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Forum urbain mondial de l'ONU : inventer de nouvelles trajectoires

A l'occasion du 5ème forum urbain mondial qui s'est ouvert à Rio de Janeiro le 22 mars à l'initiative de l'agence des Nations unies pour l'habitat (ONU-Habitat), le droit à la ville soutenable, résiliente et participative a été réaffirmé pour les cités de demain.

Décryptage  |  Aménagement  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com
   
Forum urbain mondial de l'ONU : inventer de nouvelles trajectoires
   
Les villes rassemblent aujourd'hui la moitié de l'humanité et demain, en 2030, elles compteront 60% de la population mondiale. Cette croissance urbaine se produira deux fois plus vite dans les pays dits en développement que dans les pays industrialisés de l'OCDE. La Chine, par exemple, qui est déjà la nation la plus urbanisée du monde, verra sa population urbaine grossir de 600 à 900 millions d'habitants d'ici à 2030. Chaque mois, 5 millions de nouveaux habitants s'agrègent dans les villes d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Sur la planète, le nombre de mégacités de plus de 10 millions d'habitants passera de 19 à 27 dans les 20 prochaines années. La métropolisation du monde, si ses tendances actuelles se poursuivent, pourrait donner lieu à un apartheid urbain qui renforcera le clivage entre riches et pauvres : plus que d'une métropolisation, il s'agirait d'une « bidonvillisation » de la planète où, comme à Johannesburg, alterneront taudis et lotissements sécurisés dans une juxtaposition qui n'a plus rien à voir avec la ville, l'urbanité, le vivre ensemble. L'explosion urbaine est aussi un enjeu de civilisation. Si rien ne change, l'humanité future habitera dans des cartons : elle sera plus proche des premières habitations connues, au Proche-Orient, il y a huit mille ans, que de la vision futuriste d'une humanité logée dans des tours de verre et d'acier, redoute le sociologue américain Mike Davis...


Rompre avec l'urbanisme du passé

L'impact environnemental est proportionnel à l'ampleur du phénomène. Si les villes sont responsables de 75% des émissions de gaz à effet de serre et consomment 75% de l'énergie mondiale, c'est parce qu'elles accueillent la moitié de la population mondiale et l'essentiel des activités économiques. L'urbanisation a, jusqu'à aujourd'hui, reproduit le modèle d'expansion des villes des pays industrialisés, avides de ressources, et façonné par le développement du transport automobile et un prix de l'énergie faible depuis un demi-siècle. Mais les ressources naturelles et financières n'existent plus en quantité suffisante pour alimenter cette trajectoire. En témoigne la spectaculaire décadence de la ville de Detroit (Michigan, Etats-Unis), ancienne capitale mondiale de l'automobile, qui, en 50 ans, a perdu plus de la moitié de sa population, soit près d'un million de personnes. Les effets de la crise financière y sont lisibles dans l'espace urbain qui se délite et se ruralise, où l'on voit apparaître des jardins potagers de survie à la place des pelouses entourant les pavillons, et où pouvoir se déplacer sans voiture reste une gageure dans une ville organisée par et pour l'automobile. Emblème de la cité industrielle fordiste, Detroit incarne un modèle à dépasser.

La plus grande partie de la croissance urbaine de demain ne se produira pas dans des mégacités déjà parvenues à maturité comme Pékin, Londres, Los Angeles ou Bombay. Cette croissance se produira dans des villes de plus petite taille, qui rassemblent d'ores et déjà plus de 60% des urbains aujourd'hui. Par exemple, la population de Gaborone, capitale du Botswana, est passée de 17.700 habitants en 1971 à plus de 186.000 en 2007. D'ici à 2020, sa population devrait atteindre les 500.000 habitants. Dans ces villes moyennes, tout reste à faire. Elles reproduiront les modèles du passé si elles n'ont pas les moyens humains, techniques et financiers de se développer directement vers des formes d'organisation à zéro carbone, qui leur éviterait de passer par la case voiture et bâtiments énergivores, lourd tribut des métropoles de la première génération. Dans un rapport intitulé Réinventer les villes bas carbone : trois conditions pour verdir les infrastructures, paru le 24 mars, le WWF estime que les investissements business as usual qui seront réalisés dans les villes du monde dans les 30 prochaines années s'élèveront à 350.000 milliards de dollars constants. Ce montant comprend les investissements publics et privés dans les infrastructures de transports et dans les bâtiments. ''Les investissements que nous faisons aujourd'hui, pays développés, ou en voie de développement, détermineront la capacité des générations futures à se développer, tout en réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre, et s'adapter à un climat qui sera sans doute au moins de 2°C plus chaud. Ces 350.000 milliards de dollars d'investissement pourront soit mener à une dangereuse augmentation de nos émissions de gaz à effet de serre, soit contribuer à rendre les villes durables, plus agréables à vivre et à créer des emplois verts'' souligne le rapport. Il s'agit donc de tirer les leçons du développement des villes des pays industrialisés et d'éviter que les villes du futur ne reproduisent des trajectoires insoutenables dans leur mode de métropolisation.

Adopter des trajectoires soutenables

Premier préalable, repenser la planification urbaine autour des axes de transport en commun et selon un modèle de densification urbaine mettant fin aux transports et aux logements individuels. Deuxième condition : réorienter les investissements. Le rapport du WWF propose de financer les infrastructures immobilières et de transports à zéro carbone partout dans le monde, ce qui reviendrait à un coût de 22.000 milliards de dollars à déployer dans les 30 prochaines années et réduirait de plus de 50% les émissions issues du logement et du transport et réduirait de 55.000 milliards de dollars les dépenses futures. Troisième condition : l'application de solutions socio-techniques qui fournissent des services énergétiques à zéro carbone dans toutes les villes. La généralisation de technologies photovoltaïques et de transports écologiques, de chauffage urbain et de climatisations douces, d'éclairages publics à base de LED, dans tous les quartiers du monde, fera baisser les coûts de ces technologies.

L'expansion des villes au-delà de leurs limites actuelles offre l'opportunité d'opérer un bond technologique et d'adopter directement des systèmes d'énergie renouvelable dans les nouveaux projets d'infrastructures. A côté d'Abou Dhabi, les urbanistes de la nouvelle ville de Masdar prévoient de créer une ville compacte de 45.000 habitants qui s'auto-alimente entièrement par du solaire photovoltaïque, des turbines éoliennes, des installations de valorisation énergétique des déchets et le refroidissement solaire du district. Doit-on conclure du cas Masdar qu'un déploiement significatif d'énergies renouvelables ne sera possible que dans les villes nouvelles ? Ou bien les villes existantes parviendront-elles à trouver une synergie entre leurs sources d'énergie, afin de relever leur taux de déploiement et d'utilisation de leurs énergies renouvelables locales ?, s'interrogent les chercheurs américains Stephen Hammer et Michael Hyams dans l'Annuel du développement durable, dont l'excellente livraison de 2010 est consacrée aux villes1.

Les solutions ne sont pas que technologiques, elles passent par les sociétés. Le développement urbain des pays du Sud ne peut s'appuyer que sur des démarches locales adaptées aux ressources des habitants. Les villes émergentes sont ainsi des lieux où s'inventent de nouvelles manières de délivrer les services de base. D'innombrables acteurs, à l'échelle du quartier, d'une ville ou nationalement, proposent des solutions pragmatiques dans de multiples secteurs de la société urbaine. En Inde, une ONG forme des ragpickers2 pour qu'ils effectuent des collectes en porte à porte au sein des quartiers. En périphérie de New Delhi, les Cooperative Group-Housing Societies (CGHS) financent des stratégies communes de réponse à l'insuffisance de l'approvisionnement municipal en eau : usage conjoint de l'eau du réseau et de la nappe souterraine ; récupération des eaux de pluie ; installations de petites unités de traitement des eaux grises. En Asie et en Afrique, des organisations locales d'habitants de bidonvilles ou de taudis se constituent et créent leurs propres fédérations nationales pour répondre aux problèmes de logement. En Thaïlande, les initiatives conduites par les associations d'épargne locales ont permis depuis 2003 d'édifier ou de réhabiliter des logements et des quartiers pour plus de 400.000 personnes à bas revenus. Le financement des investissements urbains durables dépendra de la mobilisation de l'épargne locale pour soutenir des réseaux de proximité et des modes de gestion communautaires de la fourniture des services. L'avenir de la ville n'est décidément pas un système unitaire sur lequel peut être plaqué un modèle issu des bureaux d'ingénieurs.

Notes

1 - Pierre Jacquet, Rajendra K. Pachauri et Laurence Tubiana (sous la direction de), Regards sur la Terre. Villes, changer de trajectoire, Les Presses de Sciences Po, 2010. 2 - Chiffonniers.

Réactions1 réaction à cet article

 
La ville pour qui ?

Le développement des "cités" ou des "villes" a toujours été le même : agrandissement, densification, élévation.....et après écroulement, abandon et oubli; quid de la ville durable ; regardez les mégapoles, elles sont toutes pareilles : spéculation et ségrégation; le vivre-ensemble est une fiction : le "NOUVEL"-urbanisme est un empilement de tours destinées aux "classes inférieures" et aboutissent à mettre la "Banlieue" au centre des villes et les nantis se protègent de la foule dans des "enclaves" sécurisées. Alors la ville, ses immeubles à touche-touche et ses transports-en-commun-bétaillères, c'est pour les 8,5 milliards de pauvres en 2050; quant à moi je serai sans doute au fond du Larzac

Talvor | 29 mars 2010 à 10h01
 
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