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Pas à pas, les banques verdissent leurs investissements

En resserrant progressivement leurs exigences, les banques réduisent l'impact carbone de leurs activités. Si le financement des particuliers est relativement simple, celui des grandes entreprises est plus complexe.

Gouvernance  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°349 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°349
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Les banques sont au cœur du financement de l'économie. A ce titre, elles sont régulièrement interpelées par rapport à l'impact de leurs activités. De même, on attend d'elles qu'elles soient actives dans le financement de la transition énergétique. Selon une étude de la CDC Climat, les investissements dans les équipements et infrastructures en faveur du climat s'élevaient en France à plus de 22 milliards d'euros en 2011. Sur ce total, 17,5 milliards sont alloués à des intermédiaires privés, que ce soient des banques de détail (8,8 milliards) ou des banques de financement et d'investissement (8,7 milliards).

S'appuyer sur les outils réglementaires

Les premiers outils utilisés par les banques pour investir dans la décarbonation de l'économie sont les prêts. Il y a bien sûr l'éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) dédié au financement des travaux d'efficacité énergétique, même si la première mouture n'a pas bien fonctionné, les banques devant s'assurer de l'éligibilité des travaux financés. La réforme du dispositif, qui s'appuie sur des artisans "reconnus garant de l'environnement" (RGE), allège le travail du banquier. Aujourd'hui, le Crédit agricole est le premier distributeur d'éco-PTZ, avec un montant de l'ordre de 2 milliards d'euros.

Les certificats d'économie d'énergie (CEE) offrent d'autres opportunités puisque les banques peuvent les utiliser pour développer des produits financiers. Ainsi, BNP Paribas Personal Finance, la branche dédiée aux crédits aux particuliers de BNP Paribas, en partenariat avec EDF, propose des prêts bonifiés pour financer des travaux ou l'achat d'équipements reconnus par ce dispositif. L'attribution de CEE assure une partie du financement et permet d'abaisser le taux d'intérêt. Quelque 441.000 dossiers ont ainsi été traités depuis 2003, pour un effacement de consommation de l'ordre de 39.500 foyers français. Néanmoins, certaines banques n'utilisent pas les CEE, notamment parce que le dispositif a longtemps été flou. "Certaines caisses régionales ont testé un dispositif s'appuyant sur les CEE, mais c'est compliqué", explique Stanislas Pottier, directeur du développement durable au Crédit agricole, ajoutant que "le Crédit agricole préfère considérer ces travaux comme des investissement immobiliers, financés par des prêts immobiliers ou des prêts économie d'énergie adossés au livret développement durable".

Dans le même esprit, les financements de certaines activités sont, de fait, devenus "verts", les industriels attachant la plus grande attention à la consommation des équipements. "Aujourd'hui, dans des secteurs tels que le leasing d'équipement de froid, la banque fournit un financement et un conseil technique à ses clients", explique Séverin Fischer, responsable environnement et comptabilité extra financière à BNP Paribas, précisant que "BNP Paribas s'appuie sur des experts tiers pour attester que la solution retenue est économe". Si les banques ne se sont pas muées en conseiller énergétique, il devient cependant difficile de financer les secteurs les plus énergivores sans recourir à des conseillers spécialisés.

Les cibles faciles du financement de projet

Bien sûr, les activités des banques ne se limitent pas à ces financements et elles sont souvent interpellées par rapport à l'impact climatique associé à leurs portefeuilles d'investissements. Dans le cadre du financement de projet, soit d'une infrastructure précise ou d'une entreprise, la mesure de l'impact climatique et environnemental est simple à évaluer. Lorsqu'une banque envisage de financer un projet éolien ou un projet de centrale à charbon, elle peut, tout comme les ONG, mesurer précisément son impact. Face aux revendications des ONG, et notamment la demande d'abandon du financement des projets charbon, les banques cherchent à réduire progressivement ces financements. Pour y parvenir, chacune a sa stratégie, mais le maître mot est : "avancer pas à pas".

BNP Paribas refuse, par exemple, de financer les centrales charbon qui ne sont pas supercritiques, c'est-à-dire qui ne répondent pas au meilleur rendement possible. Vingt projets d'investissement ont été rejetés ces dernières années pour des émissions annuelles cumulées de l'ordre de 130 millions de tonnes de CO2, explique Séverin Fischer. De même, la banque veille à ne pas "dégrader" le mix énergétique d'un pays. Ainsi, un projet turc basé sur le charbon n'a pas été financé au motif que cela conduirait le pays à accroître la consommation d'un combustible qu'il utilise très peu actuellement. Le Crédit agricole établit des politiques sectorielles (mines, hydraulique ou encore gaz de schiste) et a décidé, par exemple, de se retirer des mines de charbon. D'autres banques, à l'image de la Société générale, abandonnent les projets les plus controversés, comme le projet minier australien Alpha Coal.

Le financement d'entreprises reste délicat

Restent les financements pour lesquels l'impact climatique est le plus difficile à mesurer : le financement d'entreprises lorsque les fonds financent l'activité générale, plutôt qu'un projet spécifique. Comment évaluer l'impact climatique du financement de la trésorerie de l'entreprise X ou Y ? Pour y parvenir, les banques développent leurs propres outils. "On étudie le mix des producteurs d'électricité que nous finançons pour obtenir une image globale de l'impact de nos financements du secteur électrique", explique Séverin Fischer. Ainsi, le "mix moyen pondéré" de BNP Paribas fait apparaître une part de charbon à 23%. Une fois cette image connue, les investissements peuvent être sélectionnés par rapport à des objectifs. La banque se fixe pour objectif de rester en avance sur le mix mondial (le charbon ressort à 40%).

Si l'exercice est relativement simple pour certaines activités, il devient bien plus difficile pour l'ensemble des secteurs. Pour cela, le Carbon Disclosure Projet (CDP), une organisation internationale rassemblant de grands investisseurs et qui publie un rapport annuel sur l'intégration du changement climatique dans les stratégies des plus grandes entreprises mondiales, constitue la base d'information la plus importante sur le sujet. La méthodologie est jugée sérieuse, mais elle pourrait être largement améliorée. L'évaluation est très marquée par une approche industrielle qui n'est pas adaptée à tous les secteurs. De plus, l'organisation ne prend en compte que les émissions directes et celles induites par la consommation énergétique de l'entreprise. Le scope 3, qui tient compte de toutes les autres sources d'émission, et en particulier de l'impact des produits vendus, n'est pas abordé. Ainsi, certains producteurs d'hydrocarbures peuvent figurer parmi les bons élèves.

Une alternative est le financement des entreprises via les green bonds qui assurent que les fonds levés n'iront financer que des activités respectant certains critères environnementaux. C'est d'ailleurs l'un des marchés les plus dynamiques actuellement.

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