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Alternative à la consigne : Federec propose de doper le bac jaune

La fédération du recyclage s'oppose à la consigne. Federec préfère un nouveau schéma de collecte des déchets, selon qu'ils soient secs ou humides. Elle entend mobiliser les députés.

Déchets  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Plutôt que de développer la consigne, la Fédération des entreprises du recyclage (Federec) propose de déployer sur tout le territoire une collecte divisée en quatre flux basés sur la distinction sec / humide. Ce nouveau schéma permettrait de collecter plus de déchets valorisables, estime la fédération qui réclame aussi la mise en œuvre d'un plan Marshall pour assurer son déploiement. Federec publie ce lundi 24 juin 2019 une lettre ouverte en ce sens adressée au Premier ministre. Elle annonce aussi vouloir mobiliser les députés contre le projet de consigne porté par le gouvernement.

Faire du bac jaune le bac principal

Aujourd'hui, le tri des déchets vise à séparer des ordures ménagères les emballages et papiers valorisables. Le bac jaune collecte 5,1 millions de tonnes (Mt) d'emballages et de papiers, sur un total de 22,5 Mt de déchets ménagers. Le bac des ordures ménagères résiduelles (OMR) reste le pilier de la collecte avec près de 17,5 millions de tonnes collectées. Federec veut renverser cette logique pour faire du bac jaune le bac principal. Celui-ci recevrait alors tous les déchets, à l'exception des déchets humides et du verre.

Concrètement, le schéma de collecte proposé par Federec comprend quatre flux de déchets, deux secs et deux humides. Les deux flux secs sont le verre et un flux constitué de l'ensemble des déchets valorisables secs et non dangereux, hors encombrants. Ce bac jaune, collecterait chaque année 11,25 Mt de déchets. Les déchets ainsi collectés seraient recyclés ou transformés en combustible solide de récupération (CSR). A cela, s'ajoutent deux flux de déchets humides : un pour les biodéchets et un pour les déchets humides sales (typiquement les déchets de salle de bain : couches, lingettes, cotons-tiges, etc.). Le premier collecterait 3,75 Mt, en vue d'un retour à la terre, et le second 7,5 Mt destinées à l'incinération ou l'enfouissement.

Parallèlement, Federec défend un plan Marshall pour améliorer la collecte en milieu dense et hors foyer. Il permettrait d'abord de développer des points d'apport volontaire dans les grandes villes (sur la base des quatre flux proposés). Il comprendrait ensuite la "mise en place systématique dans les lieux dits « hors foyer » de la collecte sélective « bac jaune » [nouvelle formule]". Selon Federec, cela reviendrait essentiellement à orienter vers les centres de tri la collecte des poubelles publiques, celles-ci contenant déjà essentiellement des déchets secs. Le troisième volet de ce grand plan d'investissement est un programme dédié à l'équipement de l'ensemble de la restauration rapide.

Un manque à gagner de 1.000 euros par tonne de bouteilles

Cette contre-proposition vise à convaincre le gouvernement de revenir en arrière après le lancement mercredi 19 juin, d'un comité de pilotage chargé de "définir les conditions de mise en œuvre de la consigne sur les emballages en France". La consigne "est totalement anachronique", critique Federec qui déplore qu'"elle ne [tienne] pas compte des acquis de l'utilisation massive de la robotique dans les techniques de tri". Plutôt qu'un débat sur les conditions de mise en œuvre de la consigne des bouteilles, Federec voudrait que les pouvoirs publics cherchent à augmenter la collecte de tous les déchets plastique. Aujourd'hui quelque 3 Mt de déchets plastique sont produits, dont un peu plus de 2 Mt issus des emballages (la moitié de ce total est constituée d'emballages ménagers), explique Jean-Philippe Carpentier. Sur ce total, les bouteilles PET représentent 400.000 tonnes fait valoir le président de Federec. Or "les bouteilles sont collectées à 99 %", soit dans le bac jaune (environ 55 % de l'ensemble des bouteilles), soit avec les OMR ou les poubelles publiques. D'où la proposition de Federec d'augmenter le volume du bac jaune.

Bien sûr, le nerf de la guerre est économique. Chaque tonne de bouteille PET détournée des centres de tri vers la consigne représente un manque à gagner d'environ 1.000 euros pour les centres de tri. Entre 300 et 350 euros sont perdus faute de vendre le PET trié. Dans un système de consigne, la matière serait probablement directement captée par les industriels de la boisson qui pourraient ainsi réduire leur coût d'approvisionnement en matière recyclée, craint Jean-Luc Petithuguenin, PDG de Paprec.

A cela s'ajoute un manque à gagner de 660 euros qui correspond au soutien versé par Citeo du pour chaque tonne de déchets plastique triés. Certes, ce soutien à la tonne pourrait progresser pour compenser la diminution de la vente du PET et la réduction des tonnages de plastique triés, mais Jean-Luc Petithuguenin n'y croit pas. Il explique que la consigne réduirait les éco-contributions perçues par Citeo au titre de la mise sur le marché de bouteilles plastique, ce qui rendrait impossible une hausse du soutien versé par l'éco-organisme. Aujourd'hui, les éco-contributions représentent "environ 100 millions d'euros", explique-t-il. Pour le PDG de Paprec, le modèle de consigne élaboré par les géants de la boisson (Coca-Cola, Danone et Nestlé) repose sur trois piliers : une baisse des contributions versées à Citéo, une baisse des coûts d'approvisionnement en PET recyclé et des revenus tirés des consignes payées, mais non récupérées par les consommateurs.

Réactions2 réactions à cet article

 

Il suffirait que CITEO ait le monopole des consignes et qu'il revende les bouteilles récupérées aux fabriquants de boissons: le revenu, qui serait reversé aux collectivités (voire partiellement aux recycleurs) couvrirait les couts de la collecte et du recyclage des autres emballages plastiques non consignables (film, barquette...) : ainsi le plastique rentable paierait pour le plastique non rentable.

précisions SVP | 25 juin 2019 à 09h32
 
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Les opérations de recyclage génèrent un accroissement de la valeur d'échange du produit recyclé (plus-value) avec, parfois et de plus, une modification de sa valeur d'échange. Ceci vaut bien une compensation financière au bénéfice du propriétaire de la "matière première" (l'emballage acheté avec le consommable, destiné à être réutilisé, en l'état ou transformé).

Mais pourquoi donc les bouteilles collectées "à 99%" par Federec ne ferait-elles pas l'objet de la consigne? Libre ensuite à Federec, après avoir remboursé la consigne au propriétaire de l'emballage, d'en faire ce qu'elle en veut!

On comprend bien les craintes de la Fédération, de voir la matière (ici, les bouteilles) "probablement directement captée par les industriels de la boisson".

Dans un système économique fondé sur la libre concurrence, cher Précision SVP, il ne saurait théoriquement prévaloir de monopole de processus, car ce monopole-ci représenterait le privilège, dont pourraient disposer des organismes, de vendre seuls certains biens ou services à l'exclusion de tout autre concurrent.

La Fédération du recyclage ne pourrait-elle pas se mettre en mesure de rembourser les consignes des emballages qui lui sont confiés?

Bien à vous,

Euplectes

Euplectes | 25 juin 2019 à 16h47
 
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