque est complexe et fait l'objet de vives polémiques dans la communauté scientifique".

D'autres résultats de projet de recherche comme Red'Air de l'IRSN devraient prochainement venir alimenter la réflexion.

Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a mené une campagne d'investigation de terrain de fin 2015 à début 2016. Concernant la qualité des sols, il relève une pollution liée à l'usine à proximité du site (à moins de 500 mètres) pour le titane, le fer, le vanadium, le chrome total, le sodium et le zirconium. Le BRGM a également retrouvé de l'arsenic mais dont l'"origine géologique naturelle n'est pas exclue pour expliquer les anomalies rencontrées".

Sur la question de la qualité de l'air, l'organisme indique que les concentrations mesurées pour les particules fines (PM10) sont en général inférieures aux valeurs réglementaires. Il estime que le site de stockage contribue à la pollution de manière ponctuelle (lors de vent d'est).

Bientôt une étude épidémiologique élargie ?

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a quant à elle identifié des risques sanitaires liés à l'exposition aux concentrations moyennes de particules fines (PM10) mais également par l'inhalation et ingestion d'arsenic inorganique. Elle relève un risque lié à l'ingestion d'aluminium pour les enfants et ne peut exclure un risque concernant le plomb. Toutefois, "il n'est pas possible de discriminer la contribution spécifique historique ou actuelle de l'exploitation industrielle du site de stockage de Mange-Garri propriété de la société Alteo et ce au vu du contexte géologique particulier de la région mais également en considérant les autres activités industrielles et les autres sources anthropiques locales", souligne-t-elle .

La Cellule d'intervention de Santé publique France en région Provence-Alpes-Côte d'Azur s'est quant à elle penchée sur les pathologies rencontrées chez les résidents proches du site de Mange-Garri. Si elle n'a pas pu faire de lien entre les maladies développées et l'exposition aux poussières émises par le site, une réflexion est en cours sur la pertinence de mettre en place une étude épidémiologique sur un territoire élargi autour de l'usine d'alumine.

Enfin, Air Paca a également lancé en février 2017 une campagne d'un an de surveillance de la qualité de l'air des sites de Gardanne et Mange-Garri. Les résultats du premier trimestre montrent que la quantité de matière déposée au sol est comparable à une zone urbaine ou péri-urbaine. En revanche, la composition de ces dépôts serait influencée par les sites de stockage. Ces derniers jouent également sur la pollution inhalable lors de vents supérieurs à 20 km/heure pour des particules dont le diamètre est supérieur à 2,5 microns.

Un arrêté d'urgence pris par le préfet

Ces conditions météorologiques sont celles de l'épisode du 8 avril : un vent fort, avec des vitesses comprises entre 6 et 40km/h - exceptionnellement toutefois en provenance d'est. Le nuage provoqué a poussé le maire de Bouc-Bel-Air à porter plainte. Pour tenter de réduire les nuisances, le préfet a quant à lui pris un arrêté d'urgence.

Alteo devra ainsi éliminer à sa charge les conséquences générées par les retombées de poussières sédimentaires chez les riverains et dans les lieux publics. La société devra également fournir à l'inspection des installations classées un rapport d'accident dans un délai de quinze jours qui indique notamment le lieu et l'entendu de la zone impactée.

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