En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Vicissitudes de la transition énergétique en Allemagne

L'abandon du nucléaire ne représente qu'une partie de la transition énergétique allemande d'ici 2050. A cette date, les énergies fossiles devront avoir pratiquement disparu du mix énergétique au profit des renouvelables.

Energie  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com

Dans une note diffusée le 11 septembre, le Centre d'analyse stratégique (CAS) décrit les difficultés auxquelles l'Allemagne va être confrontée pour réaliser sa transition énergétique "comme le développement du réseau électrique national, le coût et le financement des investissements nécessaires, l'amélioration des techniques de stockage de l'électricité, l'acceptabilité des hausses du prix de l'électricité, ou encore les difficultés rencontrées par les fabricants de panneaux solaires en raison de la réduction des subventions et de la concurrence asiatique".

Rédigée par Etienne Beeker, analyste auprès du CAS mais aussi économiste à EDF, et relue par des experts connus pour être proches de l'industrie nucléaire française tels que Jean Syrota et Jacques Percebois, cette note du Conseil d'analyse stratégique met l'accent sur les vicissitudes du tournant énergétique allemand (traduit par Energiewende) et, en filigrane, sur le prix du renoncement à l'énergie nucléaire. "Ce ne sont pas moins de 150 TWh qu'il faudra ne plus consommer ou remplacer d'ici à 2022", avertit l'auteur, qui rappelle le contexte historique : en septembre 2010, le gouvernement allemand s'est doté d'un vaste plan d'action nommé Energiekonzept autour de 140 mesures définissant les orientations énergétiques nationales d'ici à 2050, dans un contexte de rejet national de l'atome.

Trois grands axes caractérisent ce plan : le développement des énergies renouvelables (80% de l'électricité produite en 2050), la baisse de la demande en énergie (-80% d'énergie primaire en 2050 par rapport à 2008), l'accroissement de l'efficacité énergétique par la réduction de 2,1% par an de l'intensité énergétique, la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 80% à 95% en 2050 par rapport à 1990. A la suite de la catastrophe de Fukushima, ces objectifs ont été complétés par une sortie accélérée du nucléaire, d'ici à 2022 au lieu de 2036, comme initialement prévu.

Une culture anti-atomique

En 2011, l'arrêt anticipé de huit tranches nucléaires a pu être compensé par une hausse de la production d'électricité d'origine renouvelable (7,5 TWh de solaire photovoltaïque, 9 TWh d'éolien), par la réduction conjoncturelle des consommations d'énergie liée à la crise (-3TWh) et par une réduction de 11 TWh des exportations d'électricité. La part des énergies fossiles est restée stationnaire.

Qu'en sera-t-il en 2022 ? Ce seront 110 TWh qui manqueront à l'appel.  "Miser sur une baisse de la consommation d'énergie de 10% avant 2020 est risqué : cet objectif vient d'être jugé excessif par le nouveau ministre de l'Environnement Peter Altmaier qui a parlé d'efforts gigantesques pour y parvenir. Ceux-ci peuvent être mesurés à l'aune de ceux qui sont demandés actuellement aux Japonais : la baisse forcée des consommations de 15% à très court terme les oblige à un changement de mode de vie radical ", avertit la note du CAS.

Pourtant, les Allemands se déclarent prêts à modifier leurs comportement pour concourir au tournant énergétique de leur pays et ne pas avoir à affronter une situation d'urgence telle que celle que les Japonais subissent actuellement. En 2011, les habitants outre-Rhin se disent majoritairement prêts à payer leur électricité plus cher pour soutenir la transition énergétique. Mais les ménages les plus modestes s'interrogent sur l'évolution de la contribution facturée pour financer la montée en puissance des énergies renouvelables. Le ministre de l'écologie allemand présentera le 15 octobre prochain des mesures pour le financement des énergies renouvelables. En outre, l'augmentation du prix de l'électricité pourrait mettre en péril la compétitivité des industriels allemands, souligne la note.

La nouvelle frontière : le stockage des EnR

Fer de lance de l'Energiewende, les énergies renouvelables atteignent un seuil. Après une décennie de très fort développement, leur croissance semble s'essouffler, celle de l'éolien en particulier, à l'inverse du photovoltaïque qui a connu une montée en puissance de +7,5 GW en 2011. Mais la captation du marché par les fabricants chinois a porté un coup d'arrêt à la filière nationale, entraînant la faillite de plusieurs poids lourds nationaux comme Solarhybrid, Solon, Solar Millenium, Sovello, Q-Cells.

Ses capacités de production hydraulique étant par ailleurs saturées, le pays mise sur le biogaz pour la production d'électricité en co-génération et envisage d'en produire 10 à 15 TWh supplémentaires d'ici à 2020. "Cependant cette technique pourrait pâtir de la diminution annoncée des subventions et soulève la question des conflits d'usage des terres", note le CAS. La mer sera-t-elle le nouvel horizon de développement des EnR en Allemagne ? A moyen terme, Berlin compte sur un développement massif de l'éolien en mer. Pour 2020, l'objectif est d'installer 2.000 turbines géantes de 5 MW, qui devraient produire 30 TWh. "Pour l'instant, les coûts restent élevés et les progrès techniques pour en augmenter les performances ne sont pas identifiés", souligne la note.

Parmi les obstacles qui se dresseront sur la voie de la transition allemande figure la nécessité d'insérer les flux d'électrons dans le réseau et de développer le stockage des énergies renouvelables afin de réguler le débit et de compenser l'intermittence de la production. Les smart grids et le stockage sont encouragés par le gouvernement, mais "sont loin d'être matures économiquement", selon le CAS. Les recherches se concentrent sur le stockage à air comprimé dans des cavités souterraines par batteries électrochimiques et dans la production de méthane de synthèse. Entre temps, les industriels ont commencé à se reconvertir : hier géant des turbines nucléaires, Siemens a mis au point un modèle de centrale à gaz à cycle combiné qui détient le record de rendement pour une centrale de ce type.

Réactions1 réaction à cet article

 

"Les smart grids et le stockage sont loin d'être matures économiquement" : de qui se moque t'on ??? Le stockage n'est tout simplement pas mature TECHNOLOGIQUEMENT. On peut en conséquence être certains que l'Allemagne va exploser son bilan CO2 sur les 20 années à venir. Belle "vertitude".

dmg | 18 septembre 2012 à 20h37
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Agnès Sinaï

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…