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Actu-Environnement

Barrage de Caussade : le bras de fer reprend

MAJ le 03/03/2020

Avec les pluies, la retenue de Caussade se remplit. Face aux risques liés à un ouvrage qui n'a pas été réalisé dans les règles de l'art, la préfecture du Lot-et-Garonne exige une vidange de l'ouvrage.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Barrage de Caussade : le bras de fer reprend

Le bras de fer autour de la retenue de Caussade entre les agriculteurs et la préfecture reprend. Dans un courrier daté du 26 février, adressé aux élus locaux, la préfète du Lot-et-Garonne, Béatrice Lagarde, annonce qu'elle lance une nouvelle procédure pour que la retenue soit vidangée. Les agriculteurs disposent jusqu'au 10 mars échu pour obtempérer. Passé ce délai, des travaux pourront être effectués sous la responsabilité de la préfecture, aux frais de la chambre d'agriculture. « Malgré mes lettres de mise en demeure, dont la plus récente adressée le 10 février 2020, la chambre d'agriculture persiste dans la poursuite du remplissage de la retenue », déplore la préfète.

Cet ouvrage s'inscrit dans un contexte particulier. Porté par la chambre d'agriculture, le projet a obtenu le feu vert de la préfecture du département en juin 2018, avant de se voir retirer l'autorisation par cette même préfecture à la demande des ministères de la Transition écologique et de l'Agriculture.

Le maître d'œuvre, le Syndicat d'irrigation du Lot-et-Garonne, avait contesté cette décision et déposé un recours. Le tribunal administratif de Bordeaux a, en mars dernier, confirmé l'illégalité de l'autorisation.

Devant la poursuite des travaux, la préfète de département a pris un arrêté, le 2 mai, pour que la chambre d'agriculture les stoppe, supprime l'ouvrage et remette en état le site. Elle demandait également à ce que les vannes de vidanges soient ouvertes et qu'une brèche soit créée dans l'ouvrage. Sans réel effet.

Pour tenter de sortir d'une situation de conflit, les préfètes de Nouvelle-Aquitaine et du Lot-et-Garonne ont souhaité ouvrir une concertation avec les acteurs locaux, et un comité de pilotage a été installé en juillet dernier. Dans le même temps, la préfecture de Nouvelle-Aquitaine a demandé la réalisation d'une étude de sécurité de l'ouvrage existant par un cabinet agréé et la mise en œuvre de ses conclusions. Autre exigence : le lancement d'une nouvelle étude d'impact environnemental avec un volet hydrologique à l'échelle du bassin versant du Tolzac.

Un niveau d'eau de 5 m en février

Toutefois, à la fin de l'année 2019, les services de l'État ont constaté que la retenue se remplissait malgré des injonctions à la vider. Le 12 février dernier, le niveau d'eau atteignait ainsi les 5 mètres. Or l'étude de sécurité du cabinet agréé indiquerait, selon le courrier de la préfète du Lot-et-Garonne, que « l'ouvrage n'a pas été réalisé dans les règles de l'art et [que] le risque de rupture est avéré ».

Parmi les manquements : des défauts dans la réalisation du drainage verticale avec une remise en cause de la pérennité de l'ouvrage à moyen et long termes, des coefficients de sécurité insuffisants ou l'utilisation de matériaux non-homogènes.

 
Pour tenter de sortir d'une situation de conflit, les préfètes de Nouvelle-Aquitaine et du Lot-et-Garonne ont souhaité ouvrir une concertation avec les acteurs locaux, et un comité de pilotage a été installé en juillet dernier.  
 
« Par ailleurs, une étude menée par l'Irstea en 2019, sur demande de la Dreal Nouvelle Aquitaine, a simulé l'impact d'une rupture en cas de crue décamillenale, pointe la préfète du Lot-et-Garonne. Selon cette analyse, 70 habitations pourraient être impactées en cas de rupture de la retenue pleine (920 000 m3). Les experts consultés (…) estiment que la durée entre la rupture et l'atteinte du pic serait de quelques dizaines de minutes à une heure. »

La préfète a donc décidé d'engager une procédure à l'encontre de la chambre d'agriculture pour que soit effectuée la vidange de la retenue.

« Une fois la vidange du lac opérée, les concertations pourront reprendre, comme initiées en juillet, afin de relancer une procédure de construction d'un projet de territoire pour la gestion de l'eau et un dépôt d'autorisation de l'ouvrage ou l'identification d'une solution sur un nouveau projet », assure la préfète.

Réactions4 réactions à cet article

 

C'est extraordinaire : la justice ordonne l'arrêt de ces travaux illégaux et la remise en état du site avec destruction des ouvrages construits mais la chambre d'agriculture n'obtempère pas, les préfectures concernées prennent arrêtés sur arrêtés et, face à la fin de non-recevoir de la même chambre d'agriculture - faisant ainsi courir des risques aux tiers en cas de crue -, organisent une conciliation et comme cela ne fonctionne toujours pas, engagent une procédure ! Que de temps perdu alors que la justice a très clairement tranché. Il est évident que tout autre acteur en milieu rural aurait été dès le départ contraint à obtempérer, si nécessaire manu militari.
Après des décennies de pusillanimité et de compromissions coupables avec les gros bras de l'agriculture industrielle et destructrice, il est impératif de rétablir l'état de droit dans les campagnes et rappeler à certains que les lois s'appliquent à eux aussi.

Pégase | 03 mars 2020 à 12h38
 
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Complètement d'accord. La justice n'est pas la même pour tout le monde. Les exemples sont nombreux chaque jours, dans de nombreux domaines : santé, éducation, droit du travail, environnement, liberté d'expression, etc. La liste s'allonge et ne fait que confirmer la difficulté de faire partie de "ceux d'en bas". Le dernier ouvrage de Gérard Noiriel, Une histoire populaire de la France est édifiant. Bon sang ! Faudra-t-il attendre que cela se traduise dans les urnes ou est-il encore possible de rétablir une démocratie ?

roland | 04 mars 2020 à 15h45
 
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Incroyable! C'est comme pour le pont de Jargeau sur la Loire: le TA a tranché en défaveur, le BRGM indique que le pont risque de s'écrouler à cause des poches karstiques sur lesquelles les piles s’appuieraient, ce pont détruit des zones de protection des oiseaux et s'inscrit dans un périmètre de protection de l'Unesco, il n'a pas d'utilité véritable ... et on le construit quand même en détruisant des zones Natura 2000: Vive la France!

gaïa94 | 19 mars 2020 à 16h14
 
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Tout à fait, gaïa94. Les décisions de justice s'appliquent manifestement d'avantage à certaines catégories de citoyens que d'autres. Ce n'est finalement ni plus ni moins que de la délinquance en bande organisée. Mais comme elle rapporte gros à pas mal d'entreprises du BTP pourvoyeuses d'emplois (et peut-être aussi de petits renvois d'ascenseurs...) et qu'elle affecte principalement l'environnement, ça passe encore et toujours sans inquiéter grand monde. Mais ça en irrite de plus en plus...

Pégase | 19 mars 2020 à 17h29
 
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