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Quelle limite fixer à la séparation des plastiques ?

Centres de tri : relever le défi des plastiques Actu-Environnement.com - Publié le 07/08/2017

L'extension des consignes de tri fait affluer de "nouveaux" plastiques dans les centres de tri. Les recycleurs réclament une séparation maximale des résines, mais les centres éprouvent des difficultés à les trier finement.

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Quelle limite fixer à la séparation des plastiques ?
Environnement & Technique N°371 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°371
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Pour la plupart des acteurs, la modernisation des centres de tri ne fait sens que si elle permet d'améliorer le taux de recyclage. Mais pour y parvenir, il faut s'assurer que le tri est suffisamment fin pour répondre aux attentes des recycleurs. Jusqu'à quel point faut-il séparer les résines plastiques ?

Preuve que la question est centrale, la communication autour du geste de tri change par petites touches : il n'est plus forcément synonyme de recyclage, mais plutôt d'une valorisation optimale des déchets. En effet, la plupart des acteurs estiment que certains plastiques sont difficiles à trier, peu recyclables et voués à la valorisation énergétique. Mais où placer le curseur, notamment en matière de tri ? Le plus haut possible, défend Laura Chatel, de l'association Zero Waste France. "Si les Français devaient découvrir que les emballages plastique sont mal triés et peu recyclés, l'impact serait dévastateur pour le geste de tri", craint-elle. Nicolas Garnier, délégué général d'Amorce, a un avis similaire : "Si on demande aux Français de trier tous leurs emballages, on doit être certains que l'essentiel sera recyclé".

Fixer des standards de qualité

Pour assurer le recyclage, le cahier des charges des éco-organismes fixe des prescriptions techniques matière (PTM) que les centres de tri doivent respecter pour que les collectivités bénéficient des soutiens financiers des éco-organismes. Pour les plastiques, la majorité des collectivités doivent préparer un flux pour les films en polyéthylène (PE), deux pour le polyéthylène téréphtalate (PET) clair et foncé, et un pour le mélange des plastiques rigides en polyéthylène haute densité (PEHD), polypropylène (PP) et polystyrène (PS) (avec une teneur minimale en PEHD et PP de 95%). Une alternative possible, pour les plus grands centres de tri, consiste à séparer en trois flux les plastiques rigides en PEHD, PP et PS. Globalement, les flux par résine doivent atteindre une pureté de 98%. Une autre alternative, pour les plus petits centres cette fois, est de faire un tri simplifié en deux flux seulement avec un flux de films plastique contenant au moins 95% de PE et un autre regroupant tous les autres plastiques contenant au moins 95% de plastiques rigides. Ce second flux fera l'objet d'un sur-tri pour séparer les résines.

Bien que n'imposant pas des flux "purs", les opérateurs de centre de tri jugent ces PTM contraignantes. "Il est difficile d'atteindre 95% de PE dans les balles de films et sacs plastique", illustre Aurélien Toupet de la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l'environnement (Fnade). Même constat pour le directeur général de la branche Infrastructures de Suez Recyclage et Valorisation, Guillaume Bomel : "Aucun centre n'atteint les PTM pour le PS, ce qui implique une décote sur les prix de reprises". Côté recycleurs, les critiques fusent aussi : "L'extension des consignes de tri a permis d'augmenter les volumes de plastique à recycler, ce qui est très bien, mais elle a aussi perturbé le recyclage en augmentant la proportion de produits indésirables, tels que le PS et les plastiques complexes et multi-couches dans les produits jusque là parfaitement bien recyclés", explique Christophe Viant, président de la branche Plastiques de la Fédération des entreprises du recyclage (Federec). En effet, "chaque fois qu'on mélange deux résines, on détruit de la valeur", rappelle Olivier Vilcot, du Syndicat national des régénérateurs de matières plastiques (SRP). "Nous sommes les seuls en Europe à ne pas séparer les bouteilles en PET et les barquettes en PET", déplore-t-il, expliquant que les deux sont difficilement recyclables en mélange.

Trouver le bon équilibre

"Il faut que tout le monde fasse des progrès, on ne peut pas opposer les acteurs", estime Carlos de Los Llanos, directeur du recyclage d'Eco-Emballages. Les centres doivent pouvoir s'adapter pour répondre à l'évolution des emballages mis sur le marché et aux besoins des recycleurs. Les recycleurs doivent améliorer leurs process. Pour l'instant, ces questions font l'objet d'échanges entre les représentants des différents acteurs. "Il faut trouver le bon équilibre", résume le représentant de la Fnade.

Les collectivités territoriales estiment pour leur part que cet équilibre dépend des financements : plus le tri  est fin, plus le coût augmente. Au début de l'extension des consignes de tri, le soutien d'Eco-Emballages pour les "nouveaux" plastiques était de 800 euros par tonne. Entre 2018 et 2022, il sera de 660 euros. "Aujourd'hui, le coût d'élimination d'un emballage plastique mis dans la poubelles des ordures résiduelles est d'environ 150 euros la tonne, le même emballage mis dans la poubelle de tri sélectif coûte environ 1.000 euros la tonne", explique le délégué général d'Amorce qui estime que c'est aux metteurs au marché d'améliorer le taux de recyclage et de financer le surcoût associé au tri.

L'éco-conception pour réduire les difficultés

Ces questions sont prises d'autant plus au sérieux que la modernisation des centres pourrait être sans fin avec l'apparition de nouveaux emballages et de nouvelles résines. La progression récente des bouteilles en PET opaque a mis en lumière cet enjeu. Demain, les résines biosourcées pourraient poser des problèmes similaires et si l'on souhaite recycler ces plastiques, les centres pourraient devoir multiplier les flux.

Les entreprises doivent développer l'éco-conception et la recyclabilité des emballages sans avoir à renoncer à l'innovation sur les matériaux, défend Eco-Emballages. Pour le délégué général d'Amorce, "une partie de la réponse est la rationalisation du nombre de résines". Certes, il faut tenir compte des contraintes des producteurs d'emballages, mais il faut aussi anticiper le recyclage avant de proposer de nouvelles résines, explique Nicolas Garnier. Laura Chatel partage ce point de vue : plutôt que de se focaliser sur le tri des déchets, il faut prendre en compte en amont l'ensemble des impacts, de la fabrication de la résine au recyclage, en passant par l'utilisation et le tri. "Ce n'est pas le cas pour l'instant", regrette la représentante de Zero Waste France. L'application d'un malus aux résines qui perturbent le tri et le recyclage pourrait modifier cette situation. Au-delà des associations environnementales, cette solution reçoit un accueil favorable des collectivités locales et des professionnels du recyclage. "L'introduction d'un nouveau malus est une bonne chose", estime Olivier Vilcot (SRP) qui appelle à responsabiliser les metteurs au marché pour ne pas reproduire le problème posé par le PET opaque.

Philippe Collet

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Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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