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Actu-Environnement

Qualité de l'air : la circulation alternée a un impact quantifiable et visible

Une étude d'Airparif estime que la circulation alternée appliquée en Ile-de-France en mars a favorisé l'amélioration de la qualité de l'air constatée ce jour là. Ce résultat semble renforcé par la bonne acceptation de la mesure par les Franciliens.

Transport  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Ce mercredi 14 mai, Airparif a présenté le bilan de la qualité de l'air en Ile-de-France pour l'année 2013. "La qualité de l'air reste problématique", indique Airparif, précisant qu'"en 2013, plus de 3 millions de Franciliens [ont été] potentiellement exposés à des niveaux de pollution qui ne respectent pas la réglementation, principalement dans l'agglomération et au voisinage de grands axes de circulation". Seule éclaircie, "l'année 2013 montre (…) une légère tendance à la baisse des niveaux de pollution chronique". Les niveaux de pollution aux particules (PM10 et PM2,5), au dioxyde d'azote (NO2), à l'ozone (O3) et au benzène (C6H6) restent importants.

Cependant, cette présentation a surtout été l'occasion de revenir sur l'épisode de pollution de mars 2014 et la mise en œuvre de la circulation alternée. "L'agglomération parisienne a traversé un épisode de pollution long et intense", rappelle l'association en charge de la surveillance de la qualité de l'air en Ile-de-France.

La circulation alternée est efficace, acceptée et pédagogique

Pour Jean-Félix Bernard, président d'Airparif, l'épisode de pollution qui s'est étalé du 5 au 19 mars 2014 est "exceptionnel".

"Les dépassements de seuils ont d'abord commencé avec une pollution locale, renforcée par un import en milieu d'épisode puis un ajout de pollution locale en fin de semaine", résume Airparif. Par ailleurs, le phénomène d'inversion de température, c'est-à-dire la formation d'un couvercle d'air chaud lié au refroidissement nocturne du sol en situation anticyclonique, a favorisé la stagnation des polluants.

Dans ce contexte, l'Etat avait décidé de mettre en place la circulation alternée le 17 mars. Premier constat réalisé par Airparif, si la mesure a eu un "impact variable" selon les zones, celui-ci est cependant "quantifiable et visible" : le trafic a été réduit de 18% à Paris, de 13% en petite couronne et de 9% en grande couronne. Les meilleurs résultats ont été constatés à l'heure de pointe du soir, avec une baisse de 21% à Paris, de 15% en petite couronne et de 10% en grande couronne.

Cette réduction de la circulation automobile a permis une "baisse [moyenne] de 15% des émissions liées au trafic routier en particules PM10 et de 20% des émissions d'oxydes d'azote". Cette réduction des émissions polluantes a permis une réduction des concentrations de PM10 constatées, de l'ordre de 2% en moyenne sur l'ensemble de la zone concernée et de plus de 6% en moyenne à proximité du périphérique parisien. A certaines heures, la baisse des concentrations de PM10 a dépassé 10%, comme par exemple le long du périphérique lors de la pointe du soir. A cette même heure et sur ce même axe routier, la baisse de concentration en NO2 "[a] ponctuellement pu atteindre 30%".

En conséquence, les mesures de réduction du trafic sont "pertinentes", estime Anne Kauffmann, directrice adjointe d'Airparif, notamment parce qu'un tiers de la population francilienne vit à moins de 200 mètres d'un axe routier recevant plus de 15.000 véhicules par jour.

Enfin, les responsables d'Airparif sont revenus sur l'acceptabilité de la mesure. "Contrairement à une idée reçue", la mesure bénéficie d'"une perception positive, voire très positive", estime Jean-Félix Bernard se référant à une étude que vient de publier l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Selon cette étude, réalisée par BVA, 59% des personnes interrogées considèrent que la mise en place du dispositif de circulation alternée le 17 mars était justifiée, même si les avis sont partagés sur son efficacité (26% considèrent que c'est un succès, 48% ni un succès ni un échec et 19% un échec). De même, l'étude révèle que le dispositif est facile à comprendre (73% des répondants) et qu'il contribue à sensibiliser (68%) et à inciter (69%) au changement de pratiques.

Une amélioration bien trop lente

Compte tenu du retour d'expérience de l'application de la circulation alternée, les résultats 2013 ont été quelque peu éclipsés.

En 2013, l'exposition potentielle des Franciliens aux dépassements des valeurs limites journalières et annuelles pour les PM10 concernait environ 1,4 million d'habitants au voisinage de grands axes de circulation, contre 2,6 millions en 2012. "Les valeurs limites journalières et annuelles pour les particules PM10 sont toujours largement dépassées mais sensiblement moins qu'en 2012", constate Airparif.

"Le dépassement de cette réglementation journalière est très marqué sur les stations trafic", commente l'association. Quant au PM2,5, "l'ensemble des 11,7 millions de Franciliens sont potentiellement concernés en 2013 par le dépassement de l'objectif de qualité".

Le bilan est similaire pour le NO2. En 2013, 3,4 millions de Franciliens, dont plus de neuf Parisiens sur dix, sont potentiellement exposés à des niveaux de NO2 au-delà de la réglementation. Si Airparif constate "une légère baisse" des niveaux de NO2 à proximité du trafic, l'association ajoute qu'"en situation éloignée du trafic, les niveaux sont globalement proches de ceux enregistrés en 2012".

Quant à l'ozone et au benzène, leur concentration dépasse encore l'objectif de qualité européen. L'ozone se distingue, puisqu'"en matière d'évolution sur le long terme, [il] était le seul polluant pour lequel les niveaux moyens étaient en augmentation", note Airparif ajoutant néanmoins qu'"ils tendent à se stabiliser ces dernières années".

Dans ce contexte, et compte tenu des procédures pour infraction en cours (pour les PM10) et à venir (pour le NO2) est-il envisageable que l'Ile-de-France respecte la réglementation européenne ? Cela semble difficile. Constatant que la baisse de la pollution est de l'ordre de 1% par an depuis 10 ans, Jérôme Clave, directeur d'Airparif, estime qu'"à ce rythme, il faut 30 à 50 ans". Un délai bien long, alors que la nouvelle stratégie de l'Union européenne vise le respect intégral de la directive sur la qualité de l'air d'ici 2020.

Réactions7 réactions à cet article

 

La diminution de la circulation automobile entraine une diminution de la concentration en polluants ! Quel scoop. Heureusement qu'il y a des études pour nous le prouver. Mais quand on s'intéresse aux chiffres on s'aperçoit rapidement que même si la voiture est systématiquement pointée du doigt elle est loin d'être la seule source de pollution. Pourquoi ne pas interdire le chauffage (au moins autant générateur de pollution) lors des pics de pollution ? Parce que c'est moins populaire (ou populiste c'est selon). L'épisode de pollution était en grande partie dû à d'autres facteurs que la circulation automobile. Mais comme on a martelé aux citoyens que c'était la faute à la voiture, forcément la circulation alternée a été acceptée (de toute manière, les franciliens concernés n'avaient pas vraiment le choix). Par contre, prendre une décision le week-end pour une application le lundi montre l'incompétence et la déconnexion de la réalité des citoyens lambdas par les pouvoirs publics.
Les transports publics sont bondés aux heures de pointe et vieillissants, les gens sont obligés de s'éloigner de plus en plus de Paris compte tenu du prix de l'immobilier... il faudrait déjà commencer par traiter ces problèmes avant de pointer du doigt le méchant automobiliste qui prend sa voiture pour faire 1 heure de bouchon pour aller au boulot.

François | 15 mai 2014 à 09h11
 
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Tout à fait d'accord François ! Les poussières fines émises par les voitures diesel ne représentent que 9% du total émis en France; le transport tout confondu ne représente que 35% des GES dont 50% (de ces 35%) pour les voitures particulières. (source CITEPA)
Alors, pourquoi pas aussi un chauffage en alternance !!!

kali87 | 15 mai 2014 à 18h57
 
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Jolie mesurette très médiatique. Pathétiquement insuffisante ! On y revient toujours : les constructeurs automobiles ont dans leurs cartons des voitures qui font 3 litres au 100km. Interdisons rapidement la mise sur le marché de véhicules qui consomment plus, point-barre.

dmg | 15 mai 2014 à 19h10
 
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C'est certain que quand Airparif évalue l'efficacité des préconisations de Airparif, elle ne va pas trouver que c'est mauvais...
Personne ici pour contester l'indépendance de l'étude?
En même temps c'est vrai qu'on a besoin d'ne étude pour trouver que, quand on interdit la circulation de la moitié du parc auto, on obtient une pollution réduite. Quels génies!
Maintenant, peut-on s'attaquer à réduire la nécessité, pour le populo dont je suis, de la migration biquotidienne quand il n'existe pas de transports en commun performants???
NB: j'ai 56 km à faire chaque jour, sans liaison directe, sans maîtrise véritable sur les horaires, et je ne me vois plus en capacité de les faire en Vélib'

Albatros | 16 mai 2014 à 15h07
 
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Porter un jugement pareil sur une mesure qui n'a été appliquée qu'un seul jour tout à la fin de l'épisode de pollution est inepte!
Franchement croire que l'on peut développer sans cesse les mégalopoles et s'imaginer qu'on puisse AUSSI y respirer un air sain n'est tout simplement pas sérieux! Il faut attaquer le problème autrement que de façon triviale avec des préconisations qui montrent une absence de réflexion sur les causes profondes.

ami9327 | 16 mai 2014 à 17h52
 
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Bonjour,

Que pensez-vous de :
1er janvier 2015: Obligation pour les nouvelles automobiles d'être équipées du système "Stop and Go", système qui coupe le moteur à chaque arrêt, feu rouge, embouteillage...
1er janvier 2016: Commercialisation uniquement d'automobiles hybrides, bio-carburants ou électriques.

Le coût supplémentaire d'un véhicule serait atténué par les économies d'échelles des constructeurs sur ces technologies.
Le manque à gagner sur la taxe du pétrole et du diesel serait compensé par les bienfait sur la santé publique et ainsi le trou de la sécurité sociale, la diminution des opérations de circulation alternée, et la hausse du pouvoir d'achat induit par les économies "à la pompe".

Cordialement,

MathieuJosephin | 18 mai 2014 à 12h05
 
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A Mathieu
Que du mal. Ce système stop & go est un désastre au plan des émissions de polluants quand le moteur est froid.
Les électriques vont générer une masse encore non estimée de déchets dangereux, sans compter la question des modes de production de l'électricité.
Pourquoi ne pas questionner sur la nécessité de la migration biquotidienne à heures fixes de banlieue à centre ou de banlieue à banlieue? TOUS les gens en auto matin et soir sont-ils vraiment nécessaires? Un décalage d'horaires? Du travail à distance?
Quelle distance est optimale entre travail et domicile? Pourquoi imposer aux gens de prendre n'importe quel job même à 100 bornes de chez eux? Pourquoi l'alternative à l'auto est si mal développée?
Etc.
Avant de s'en remettre à de la technique, pourquoi ne pas décortiquer le fond du problème de la mobilité?

Albatros | 20 mai 2014 à 09h35
 
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