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Pourquoi les agriculteurs n'arrivent pas à réduire leurs émissions de GES

Les exploitants agricoles ont encore du mal à réaliser des actions d'atténuation des émissions de carbone alors que certaines sont économiquement rentables. Pourquoi ? Parce qu'ils les connaissent mal, selon l'Ademe et l'Inra.

Agroécologie  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com

Responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre, l'agriculture fait partie de l'équation de la lutte contre le changement climatique. Mais les derniers résultats de la stratégie bas-carbone française ne sont pas reluisants : en 2016, le secteur affiche un dépassement de 
3% par rapport à l'objectif annuel d'émissions de CO2. Pourtant les solutions sont connues : optimisation de la fertilisation azotée, réduction des consommations d'énergie des bâtiments d'élevage, introduction de légumineuses dans les rotations, développement de l'agroforesterie, recours à la méthanisation, etc. Certaines de ces actions ont même un intérêt supplémentaire : elles améliorent la situation économique des exploitations. C'est le cas de la méthanisation par exemple. Selon la dernière étude de l'Ademe en la matière, les énergies renouvelables permettent aux agriculteurs de diversifier leurs revenus pour des montants allant de quelques milliers d'euros de réduction de leur facture énergétique à plus de 15.000 euros de revenus supplémentaires par an. Des chiffres qui sont à mettre en perspective avec le revenu agricole moyen, évalué à 25.400 euros par an en 2015.

Malgré ça, ces solutions "à coût négatif" ne connaissent pas le succès espéré, alors qu'elles devraient être spontanément mises en place par tous les agriculteurs. Pourquoi ? C'est ce qu'ont voulu savoir le cabinet I Care & Consult, l'Inra, le Centre d'étude et de recherche sur l'économie et l'organisation des productions animales (Céréopa), avec l'aide de l'Ademe, dans une étude dont les résultats viennent d'être rendus publics. Baptisée Banco et rattachée à l'appel à projet Reacctif, l'étude a cherché à identifier plus précisément les actions d'atténuation à coût négatif et à comprendre pourquoi elles n'étaient pas appliquées.

Un manque de connaissance et de prise de risque

A travers des enquêtes de terrain, les auteurs de l'étude ont rencontré trois types de freins : manque de compétences, investissement non faisable et peur de prendre des risques. Ainsi, certains exploitants considèrent les actions comme trop risquées économiquement par exemple lorsqu'il s'agit de réduire les protéines dans les rations des vaches laitières en élevage. Les exploitants connaissent mieux les risques que cela fait peser sur leur rendement plutôt que les avantages à le faire.

Pour lever ces freins, l'étude les a confrontés aux politiques publiques en vigueur afin d'identifier les éventuels manques. Elle conclut que, de manière générale, les freins de type "investissements", sont actuellement bien couverts, notamment par les Plans de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles (PCAE). Par contre, les freins de type "compétences" et "aversion aux risques" ne sont pas pris en compte. La majorité des recommandations de l'étude portent donc sur des actions de sensibilisation et de formation des agriculteurs pour diffuser les actions ne représentant pas de risque économique. Elles pourraient être mises en œuvre par les structures techniques, situées au plus près des exploitants.

Les auteurs de l'étude encouragent également l'Etat à ajuster certaines mesures agro-environnementales et climatiques (Maec) existantes afin de les rendre plus favorables aux actions d'atténuation, voire d'étudier la possibilité d'en mettre en place de nouvelles. "Les actions étudiées étant généralement rentables économiquement pour les exploitants à moyen-long terme, la mise en place de mesures de type Maec semble avoir tout son sens (accompagnement financier pendant un temps donné, permettant de favoriser la mise en place de nouvelles pratiques)", argumentent-ils.

Des potentiels d'atténuation différents dans chaque région

Les auteurs ont également profité de l'étude pour régionaliser les potentiels d'atténuation et le coût des actions "à coût négatif", afin de mettre en lumière les plus efficaces dans chaque région. Les potentiels d'atténuation régionaux varient fortement, de 4,4 MtCO2eq pour le potentiel total en Bretagne à 0,1 MtCO2eq en Corse, notamment en fonction de la surface agricole utile et du nombre d'animaux.

Sans considération de coût, les résultats révèlent que la majeure partie du potentiel d'atténuation semble se situer dans l'Ouest et notamment en Bretagne et Pays de la Loire. Ces régions d'élevage représentent en effet un fort potentiel de déploiement de la méthanisation. Egalement, en tant que région de productions végétales, le Centre semble présenter un important potentiel d'atténuation, au niveau notamment des actions de réduction de la fertilisation azotée ainsi qu'à la réduction du labour.

Réactions3 réactions à cet article

 

Tout n'est pas aussi simple en pratique qu'en théorie...De nombreuses préoccupations et solutions sont à mettre en œuvre sur le moyen et long terme...L'agriculteur vit avec le court terme, de plus dans une conjoncture aux revenus dérisoires..Une entreprise prend des risques et investi lorsqu'elle est en bonne santé financière..Une entreprise malade ne déploie jamais tout son dynamisme ni tout son potentiel.

agregat | 05 mars 2018 à 10h40
 
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Il y a une autre raison à cette "méconnaissance". En effet tous ceux qui vivent par l'agriculture sans être agriculteurs et qui donc ont quelque chose à vendre aux exploitants, tous ces gens n'ont aucun intérêt à ce que baisse la consommation de fertilisants, de pesticides, d'énergie fossile et de mécanisation. Et ce sont eux qui tiennent les chambres d'agriculture. Quand on voit que les prescripteurs sont en même temps les vendeurs, on est forcé de constater que le système est vicié.

petite bête | 05 mars 2018 à 12h29
 
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Déjà, parler des "agriculteurs" n'a aucun sens. On parle ici des agents d'un secteur industriel productif, on est bien loin du paysan acteur de son environnement. Agents qui n'ont pour ainsi dire aucune latitude : soit ils sont au RSA, soit ils sont soumis aux exigences d'un lobby ultra-puissant en France. Ne pas oublier que les engrais enrichissent d'abord les pétroliers, qui n'ont évidemment aucun intérêt à la baisse du CO2...

dmg | 06 mars 2018 à 09h29
 
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